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Société - Article paru le 30 mars 2009 dans l'Humanité

 

Pour les Corses, la raison d’État l’a emporté !


Justice . Vendredi soir, la cour d’assises spéciale de Paris a condamné Yvan Colonna à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie de vingt-deux ans de sûreté.

« Yvan Colonna est le tueur. Il est le bourreau. » À l’heure du réquisitoire, les mots de l’avocat général, Jean-Claude Kross, sont tombés comme un couperet. Vendredi dernier, la cour a rendu un verdict plus sévère encore qu’en première instance : une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de vingt-deux ans pour l’assassinat du préfet Érignac. Lors

du premier jugement, aucune période de sûreté n’avait pourtant été retenue. Contrairement aux juges de 2007, les magistrats de la cour d’assises spéciale de Paris ont estimé qu’Yvan Colonna n’était pas seulement coauteur de l’assassinat, mais celui qui aurait tiré les trois balles mortelles, conformément à la thèse de l’accusation. Au terme de multiples coups de théâtre, ce procès s’achève sans qu’aucun élément ne soit venu disculper Yvan Colonna. Sans que les complices et leurs compagnes ne parviennent à convaincre de leur sincérité. Après avoir dénoncé le militant, ils s’étaient en effet rétractés. En vain.


« Dreyfus
corse » ?


Yvan Colonna, qui avait déserté le box des accusés depuis le 11 mars pour s’élever contre le refus de reconstitution, a appris la nouvelle par huissier, dans sa cellule de Fresnes. À la suite du rendu du jugement, ses avocats ont annoncé leur intention de saisir la Cour de cassation et la Cour européenne de Strasbourg, mettant en cause l’indépendance d’une cour qu’ils estiment « en mission ». Me Pascal Garbarini a même osé le qualificatif de « Dreyfus corse » à propos de l’accusé.

Dès le premier jour de ce procès, le berger de Cargèse avait lui-même assené : « Depuis 1999, il y a une vérité absolue : Sarkozy a dit que je suis l’assassin du préfet. Comment avoir confiance en une justice où le président de la République s’est engagé contre moi ? » La stratégie de défense politique répondait elle aussi aux postures du président Didier Wacogne, qui, à maintes reprises, a fait la

démonstration de sa subjectivité. Les Verts ont vivement réagi en dénonçant « les juridictions d’exception », « indignes d’une démocratie ».


« Vengeance transversale »


Aussitôt le jugement prononcé, les nationalistes corses ont dénoncé une « vengeance ordonnée au motif de la raison d’État ». Avant d’appeler à la mobilisation, Jean-Guy Talamoni, élu indépendantiste à l’Assemblée de Corse, a pour sa part estimé que Colonna était « victime d’une vengeance transversale : il fallait condamner un Corse, nationaliste de préférence ». Sur la place de Cargèse, village natal du berger, un drapeau corse a été noué en signe de deuil.

De son côté, Patricia Gattaceca, membre du comité de soutien au condamné, qui a reconnu avoir hébergé le militant durant sa cavale de quatre ans, a déclaré : « C’est un coup de poignard dans le coeur de la Corse mais nous continuerons à nous mobiliser jusqu’à ce qu’il nous revienne. » Si les autonomistes vont tenter de rassembler un large front - de gauche à droite - autour du soutien à Colonna, les indépendantistes, plus radicaux, promettent de hausser le ton et de relancer la lutte contre « l’État colonial ».


Lina Sankari

Tag(s) : #Politique