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Politique - Article paru le 28 juin 2008 dans l'Humanité

 

Les ménages dépriment, la croissance trinque

Conjoncture . Moral des ménages au plus bas, activité plus faible que prévu, chômage à la hausse… Pourtant, Christine Lagarde maintient sa prévision de croissance pour 2008.

L’annonce d’une baisse de régime de la croissance française, l’inflation qui grimpe en flèche et le choix « idéologique » du gouvernement d’appeler à la modération salariale ont eu raison du moral des ménages. Après douze mois de baisse consécutive, le moral des Français a atteint, selon l’INSEE, son plus bas niveau depuis 1987, date de la création de l’indicateur. La dégradation la plus forte concerne l’opinion des ménages sur les perspectives d’évolution du niveau de vie, qui perd 7 points.

En effet, l’inflation a atteint 3,3 % sur un an en mai, un niveau inégalé depuis 1991, sous l’effet de l’explosion du cours du baril de brut, qui a dépassé, jeudi, le seuil des 140 dollars. Face à cette situation, les Français inquiets de l’évolution future de leur situation financière personnelle réduisent leurs intentions de réaliser des achats importants, l’indicateur le plus fiable pour anticiper la consommation à venir. En raison du recul de la consommation des ménages qui, jusqu’ici, avait tiré l’activité, l’INSEE a indiqué hier que la croissance au premier trimestre n’a été que de 0,5 %, inférieure à ses prévisions (0,6 %). Si ces révisions ne modifient pas les chiffres de la croissance pour 2007, toujours à 2,1 %, elles influent en revanche sur l’acquis de croissance pour 2008, qui passe de 1,4 % à 1,2 %. L’acquis de croissance est le niveau de croissance du PIB dont on est sûr qu’il sera atteint, sauf en cas de récession au cours des trimestres suivants.

Pourtant, Christine Lagarde, en marge du lancement de la nouvelle pièce de 2 euros, à la Monnaie de Paris, a maintenu mordicus sa prévision de croissance pour 2008 dans une fourchette de 1,7 % à 2,0 % du PIB. « Aujourd’hui, on est au travail, on essaie de réduire le chômage, et on essaie de mettre en place des systèmes qui nous permettent, dans un univers international économique très contraignant, de faire valoir les atouts de la société française », s’est-elle empressée d’ajouter, alors que le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 0,3 % en mai.

Comme en économie les malheurs n’arrivent jamais seuls, l’INSEE a également révélé hier une dette publique de la France (État, Sécurité sociale et collectivités locales) en hausse de 41,1 milliards d’euros au premier trimestre par rapport au trimestre précédent. Selon l’institut, la dette de l’État ressort à 965,8 milliards d’euros, en hausse de 35,8 milliards. Celle des administrations publiques locales est de 132 milliards, en baisse de 3,6 milliards. La dette des administrations de Sécurité sociale augmente nettement, de 10,9 milliards d’euros à 57,4 milliards. Au final, la dette s’établit à 1 250,6 milliards d’euros au 31 mars, soit 65,3 % du PIB, bien supérieure à la limite autorisée par Bruxelles. Déjà sous le coup d’un avertissement sur son endettement par la Commission européenne, la France prendra dans trois jours la présidence de l’Union européenne dans les plus mauvaises conditions.

Clotilde Mathieu

Tag(s) : #Economie