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Politique - Article paru le 29 octobre 2008 dans l'Humanité

Face à la crise

Un plan libéral à contre-emploi



Libéralisme. Cent mille contrats aidés en plus, le contrat de transition professionnelle prolongé, mais rien contre les licenciements boursiers, et la déréglementation du travail accélérée… Le « plan emploi » de Nicolas Sarkozy est en décalage total avec les urgences sociales.

Juré, craché, il ne « laissera personne au bord de la route ». Une fois encore, dans un discours dont la tonalité donnait à penser que la campagne présidentielle n’avait toujours pas cessé, Nicolas Sarkozy s’est livré, hier dans les Ardennes, à une démonstration de volontarisme politique, sur fond de licenciements et de plans sociaux tombant en cascade. Mais la grande « mobilisation pour l’emploi » annoncée se solde, pour l’essentiel, par la reprise de mesures déjà expérimentées, sans résultats vraiment probants, et une apologie de « réformes » aggravant l’insécurité sociale. La polémique à laquelle il s’est livré avec Lionel Jospin, qui avait plaidé l’impuissance de l’État face aux licenciements, ne masque pas le creux de l’opération. Pour Nicolas Sarkozy, l’État peut beaucoup pour sauver le monde de la finance, pas grand-chose pour le monde du travail.

Plaidoyer pour le plan de soutien aux banques

Le chef de l’État a ouvert sa prestation en défendant les précédentes étapes de son « plan d’action global » de réponse à la crise, singulièrement la mobilisation financière pour les banques. S’efforçant de répondre aux lourdes interrogations et au sentiment d’injustice que cette dernière a provoqué (« Il y en a peut-être parmi vous qui se disent : pourquoi aider les banques ? », « Pourquoi ne pas distribuer cet argent aux salariés eux-mêmes ? »), le chef de l’État a asséné : « Les seuls bénéficiaires de ce plan, ce sont les entreprises et les ménages, à qui les banques prêteront de nouveau. » Mais aucune condition contraignante, aucun critère précis, n’est toujours posée à l’octroi de 10,5 milliards d’euros d’aide publique aux banques. Et en guise de contrôle du respect des engagements pris verbalement par les établissements financiers, la nomination d’un « médiateur national du crédit » est un peu courte.

Fusion ANPE-ASSEDIC : des guichets uniques partout d’ici à l’été

S’agissant plus particulièrement de son plan pour les salariés victimes du « ralentissement de l’économie », Nicolas Sarkozy a, une fois de plus, emprunté à la CGT l’idée de « créer une véritable sécurité sociale professionnelle », mais sans lui donner, loin de-là, le même contenu (voir l’entretien avec Maryse Dumas, page 4). Il s’est d’abord livré à un plaidoyer pour la fusion de l’ANPE et des ASSEDIC. « Dès l’été prochain, il ne doit plus exister en France que des "guichets uniques" pour les demandeurs d’emploi » et « dès septembre prochain, l’entretien unique doit être généralisé ». Relançant la stigmatisation des chômeurs, traités a priori comme fraudeurs, il a ajouté : « Si c’est la même personne qui vous indemnise et qui vous aide à trouver un emploi, les fraudes, il n’y en aura plus. » Une manière de confirmer le but de cette réforme : pousser les demandeurs d’emploi à accepter toutes offres prétendument « raisonnables », y compris les plus précaires. Le calendrier précipité de mise en oeuvre donne raison aux syndicats de l’ANPE et des ASSEDIC, qui redoutent que les agents n’aient pas le temps d’être véritablement formés à leurs nouvelles tâches intégrées, et craignent d’être contraints de faire « de l’abattage ».

100 000 contrats aidés en plus

Principale mesure concrète annoncée hier, le président demande au gouvernement de porter à 330 000 le nombre de contrats aidés dans le projet de loi de finances 2009, « soit 100 000 de plus que ce qui était prévu ». Un revirement complet, par rapport à la politique menée jusqu’ici, traduite en particulier par la liquidation des emplois-jeunes, virage justifié par Nicolas Sarkozy au nom du « pragmatisme »… L’augmentation de ces contrats,çus pour des salariés en difficultés sur le marché du travail (jeunes en échec scolaire, seniors, salariés non qualifiés), ne répondra pas aux attentes de la majorité des victimes des plans sociaux, pour beaucoup, des salariés insérés, qualifiés.

Afin de « donner le maximum de chances d’obtenir un emploi dans une entreprise », les bénéficiaires des emplois aidés auront droit à un entretien, deux mois avant la fin du contrat, avec le service public de l’emploi. De même, les salariés se retrouvant au chômage après une mission d’intérim ou un CDD pourront être reçus « dès leur réinscription », et non quatre mois après, comme aujourd’hui.

L’expérience des contrats de transition professionnelle prolongée

Confirmant la piste évoquée ces derniers jours, le président a promis de « prolonger » l’expérimentation des contrats de transition professionnelle (CTP) et de « l’étendre aux bassins d’emplois qui seront les plus touchés par des difficultés économiques ». Ciblant les licenciés économiques dans les seules entreprises de moins de 1 000 salariés, le CTP, plus favorable à cet égard que l’assurance chômage classique, garantit 80 % du salaire brut pendant douze mois, avec accompagnement vers l’emploi. Mais sans obligation aucune de résultat sous forme de reclassement. Mission est confiée au gouvernement d’examiner avec les « partenaires sociaux » la « généralisation d’un dispositif s’inspirant » du CTP.

Le chef de l’État s’est par ailleurs prononcé pour « une prise en charge plus longue et sans doute plus généreuse » du chômage partiel, sans prendre d’engagements plus précis.

Vive le travail du dimanche !

Nicolas Sarkozy veut accélérer le train fou de ses « réformes » déréglementant le droit du travail. Il a demandé hier aux parlementaires de se saisir « sans tabou » de la proposition de loi sur le travail du dimanche, faisant, comme à son habitude, assaut de démagogie : « Pourquoi continuer d’empêcher celui qui le veut de travailler le dimanche ? » lance-t-il, feignant d’ignorer que la liberté de choix, pour les salariés, est en la matière des plus relatives, et usant sans vergogne de la carotte du « pouvoir d’achat en plus », dans un contexte de compression des salaires.

S’il était mené à son terme, un tel projet jouerait contre l’emploi, au moment où de nombreuses entreprises trouvent déjà des raisons dans la crise de réduire leurs effectifs. Il en va d’ailleurs de même des précédentes « réformes » sarkozystes, telles la libéralisation des heures supplémentaires, la fin des 35 heures ou l’encouragement au cumul emploi-retraites, dont Nicolas Sarkozy a hier pris la défense sans sourciller.

Réunion avec les syndicats

Enfin, le chef de l’État a mis la pression sur les syndicats en leur demandant de « conclure impérativement avant la fin de l’année » les négociations en cours avec le patronat sur la formation - professionnelle, l’assurance chômage et la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Il compte tenir, « dans un mois », une réunion avec les « partenaires sociaux » où leurs propositions et « tout autre initiative contribuant » à la mobilisation pour l’emploi seront examinés.

Yves Housson

Tag(s) : #Politique