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quelques petites choses sur 68 :

Contribution de Pierre Assante

Section du 8ème arr. de Marseille


31 mars 2008

Notre établissement, le Lycée Marcel Pagnol à Marseille a été le premier dont les personnels Ouvriers, Techniques et de Service se sont mis en grève. A partir de leur assemblée syndicale, ils sont allés visiter les autres établissements de Marseille pour les appeler à participer au mouvement.

Mais là n’est pas l’essentiel de ce qui m’a marqué sur cette expérience locale, mais ces 3 souvenirs.

- L’organisation de 2 paiements d’acomptes de 170 Frs pour permettre aux grévistes de poursuivre le mouvement c’est à dire aux grévistes comme aux non grévistes de se nourrir. Ces paiements qui ont eu lieu à mi parcours des 18 jours de grève ont été possibles grâce à la coopération des TOS (qu’on appelait Agents de Lycée), des personnels de la trésorerie générale, de personnels de police et des enseignants et administratifs. Tous ces personnels qui ont concouru à ce travail étaient des bénévoles grévistes. Cette action à l’initiative des T.O.S. syndicalistes a permis de payer l’ensemble des fonctionnaires de la zone Est du département des Bouches du Rhône. Dix « bureaux de paiement » ont été ouverts dans les réfectoires de l’établissement, et sur les 2 fois 80 M de centimes, ces salariés pauvres ont distribué cette somme considérable sans qu’il manque un centime. Un détail qui vaut la peine d’être signalé : afin de s’assurer le plus de sécurité possible dans les transferts de fond et la distribution, le travail avait été organisé sur la base de « groupe de 3 », comme cela se pratiquait dans la résistance, le groupe qui avaient en charge l’organisation du transfert, celui du dépôt etc.., ceci en collaboration avec les ouvriers syndicalistes des Moteurs Baudoin, usine de métallurgie proche de l’établissement. Enfin, un point sur 68 qui est peu évoqué : 68 a contribué à remettre en cause la division du travail en tant qu’organisation « éternelle » du travail. Quand les choses sont « revenues dans l’ordre », cette question a été bien oubliée et les hiérarchies se sont affirmées plus que jamais. Pourtant la question du « que produire et comment produire », la démocratie du travail, est une question qui touche toutes les couches sociales et ce n’est pas la Bourse des valeurs qui répondra à cette question. De toutes les libertés c’est cette liberté qui est déterminante et qui détermine la bataille de la libération humaine dans tous les domaines.

- L’autre souvenir est l’ouverture quasi permanente, (ce qui demandait beaucoup de travail de surveillance pour éviter les incidents et les dégradation), du gymnase de l’établissement aux débats. Venaient débattre (et décider) tous les élèves, étudiants, ouvriers et salariés de la Vallée de l’Huveaune (quelquefois 500 personnes sur place). Il y eut des moments difficiles, particulièrement au moment où le Général De Gaule se tâtait pour faire intervenir l’armée et où des groupes poussaient dans le même temps à la provocation. Mais ces débats ont été une école de la démocratie et particulièrement de la démocratie ouvrière qui a marqué longtemps les esprits, même si hélas, cet effort de réflexion a été peu à peu sous estimé.

- Le troisième souvenir est le résultat salarial de 18 jours de grève : mon salaire est passé de 620 F à 800 F, soit près de 30%. Le débat a été âpre pourtant, tant la volonté de quelques uns de contribuer à une transformation sociale de fond était grande, bien plus grande que l’état du rapport de force qui l’aurait permis.

Le 68 des salariés est voilé par les médias. Il a été essentiel pour la venue de la gauche au gouvernement et du Programme Commun de la Gauche bien mis à mal par la suite. L’opération Charlety, que certains voudraient renouveler sous d’autres formes a montré à quel point la sensibilité ouvrière est indispensable au progrès social. Ce n’est pas la diminution relative du poids ouvrier dans le salariat ni l’automatisation partielle de la production qui modifie cette nécessité. Il ne peut y avoir d’alliance efficace sans que cette sensibilité politique joue un rôle important. Les projets de reconstruction politique qui écarteraient cette question sont voués à l’échec. Et dans le moment présent certains de ceux qui se réclament du rassemblement ne semblent pas accorder beaucoup d’importance à la question. Par contre les ambitions individuelles, qui restent encore un handicap au rassemblement reposent sur l’immaturité de la question ouvrière dans l’ensemble du mouvement populaire, particulièrement dans les couches dites moyennes. Ces couches sont travaillées par cette idée ouvrière et nombre de personnes parmi elles qui y sont sensibles tentent de les faire progresser dans leur milieu social. C’est une question de temps : répondre et battre la politique libérale incarnée par Sarkosy-MEDEF et son entourage se fera par l’effet de leur propre politique et son application sous pression à l’Europe. Un 68 européen sur des bases de classe ? Pourquoi pas !

Pierre Assante, 31 mars 2008

Tag(s) : #Politique