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Politique - Article paru le 29 septembre 2008 dans l'Humanité

Editorial par Patrick Le Hyaric

Unité nationale : pour qui ?


La droite veut s’appuyer sur la grave crise financière internationale pour faire accepter aux familles populaires « de la sueur, du sang et des larmes ».

C’est tout le sens des appels successifs, durant ce week-end, de M. Fillon et de Mme Parisot à « l’unité nationale », après que le président de la République a agité six fois le mot « peur » dès les premières minutes de son discours de Toulon.

Il y a une cohérence entre le discours du président
et les appels de son premier ministre, soutenu bruyamment par la représentante du grand patronat.

Ils veulent se présenter comme des protecteurs contre « un ennemi extérieur » dont ils ont subitement découvert qu’il se nomme « capitalisme financier » qu’il suffirait désormais de « réguler ». Or, plus ils parlent de régulation du monde, plus ils dérégulent la France.

Ils alimentent les chaudières des Bourses avec les privatisations, dont celle envisagée de La Poste. Ils transfèrent toujours plus d’argent, qui devrait revenir à la rémunération du travail, vers les profits. Leur politique permet le pompage de trois cent quatorze milliards d’euros des entreprises productives vers les institutions financières et les banques grâce à l’importance des frais financiers.

L’appel à l’union nationale va de pair avec la recherche d’un consensus national, tant sur le diagnostic de la crise que sur l’idée de la seule régulation du système. Cela n’aboutirait qu’à servir une fois de plus le capital contre les forces du travail et de la création.

Or, la vraie ligne de partage se situe aujourd’hui entre ceux qui soutiennent le capitalisme et ceux qui agissent pour son dépassement afin de construire une société nouvelle. Tel est le sujet de l’indispensable vraie confrontation ! Les peuples doivent devenir les maîtres de leur avenir. Ce n’est plus l’argent roi tout-puissant qui doit disposer de la vie des peuples.

Parce que ce serait inefficace pour résoudre la crise elle-même, l’unité nationale ne peut se faire sur la base des coupes claires envisagées dans le projet de budget 2009, sur la politique d’austérité renforcée, envisagée avec le refus d’augmenter les salaires, les retraites et les prestations sociales, sur les diminutions sans précédent du nombre de salariés dans les services publics, sur les réductions considérables du budget de la protection sociale, qui devrait être annoncé aujourd’hui, comme d’ailleurs une augmentation importante du nombre de chômeurs.

Au contraire ! Rapatrions les milliards d’exonération de cotisations sociales des grandes entreprises pour supprimer les franchises médicales, les forfaits santé et les déremboursements. Mettons fin au bouclier fiscal pour transférer 14 milliards d’euros aux familles populaires. Répartissons autrement les richesses et transférons une partie des profits des entreprises vers les salaires et l’emploi. Mettons en place une fiscalité qui fasse participer le capital aux intérêts généraux la société. Diminuons la TVA et les taxes carburant. Utilisons le levier du crédit à taux d’intérêt quasi nul pour les entreprises qui ont besoin d’investir, de défendre l’emploi et les territoires.

Et comme présidente de l’Union européenne, la France se grandirait à proposer des initiatives européennes anti-crise fortes, en orientant la Banque centrale européenne et l’euro au service des productions
et de l’emploi. Et si la spéculation, issue du concept de liberté totale de circulation des capitaux, est la cause d’une partie importante des difficultés actuelles, alors il faut avoir le courage de déclarer caduc le traité de Lisbonne et de proposer au monde une taxation des mouvements de capitaux et l’interdiction des paradis fiscaux.

Un plan anti-crise efficace passe par la satisfaction des besoins humains et par un partage des pouvoirs et des décisions dans les entreprises et dans tout le pays. L’appel à l’unité nationale n’a pour objectif que d’obtenir un consentement même tacite du peuple aux lourds sacrifices qui se préparent dans le secret les bureaux élyséens.

Ne laissons pas faire !

Tag(s) : #Politique