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Article paru le 30 mars 2008

l’Humanité des débats. Les Ch’tis

Bienvenue chez les Ch’tis : Pourquoi un tel succès ?

Rappel des faits

À la fin de ce week-end, le film de Dany Boon pourrait rejoindre, voire dépasser le record de la Grande Vadrouille, 17,2 millions de spectateurs…

Le propre des passions populaires est toujours de tendre un miroir à une société tout entière.

La comédie de Dany Boon n’échappe pas à la règle, la renforce même à bien des égards. Qu’on se le dise : les Français avaient, semble-t-il, perdu le Nord et l’auraient retrouvé par la grâce d’un film qui nous invite au rire franc et massif, un rire venu du ventre, du fond de nos entrailles, là où s’épuisent nos vies quotidiennes. Beaucoup d’humanité et peu d’esprit, entend-on. Mais n’y a-t-il pas toujours de l’esprit dans l’humanité ?

Comprendre le succès colossal d’un long métrage comme celui-là, vécu comme une sympathique fatalité en quelque sorte, peut receler certains bonheurs qu’il convient parfois de cultiver. Si en apparence le film ne fait que sonder la France profonde sans réelle vocation universelle, il nous transporte néanmoins dans ce que nous pouvons appeler une contagieuse bouffée d’optimisme, comme s’il s’agissait pour nous, collectivement, bien au chaud d’une salle bondée

où la transpiration n’a pas un rôle mineur, de conjurer notre époque maudite et mondialisée.

Souffrante socialement et inquiète pour l’avenir de ses enfants, la France éprouvait sans doute le besoin (seulement inconscient ?) de se convoquer elle-même au coeur de sa fraternité, loin du bling-bling ambiant et de la superficialité des papiers glacés, des yachts, du Fouquet’s et du show-biz télévisuel.

Le film de Dany Boon s’impose en effet comme une véritable comédie familiale (vraiment drôle de surcroît), jouant dans les registres de l’émotion et de la tendresse, sans cynisme ni vulgarité, ce qui devient rare.

Quelques scènes cultes. Et des valeurs d’amitié et de partage qui laisseront une trace durable… Ces raisons expliquent-elles pourtant semblable phénomène de société ? Personne n’a raison seul, et quelquefois il n’est pas rationnel de rester rationnel, pas plus qu’il n’est raisonnable de se régler uniquement sur une certaine réalité des choses et des représentations qu’une société s’en forme. Mais ne l’oublions pas : la grande peur de notre époque s’appelle l’exclusion.

Et Bienvenue chez les Ch’tis nous réapprend certaines formes de solidarité. N’est-ce pas l’essentiel ?

Jean de Leyzieu

Tag(s) : #CULTURE