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Tribune libre - Article paru le 28 octobre 2008 dans l'Humanité



Etats-Unis : un système électoral où l’oligarchie confisque la souveraineté populaire !




Le directeur de Harper’s Magazine signe un brûlot qui décortique un système électoral où l’oligarchie confisque la souveraineté populaire.

« Une caste américaine. Les élections américaines expliquées aux Français ». Éditions Les Arènes. 270 pages. 21 euros.

Disons-le tout de suite, l’auteur, journaliste et directeur du mensuel plus que centenaire Harper’s Magazine doute que le système électoral de son pays permette à la souveraineté populaire de s’exprimer. Il détaille ce système pour écarter les « malentendus » nourris par les Français à l’égard d’une démocratie qui, dit-il, « n’a pas fini d’être enterrée vivante ». Fixée selon des critères établis en 1787 pour éviter la domination des États les plus peuplés, l’élection du président n’est pas le résultat du suffrage universel direct. Le chef de l’État est élu par un collège électoral de 538 grands électeurs qui ne sont pas tenus, dans 48 États sur cinquante, de choisir le candidat pour lequel ils ont été désignés. Et c’est arrivé.

La représentativité de chaque grand électeur est fluctuante. Ainsi le Wyoming désigne trois grands électeurs, soit 1 pour 171 668 habitants, alors que la Californie en élit 55, soit un pour 662 865 habitants. Ce qui explique que Bush a pu l’emporter en 2000, alors que son adversaire Al Gore avait obtenu 563 895 voix de plus que lui dans les urnes.

Chaque État ayant ses propres lois électorales, les critères d’inscription, le mode de scrutin (bulletin de vote ou machine électronique), les tricheries sont rendues possibles, comme en Floride où, en 2000, 57 700 électeurs avaient été rayés des listes parce qu’ils étaient considérés comme d’anciens délinquants, alors qu’ils avaient accompli leur peine. Une majorité de Noirs fut ainsi écartée dans un État dirigé par le frère du futur président, qui ne l’emporta en Floride que de 537 voix.

L’argent représente le plus lourd handicap imposé à la démocratie, la politique étant « un luxe d’homme riche ». Même si ce n’est pas toujours les dollars qui décident, la campagne actuelle bat tous les records dans l’achat de clips télévisés ou de messages électroniques ou téléphoniques. Obama faisant figure d’exception avec ses réseaux de militants et ses centaines de milliers de petits chèques. Ce qui n’exclut pas le renfort des poids lourds de l’industrie ou de la finance, comme le spéculateur Warren Buffet ou George Soros. John MacArthur rappelle qu’Obama fut élu sénateur de l’Illinois, il y a quatre ans, avec l’appui de Citigroup, la troisième banque américaine. L’auteur cite ces mots d’un ancien sénateur de l’Alaska, lors d’un débat télévisé auquel participait Hillary Clinton : « Regardez où ils prennent l’argent pour Hillary, Obama, Edwards.

Ce sont les fonds de pension, les banquiers de Wall Street, les types qui ont fait du pays ce qu’il est aujourd’hui… » La démocratie est aux mains d’une oligarchie qui laisse peu de place à la souveraineté populaire et à son combat pour un changement de politique. Malgré leur majorité au Sénat et à la Chambre des représentants, élus pour mettre fin à la guerre en Irak, souligne MacArthur, les démocrates n’ont rien entrepris pour exiger le calendrier de retrait attendu, étouffant un mouvement pacifiste privé de perspective politique. Dans une interview d’Obama, il soulève les mêmes questions, les mêmes doutes à contre-courant du politiquement correct. « Les seuls à jouir de la liberté de la presse sont ceux qui possèdent un organe de presse », souligne-t-il cyniquement dans son magazine. Héritier d’une famille d’hommes d’affaires, ne dépendant d’aucun réseau d’influence, ce qui donne tout son intérêt à son essai conçu comme « un appel à la résistance ».

Jacques Coubard

Tag(s) : #Monde