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Sarkozy veut imposer le modèle anglo-saxon

Partisan d’un alignement sur la politique des Etats-Unis, le président français, en visite à Londres, a affiché sa nostalgie de la politique des années Thatcher.

Un article de Peter Avis, correspondant du journal l’Humanité.

Londres, correspondance particulière.

Que reste-t-il du passage de Nicolas Sarkozy à Londres, en dehors du faste et des cérémonies protocolaires ? Derrière les formules - l’Entente cordiale est devenue « l’entente amicale » et, même pour Gordon Brown, « l’entente formidable », - les relations renforcées entre Londres et Paris semblent prendre le pas sur l’axe privilégié Paris-Berlin, dont la nécessité ne serait plus la même dans la nouvelle réalité « de l’Europe des 27 ».

Des louanges répétées de la vieille Angleterre

Le président français a posé une gerbe jeudi devant la statue du général de Gaulle. Cela aurait pu être aussi un hommage aux derniers restes du gaullisme, au moment où Sarkozy se prépare à intégrer la France, entièrement, dans les structures de l’Alliance atlantique. Même message lors de la conférence de presse de Gordon Brown avec celui qu’il appelle son ami « Nicolas ». Tous les accords signés, ainsi que la vision commune d’une « Europe globale », font référence à la poursuite et au renforcement de lprivilégiée avec les États-Unis. Le premier ministre britannique a d’ail- leurs insisté sur la « centralité » de l’OTAN pour tous les projets dans le domaine de la défense : l’annonce par Sarkozy de l’envoi d’un millier de soldats français en Afghanistan est une réponse directe à la demande formulée par Washingon et Londres. Et Brown a eu beau jeu de dire ensuite « tous les deux, nous nous prêtons à une relation forte avec nos partenaires américains ».

Nicolas Sarkozy n’a cessé de faire les louanges de la vieille Angleterre. Dans son dernier discours jeudi soir, devant les grosses huiles de la City, il a dépeint une Grande-Bretagne où l’économie serait florissante, grâce à un modèle « donnant de la valeur au travail » qui mériterait d’être importé en France. « J’admire la façon dont ils ont assuré la transition entre les années Thatcher et Blair (…) et ont fait les réformes nécessaires pour assurer croissance, plein-emploi et prospérité » ; notant « bien sûr qu’il y a des problèmes » (sans développer lesquels). Il a demandé aux Français présents outre-Manche de le soutenir dans ses réformes, qui ont fait leur preuve, et d’en parler à leurs familles en France.

Une flexibilité contestée en Grande-Bretagne

Il a toutefois négligé de mentionner que l’économie britannique, si liée au sort de l’économie américaine, est aujourd’hui lourdement endettée et se trouve au bord de la crise. Le modèle britannique auquel il se réfère est-ce lui de la « flexibilité » dans le marché du travail, vivement contestée aujourd’hui par les salariés et le mouvement syndical.

Il passe enfin sous silence que le faible taux de chômage en Grande-Bretagne va de pair avec une prolifération d’emplois précaires et de petits jobs à temps partiel. Le président Sarkozy s’est insurgé contre les dérives du monde de la finance et a fustigé « le capitalisme de la frivolité, du mensonge et de l’absence de transparence ». Bien sûr, on doit supposer que ses propres amis capitalistes, les Bolloré ou autres, ne font nullement partie de ce monde-là.

Peter Avis article paru dans l’Humanité du 29 mars 2008

Tag(s) : #Politique