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Politique - Article paru le 29 octobre 2008 dans l'Humanité

Face à la crise

Maryse Dumas : « Nicolas Sarkozy développe une flexibilisation généralisée »



Contrats de travail, temps de travail, rémunérations… Pour la secrétaire confédérale de la CGT, le chef de l’État se sert de la crise pour pousser plus avant sa politique libérale.

Samedi dernier vous estimiez que le gouvernement était indifférent aux suppressions d’emplois et donc au sort de millions de familles. Quel est votre sentiment après le discours de Nicolas Sarkozy ?

Maryse Dumas. Je partage le sentiment qui va être celui de millions de salariés, de demandeurs d’emploi et de retraités qui vont se sentir indignés de voir, de semaine en semaine, des milliards mis sur la table pour les banques et les entreprises et pas un centime pour les salaires, le pouvoir d’achat et l’emploi. Le président de la République, qui n’a jamais de propos assez dur sur le capitalisme et donne des leçons dans le monde entier, dès lors qu’il s’agit de sa propre politique ,poursuit dans la logique de libéralisation et de déréglementation totale du droit du travail, principale cause de la crise actuelle. La CGT aurait souhaité que le président de la République mette un terme à cette politique, conduite depuis dix-huit mois, d’affaiblissement des salariés vis-à-vis de leur employeur et de flexibilisation de l’emploi. À l’inverse, il se sert de la crise pour pousser plus avant sa politique.

La création de 100 000 contrats aidés de plus, ainsi que le développement des contrats de transition professionnelle sont les principales mesures immédiates annoncées. Vont-elles dans le bon sens ?

Maryse Dumas. Il ne s’agit pas d’emplois mais de contrats. Rien dans le discours du président de la République ne laisse penser qu’il va y avoir une évolution de l’emploi. Son discours se concentre toujours sur la culpabilisation du chômeur, sur le manque de flexibilité des contrats de travail. Or ce genre de raisonnement a conduit, depuis une trentaine d’années, à une précarisation de l’emploi et à la multiplication du nombre de travailleurs pauvres dans ce pays. Mais pour empêcher la récession, il faut concentrer les moyens sur l’amélioration des salaires et du pouvoir d’achat, de façon à soutenir la consommation susceptible de soutenir l’emploi. En France, 70 % de la croissance dépend de la consommation intérieure. L’argent à dépenser doit l’être pour soutenir le pouvoir d’achat.

Outre ces mesures, le chef de l’État souhaite remettre en cause le travail dominical et assouplir les CDD pour les PME, quelle est votre opinion ?

Maryse Dumas. Ce n’est pas par le travail du dimanche ni par les heures supplémentaires qu’on va répondre à l’insuffisance d’offres d’emplois. Même dans le commerce ce n’est pas la réponse. À preuve, dans la vente par correspondance, La Redoute annonce plusieurs centaines de suppressions d’emplois. Or, du fait d’Internet, elle est ouverte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Quant aux CDD, c’est un vieux rêve libéral qui détruit les salariés et leurs familles.

Que pensez-vous de la création, d’ici à la fin de l’année, d’une « sécurité sociale professionnelle » ?

Maryse Dumas. Le président de la République pratique un détournement complet de vocabulaire, puisque la notion de sécurité sociale professionnelle a été inventée par la CGT pour permettre à chaque salarié, quelle que soit la situation de son emploi, de garder son contrat de travail et son salaire, jusqu’à ce que son reclassement soit effectif dans une autre entreprise. Au lieu de cela, Nicolas Sarkozy développe une flexibilisation généralisée des contrats de travail, du temps de travail et des rémunérations de plus en plus aléatoires.

Nicolas Sarkozy a annoncé la tenue d’une réunion avec les partenaires sociaux dans un mois pour faire le point sur les négociations et tracer une feuille de route pour « les mois et les années à venir ». Que répondez-vous ?

Maryse Dumas. La CGT propose à toutes les organisations syndicales de se réunir très rapidement pour préparer une mobilisation importante de tous les salariés, demandeurs d’emploi et retraités de notre pays pour exiger que l’argent qui est aujourd’hui sur la table revienne aux salaires, à l’emploi et au pouvoir d’achat. C’est dans ces termes que nous voulons préparer la conférence qui est annoncée par le président de la République. Quant à cette conférence, je voudrais faire remarquer que pour prendre des décisions sur les banques, Nicolas Sarkozy réunit les banquiers ; pour prendre des décisions sur les entreprises, il réunit les entrepreneurs ; mais pour prendre des mauvaises décisions sur l’emploi, il ne tient pas compte de l’avis des organisations syndicales. Ainsi, il ne reconnaît pas aux organisations syndicales, et à travers elles aux salariés, la possibilité d’intervenir sur les choix financiers concernant l’économie, l’évolution de l’emploi et les aides aux entreprises et aux banques. Ce qui est inadmissible, car tout l’argent que le président est en train de dépenser sans compter à une seule source : le travail des salariés.

Entretien réalisé par Clotilde Mathieu

Tag(s) : #Politique