Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Politique - Article paru le 30 mai 2008 dans l'Humanité

Editorial par Jean-Paul Piérot

Mensonges et reniements

par Jean-Paul Pierot

Nicolas Sarkozy avait insisté un peu trop lourdement, mardi matin au micro de RTL, sur son engagement à vouloir maintenir la durée légale du travail à 35 heures, pour que cela ne cachât pas quelque entourloupe, dont ce gouvernement a le secret. Une fois donc la parole présidentielle avait-elle été commentée, soupesée, mise en opposition, par des observateurs trop naïfs, avec la charge de Patrick Devedjian contre la limitation du temps de travail, que le rideau s’est levé. « Il faut éliminer les 35 heures », avait lancé le hiérarque de l’UMP, dont les propos avaient été « recadrés », ou plus exactement nuancés, par le ministre du Travail, Xavier Bertrand, homme lige du président. Détruire non, assouplir oui, annonçait patelin Xavier Bertrand… Nous avons assisté à un jeu de rôles conçu pour égarer l’opinion, jusqu’à ce que la machination se révèle au grand jour.

Le gouvernement veut introduire dans le projet de loi sur la représentativité, fruit d’un accord - une fois n’est pas coutume - entre le patronat et les plus grandes organisations syndicales, une clause permettant la multiplication des heures supplémentaires « négociées » au gré à gré au niveau de l’entreprise. Même si la référence aux 35 heures n’est pas formellement abolie, chacun comprendra que dans la réalité c’est la notion même de limitation du temps de travail qui est visée. Et donc, le seul critère qui subsisterait, serait la réglementation européenne fixant la durée maximale à 48 heures…

L’offensive est de taille et l’enjeu considérable. Ce gouvernement voudrait en quelque sorte réduire à néant plus d’un siècle de combats du mouvement ouvrier pour alléger la peine des hommes et des femmes au travail par le biais d’une manoeuvre aussi grossière que cynique, qui constitue bel et bien une provocation contre le mouvement syndical. Le projet a peut-être été concocté par ce nouveau cabinet noir réunissant une partie des ministres et dont le premier d’entre eux est exclu. C’est d’abord un déni du « dialogue social » dont le ministre Xavier Bertrand ne cesse de vanter les vertus. Le gouvernement, en effet, s’était engagé à reprendre dans son projet de loi la teneur de l’accord patronat-syndicats. Il se comporte en parjure en essayant d’instrumentaliser la position commune pour imposer un recul social. Voilà qui donne la mesure du respect de la parole donnée par le pouvoir sarkozyen. Mensonges et reniements, calculs et coups politiques, telle pourrait être la devise de l’équipe qui préside aux malheurs de la France.

Mais c’est aller un peu vite en besogne que de croire que les salariés vont rester l’arme au pied face à la charge lancée contre eux. Le mécontentement social est en phase de généralisation. On ne peut arrêter le décompte des catégories sociales qui font entendre leurs voix. Des marins pêcheurs et des agriculteurs qui réclament du gouvernement de réduire les taxes sur les carburants, des chercheurs qui refusent la marchandisation du savoir, aux enseignants qui luttent pour une école de qualité, aux cheminots qui refusent la privatisation du fret, des agents des impôts hier si nombreux dans la rue. Et chacun prend la mesure des convergences qui se dessinent autour de la défense du pouvoir d’achat et des retraites. Si le pouvoir n’a pas aimé les cortèges du mois de mai, juin peut lui réserver encore quelques surprises.

Tag(s) : #Politique