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Politique - Article paru le 29 avril 2008 dans l'humanité

Les effets pervers de la nouvelle loi Lagarde

Loi de modernisation économique . Sous couvert de rendre du pouvoir d’achat aux consommateurs, le gouvernement Fillon donne les pleins pouvoirs aux distributeurs.

Le projet de loi de modernisation de l’économie (LME) a été adopté hier en Conseil des ministres et devrait venir en discussion au Parlement avant l’été. Au-delà de la banalisation du Livret A, du gel pour les petites entreprises des conséquences financières des franchissements des seuils de 10 et 20 salariés, ainsi que des délais de paiement des fournisseurs réduits à soixante jours maximum, ce texte est devenu polémique à cause de deux

mesures concernant le commerce. Il s’agit de la possibilité donnée aux hypermarchés de « négocier librement » les prix d’achat de leurs marchandises auprès de leurs fournisseurs, et de la plus grande facilité donnée à ces mêmes enseignes pour ouvrir de nouveaux magasins dont la superficie sera comprise entre 300 et 1 000 mètres carrés, sans avoir besoin d’une procédure d’autorisation. Par ce biais, il s’agirait surtout de favoriser l’implantation de magasins de hard discount au coeur des villes. Ces deux dispositions retiennent l’attention des consommateurs, mais aussi celle des paysans et des petits industriels de l’agroalimentaire. Par ces temps de vie chère, les consom- mateurs aimeraient voir baisser les prix. Le gouvernement Fil- lon promet de répondre à leurs attentes avec un calcul à courte vue, en sachant que la nouvelle loi sera utilisée par les distributeurs et leurs centrales d’achat pour imposer à beaucoup de leurs fournisseurs des prix qui ne couvrent pas les coûts de production, quitte à utiliser des méthodes qui relèvent davantage du proxénétisme le plus brutal que de la négociation contractuelle.

Pas de baisse globale des prix

Serge Papin, président de Système U, affirme que cette nouvelle loi lui permettra de baisser de 3 % à 4 % le prix de 1 000 produits référencés dans ses magasins. Parmi des milliers d’autres qui continueront d’augmenter. Ce que laissait entendre Michel-Édouard Leclerc, hier matin, sur France Culture. Et com- me la tendance est d’aligner les salaires et les retraites sur l’inflation mesurée par l’indice INSEE… D’ailleurs la nouvelle loi Chatel permet déjà aux distributeurs de réduire leurs prix de 20 % à 30 % depuis qu’ils ont le droit de répercuter au profit des consommateurs les mar- ges arrière qu’ils imposent à leurs fournisseurs. Mais personne n’a constaté de telles baisses. Depuis dix ans, la marge brut des distributeurs sur les produits de marque a progressé de 10 points, passant de 26 % en 1998 à 36 % en 2007.

Souvent avec raison, les grandes entreprises agroalimentaires cotées en Bourse ont été accusées de favoriser la hausse des prix. Elles le font surtout sur des produits innovants dont les ventes sont boostées par les publicités porteuses d’allégations relatives à la bonne santé du consommateur. Néanmoins, entre janvier et novembre 2007, les produits de marque ont augmenté de 2 % en moyenne dans les magasins, tandis que ceux qui étaient identifiés sous les marques des distributeurs (les MDD) augmentaient de 3,9 %. Parce que les fournisseurs en MDD n’avaient plus de marge face à la hausse des matières premières.

Le distributeur ne produit rien

Les denrées vendues en magasin sous la marque de Leclerc, de Carrefour et d’au- tres enseignes ne sont jamais produites par ces distributeurs. Ces derniers se contentent de faire la loi chez des fournisseurs qui travaillent à façon, souvent pour plusieurs enseignes différentes. En jambon préemballé comme en emmenthal, une même coopérative agricole peut fournir le même produit à Carrefour, Leclerc et Casino. Seul l’habillage du produit change. Pour vendre, l’entreprise sous-traitante doit répondre aux exigences de chaque distributeur, lequel est prompt à mettre son nez dans les comptes de l’entreprise fournisseuse, exigeant au besoin le changement de tel fournisseur d’emballages. Mais l’exigence porte aussi sur le coût des ingrédients qui entrent dans la composition de tel ou tel produit fini. Ainsi, les poêlées de légumes variés surgelés vendues sous le logo des grandes enseignes sont confectionnées à partir de légumes surgelés importés de pays à bas salaires.

Une loi tueuse de poule aux oeufs d’or

La nouvelle loi fondée sur la « négociabilité des conditions générales de vente » devrait accentuer, dans un premier temps, cette tendance à la délocalisation de la fabrication des produits transformés issus de l’agriculture. Mais la tension étant déjà très forte sur les denrées alimentaires de base au niveau mondial, le retour de bâton sera brutal quand la production nationale ne sera plus en mesure de répondre à la demande des consommateurs. Avec cette loi, le gouvernement fait de la démagogie pendant qu’il tue la poule aux oeufs d’or.

Gérard Le Puill

Tag(s) : #Politique