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International - Article paru le 29 avril 2008 DANS L4hUMANIT2

La Tunisie, laboratoire de l’immigration choisie ?

Tunis . La France, selon le président Nicolas Sarkozy, serait prête à ouvrir ses frontières pour des quotas d’immigration en échange d’un contrôle de l’immigration illégale.

Envoyé spécial.

Avant même qu’il ne mette pied en Tunisie pour une visite d’État de trois jours, Nicolas Sarkozy a clairement affiché ses intentions dans deux entretiens accordés à la presse tunisienne. Et parmi celles-ci, l’immigration. Qu’on en juge !

« Cette visite d’État est justement l’occasion d’ouvrir de nouvelles pistes pour notre coopération et notre partenariat économique », a assuré le président Sarkozy au quotidien tunisien Echourouk. Et parmi ces pistes, il a cité « l’accord de gestion des migrations » que Paris va signer avec Tunis, et qui « offre de nouvelles opportunités de travail en France avec des démarches facilitées, telle la carte de compétence et talent ». Déroulant sa pensée, il a ajouté : « Cet accord, le premier avec un pays du Maghreb, est un exemple de concertation entre deux pays pour organiser les flux migratoires, de sorte que les deux pays en retirent un bénéfice. »

La Tunisie fait figure de pays test

Dans le journal en langue française le Temps, il a été plus précis : « Ces migrations légales, a-t-il indiqué, doivent être facilitées, tout en s’attaquant ensemble, à l’immigration illégale. Des Tunisiens vivant dans leur pays doivent pouvoir rendre visite à leurs familles résidant en France ; des Tunisiens qui souhaitent acquérir une expérience professionnelle en France doivent pouvoir le faire car cette expérience sera bénéfique à la Tunisie. De même, les jeunes Tunisiens doivent pouvoir choisir la France pour poursuivre leurs études et leurs démarches doivent être facilitées. »

À l’évidence, ce sera la première fois qu’un accord sur « l’immigration choisie » sera signé avec un pays du sud de la Méditerranée. Et dans ce domaine, la Tunisie fait figure de laboratoire pour la mise en oeuvre des idées sarkozyennes en matière d’immigration. Même si le contenu exact de cet accord ne sera rendu public qu’à l’issue de la visite du chef de l’État français, la France va, dit-on, ouvrir ses frontières pour des quotas d’immigration et, en échange, la Tunisie s’engagera à lutter contre l’immigration illégale. Il faut savoir, aussi bien en Algérie qu’au Maroc, que le projet sarkozyen d’immigration choisie avait fait l’objet d’un refus poli des autorités des deux pays.

D’ailleurs, chacun a pu noter que le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, n’est pas du voyage. En revanche, Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur et de l’Identité nationale, est du voyage. Ce sera lui qui négociera les contours et le contenu de cet accord dit de « gestion des migrations », qui servira certainement de levier afin que les autres pays du Maghreb suivent l’exemple tunisien.

Un manque de respect pour les Tunisiens

L’accord en question fait déjà grincer les dents de l’opposition démocratique tunisienne. Pour Oumeya Seddik, membre du parti d’opposition, le Parti démocratique progressiste (PDP), la priorité accordée par Paris au contrôle de l’immigration et le soutien à la Tunisie pour contenir l’islamisme radical est « un mauvais calcul » et dénote d’un manque de respect pour les Tunisiens qui aspirent à la démocratie et au progrès social. « Avec son projet de carte compétence et talent, Sarkozy est venu piller nos forces vives en organisant la fuite des cerveaux. Parmi les diplômés tunisiens, chacun sait qu’ils seront nombreux ceux qui ne reviendront pas en Tunisie. Je pense à ces scientifiques qui n’ont pas de travail en Tunisie. »

Hassane Zerrouky

Tag(s) : #Monde