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Tribune libre - Article paru le 28 octobre 2008 dans l'Humanité

idées

La pauvreté et la révolte au Café

La bascule dans la perception de la pauvreté remonte à six à sept ans pour l’enquêteur, à une dizaine d’années pour la maire de cette ville de la banlieue parisienne qu’est Malakoff. Étienne Mercier de l’institut Ipsos, qui a réalisé une enquête pour le Secours populaire, et Catherine Margaté, invités du Café des Amis de l’Huma, se retrouvent remarquablement dans l’observation.

Pour évaluer la pauvreté véritable, l’échantillon d’Ipsos situe majoritairement le seuil à une alimentation « saine », à la possibilité de « faire partir » les enfants en vacances, à « l’accès » aux biens culturels. À une époque, dit Étienne Mercier, on pensait que les générations futures vivraient mieux, ce n’est plus le cas depuis six à sept ans.

La maire de Malakoff est frappé par ce qu’elle entend dans ses permanences : « Je n’y arrive plus », « Mes enfants ne vont plus y arriver ». Elle raconte : même les propriétaires de très jolis pavillons, en cas de difficultés de remboursement d’un emprunt, par exemple, pour un divorce, me demandent un HLM.

Paradoxalement, selon l’enquêteur, parmi les jeunes frappés ou menacés par l’appauvrissement, on ne distingue guère de révolte. Sous la chape de fatalisme, ils se font pragmatiques, note Catherine Margaté, mais cela ne les empêche pas d’agir quand les conditions sont réunies, quand on rassemble.

La maire de Malakoff insiste sur l’importance que prend, face à la crise financière, la collectivité publique. C’est, à ses yeux, un filet de sécurité. « Nous sommes très heureux, à Malakoff, d’avoir gardé notre centre de santé auquel tout le monde a accès. » Ce mardi 21 octobre, l’indignation et l’envie d’en découdre avec les responsables avaient saisi, dans l’assistance, le Café du Croissant. Quand on s’appelle Amis de l’Humanité, c’est bien le moins.

Laurent Renaud

Tag(s) : #Société