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International - Article paru le 29 septembre 2008 dans l'Humanité

La colonisation israélienne, obstacle à la paix au Proche-Orient



Nations unies . Le conflit israélo-palestinien a été évoqué à l’Assemblée générale mais aucune avancée n’est à attendre tant qu’aucune pression internationale n’est envisagée sur Israël.

Rendez-vous annuel où est abordé pratiquement tout ce qui fait l’actualité internationale de la planète, l’Assemblée générale de l’ONU se devait d’aborder le conflit israélo-palestinien, au-delà des discours prononcés à la tribune par Mahmoud Abbas, président d’une Autorité palestinienne (A.P.), toujours sans État, et celui d’Israël, Shimon Peres, dont le pays n’a toujours pas de frontières officielles mais qui s’étend largement sur son voisin palestinien, poursuivant l’occupation depuis plus de quarante ans maintenant. Entendre ce même Peres déclarer, dans l’immeuble de verre, qu’un accord avec les Palestiniens serait possible « l’année prochaine » aurait de quoi faire sourire, n’était la situation dramatique que vit le peuple palestinien. Qui peut vraiment y croire ?

Au début des années 2000, la constitution du fameux « quartet », réunissant les États-Unis, la Russie, l’Union européenne et l’ONU, avait été présentée comme la démonstration de la volonté internationale de régler le conflit. Sur sa lancée, une « feuille de route » était élaborée, fixant des obligations à chacune des deux parties. L’OLP, seule garante des accords passés au nom des Palestiniens, s’était dit immédiatement d’accord. Israël, sous la houlette d’Ariel Sharon, avait modulé sa réponse en y insérant plus d’une dizaine de points. Cette même feuille prévoyait la création d’un État palestinien pour la fin 2005. Rien ne s’est fait. Il y a pratiquement un an, à Annapolis (États-Unis), en novembre 2007, rebelote ! Cette fois, George W. Bush annonçait qu’il prenait les rênes de cette question et voyait un État palestinien prendre forme avant la fin de son mandat. Ceux qui n’y croyaient pas n’étaient que des oiseaux de malheur ne comprenant rien à ce « moment historique », pour reprendre la phrase de Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères.

Aujourd’hui, plus personne n’y croit. En tout cas s’agissant de l’échéance. À part la secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, pour qui le processus lancé à Annapolis était « robuste » et « rapprochait les parties de leur objectif » ! Les maigres discussions qui se sont tenues n’ont pourtant pas véritablement un caractère de négociation. Les points d’achoppement sont toujours les mêmes : Jérusalem, droit au retour des réfugiés, frontières de 1967, exploitation de l’eau… Pis, à Annapolis, il était clairement dit (ou plutôt redit puisque c’était déjà contenu dans la feuille de route) que la colonisation devait cesser, y compris l’expansion naturelle. Las, celle-ci n’a pas connu d’essoufflement, en Cisjordanie comme à Jérusalem, rendant caduc tout accord futur. Les colons eux-mêmes ont repris du poil de la bête. La semaine dernière, ils ont tenté d’assassiner l’historien et militant de la paix Zeev Sternhell. Hier, ils ont abattu un jeune berger palestinien de dix-neuf ans, en Cisjordanie.

C’est dans ces conditions que le Conseil de sécurité, réuni au niveau ministériel à la demande du groupe arabe, a débattu de la colonisation juive dans les territoires palestiniens. « La poursuite de la colonisation rend impossible la création d’un État palestinien viable », a déclaré le chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud Al Fayçal. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a, pour sa part, affirmé, lors du débat, qui n’a pas été sanctionné d’un vote, que la colonisation « a atteint un point susceptible de tuer tout espoir d’un État palestinien viable ». Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a expliqué, cartes à l’appui, que les principaux blocs de colonies « ne permettront pas la création d’un État palestinien, puisqu’ils divisent la Cisjordanie en quatre cantons ». Il a averti : « L’alternative à la paix, c’est de voir la région plonger de nouveau dans le cycle meurtrier de la violence. » Devant l’Assemblée générale de l’ONU, il avait rappelé : « Les règlements partiels ou provisoires, qui omettent ou reportent certains dossiers essentiels, ne sont pas viables et laissent intactes les racines du conflit, anéantissant ainsi tout progrès accompli sur le chemin de la paix. »

Malgré ces avertissements et les dangers qui pèsent sur la paix, le quartet a timidement exprimé sa « profonde préoccupation devant les activités accrues de colonisation, qui ont un impact négatif sur le climat des négociations et entravent le redressement de l’économie » palestinienne, et a appelé Israël « à cesser toutes les activités de colonisation, y compris celles liées à la croissance naturelle, et à démanteler les avant-postes construits depuis mars 2001 ». Mais aucune mesure n’a été envisagée pour contraindre Israël à assumer ses engagements pris devant la communauté internationale.

Pierre Barbancey

Tag(s) : #Monde