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«C’est le terroir qui transcende nos vins» !


Article paru dans La Marseillaise du lundi 30 mars 2009 



Philippe Ponchin parle avec bonheur des « saveurs si particulières, des parfums, et des assemblages de cépages traditionnels » qui risquent de passer à la trappe avec l’autorisation européenne « qui tient plus du marketing que de l’œnologie »Photo: RA
Philippe Ponchin parle avec bonheur des « saveurs si particulières, des parfums, et des assemblages de cépages traditionnels » qui risquent de passer à la trappe avec l’autorisation européenne « qui tient plus du marketing que de l’œnologie »Photo: RA
Philippe Ponchin est vigneron directeur d’un prestigieux domaine de Provence. S’il critique sévèrement le « bricolage d’arrière-cave », il croit encore à ce qui fait la spécificité de son rosé produit avec le même soin que ses autres grands crus.

 

 

Directeur-vigneron du prestigieux domaine de Château-Bas à Vernègues, Philippe Ponchin est de ces hommes de terroir dont la passion et l’esprit se conjuguent pour donner vie à des flacons de rêve. Ces cuvées nobles dont l’imaginaire est puisé à même l’identité culturelle d’une Provence singulière. Entre Frédéric Mistral et Brigitte Bardot. Pour lui, l’annonce d’un nouveau libéralisme européen sur les vins rosés n’est pas un scandale mais plutôt un non-sens. « D’abord il y a le goût évidemment. Car le rosé ce n’est pas que de la couleur. Mélanger impunément des vins blancs et rouges pour donner du vin rosé cela s’apparente à du bricolage d’arrière-cave un peu pathétique. Les saveurs si particulières, les parfums, les assemblages de cépages traditionnels, tout ça va passer à la trappe au profit d’une opération qui tient plus du marketing que de l’œnologie. Je ne suis pas très inquiet, le consommateur n’est pas si bête. Il saura bien faire la différence. Surtout si nous sommes enfin capables d’expliquer nos différences et de communiquer tous ensemble. »


Expliquer, communiquer, ensemble. Les mots sont lâchés et assumés. Philippe Ponchin, trente années d’expérience, n’a rien du politique, mais il tient à assumer sa différence de vigneron. Et pour cela il se réfère sans ambages aux notions d’identité, de culture et de …mode. « Pour comprendre nos rosés, et notamment le rosé de Provence, il faut en revenir aux années soixante et au phénomène culturel qui a conduit, sans que les viticulteurs du Sud n’y soient vraiment pour grand chose, à un phénomène de mode incroyable autour du rosé. A l’époque on ne produit dans le midi que du vin rouge et un peu de blanc. Les appellations du Sud balbutient encore et personne n’aurait misé vraiment sur le rosé qui n’est qu’une fantaisie pas toujours très bien maîtrisée. Et puis arrivent les artistes, les écrivains. En bord de mer, à la terrasse des restaurants à la mode on voit des stars comme Brigitte Bardot boire du Rosé frais. Un vin léger, facile, amusant, qui symbolise le Sud et les vacances. La mode est lancée. Une mode qui dure et se développe sans cesse. Car les viticulteurs se sont peu à peu attachés à produire mieux, bien mieux. Les vins rosés de Provence actuels sont le plus souvent de bons vins. Quelquefois même de grands vins. »


Et Philippe Ponchin, avec devant lui plusieurs bouteilles, celles de Château-Bas et celles d’autres domaines amis, de jouer avec la lumière et les références culturelles. Les deux grands atouts selon lui, des vins rosés de Provence face à la concurrence internationale sauvage. « Pour comprendre ce qui fait la spécificité absolue de notre rosé, il faut comprendre et accepter sans crainte ce qui fait la spécificité absolue de nos vins. Et d’abord le lien magique à l’identité et au terroir. Sinon autant donner raison aux technocrates et aux épiciers. Et accepter que l’on puisse produire partout des rosés de type Provence. En fait notre sauvegarde passe par la mise en avant de nos terroirs qui font que nos vins ne sont pas délocalisables. Car il n’y a pas de vins de qualité sans terroirs. Evidemment nos appellations recouvrent des terroirs bien définis. A Château-Bas nous sommes ainsi en Coteaux d’Aix-en-Provence. Il y a aussi les Côtes de Provence, les Coteaux Varois, les Bandol...d’autres appellations d’origines contrôlées, ces AOC qui garantissent et définissent en même temps des vins de qualité. Bientôt nous aurons le sigle européen AOP, Appellation d’Origine Protégée, qui viendra supplanter nos sigles nationaux. Mais pour que le message passe, il faut absolument la référence première au terroir et à la spécificité des cépages, du climat, de la tradition. Encore une fois c’est le terroir qui transcende nos rosés. Au croisement des Alpilles et du Luberon, le rosé de Château-Bas est produit avec le même soin que nos autres grands crus. Nous aimons ce vin et nous savons qu’il est vital pour notre domaine. Comme le passage en bio que nous sommes en train de préparer sur les 80 hectares du domaine. Et nous croyons tellement au rosé, qui représente 45% de notre production, que nous lui dédions des cépages nobles et une vinification absolument rigoureuse et raisonnée. Le rosé de Provence vin d’un seul été, cela devient une légende. Lors d’une récente dégustation nous sommes remontés à dix ans. Et la surprise a été belle. Nos rosés avaient tenu la distance. »


Inspiré par le message humaniste laissé par Georges de Blanquet, refondateur du domaine, Philippe Ponchin s’avoue optimiste. Pour lui le rosé de Provence a un très bel avenir. Notamment avec la nouvelle vague des cuisines du monde. La culture encore et toujours.

Témoignage Recueilli par Salvatore Lombardo


Tag(s) : #Société