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Politique - Article paru le 30 mai 2009 dans l'Humanité


Les licenciements économiques ont doublé en un an !



Chômage . 90 000 inscrits supplémentaires en avril. L’emploi stable trinque de plus en plus.


En avril, 90 800 personnes sont venues gonfler les listes d’inscrits au Pôle emploi, selon les chiffres publiés hier par le ministère de l’Emploi (DARES), portant le nombre total de chômeurs à 3 571 500. Après les 250 000 demandeurs d’emploi supplémentaires enregistrés au premier trimestre, le chômage poursuit donc sa croissance sur un rythme soutenu (+ 16,2 % sur un an) et, a prévenu hier le premier ministre François Fillon, la hausse « va se poursuivre tout au long de l’année 2009 et sans doute encore un peu au début de l’année 2010 ». L’examen des chiffres laisse cependant apparaître des évolutions sensibles. Ainsi, parmi les motifs d’entrée à l’ex-ANPE, les fins de contrat à durée déterminée et les fins de mission d’intérim tiennent toujours les premières places. Mais les entreprises ne se contentent plus de faire jouer ces variables d’ajustement que sont les emplois précaires. Les plans de restructuration, les fermetures de site se multiplient, touchant de plein fouet l’emploi dit stable. Résultat : sur un an, entre mars 2008 et mars 2009, si les inscriptions au Pôle Emploi pour cause de fin de CDD et de fin d’intérim ont augmenté, respectivement de 8,5 % et 12,3 %, les entrées à la suite d’un licenciement économique ont bondi de 46,1 %.

Encore cette hausse ne reflète-t-elle pas fidèlement la réalité : des milliers de licenciés ne sont, en effet, pas pris en compte dans les statistiques du Pôle emploi car ils bénéficient soit de contrats de transition professionnelle (CTP), soit de conventions de reclassement personnalisé (CRP).

Selon les dernières prévisions de l’UNEDIC, le nombre de chômeurs devrait augmenter de 639 000 d’ici à la fin 2009, portant le total à 2,8 millions. « Quand on est en récession, il ne peut y avoir de créations d’emplois, il ne peut y avoir qu’augmentation du chômage », commentait hier François Fillon. Pour le premier ministre, il n’y aurait qu’à attendre « un peu de temps » pour que les « plans de relance mis en place au début de l’année » donnent leurs fruits en termes d’investissement et d’emploi. Problème : pour nombre d’économistes, comme pour l’ensemble des syndicats, ces plans ne sont pas de nature à combattre la récession dans la mesure où ils sont vides de mesures soutenant réellement la consommation. Si, malgré tout, « la consommation tient » jusqu’ici, comme s’en réjouissait François Fillon hier, sa politique n’y est pour rien. On le doit plutôt, notamment, à notre système de protection sociale, précisément attaqué par les réformes sarkozystes. Les revendications portées par les huit centrales syndicales, et qui seront au coeur de la journée de mobilisation du 13 juin, telles que la revalorisation du SMIC et des retraites, les négociations sur les salaires, mais aussi sur les politiques industrielles, ou le conditionnement des aides publiques à des contreparties mesurables en matière d’emploi, paraissent plus que jamais d’actualité.

Yves Housson

Tag(s) : #Economie