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Le communisme a-t-il un avenir ? Une organisation communiste a-t-elle un avenir ?

vendredi 30 novembre 2007
 

de Serge Faburel*

Le communisme a-t-il un avenir ? Une organisation communiste a-t-elle un avenir ? Ces deux questions majeures pour les communistes, existentielles, ne sont pas sans rapports l’une avec l’autre ; et l’ordre dans lequel on les pose n’est pas indifférent. Une organisation n’a pas de raison d’être en soi, elle est un moyen au service d’un objectif. La question première est donc : le communisme a-t-il un avenir ? Répondre à cette question suppose de répondre à une question préalable : qu’est-ce que le communisme ? De quoi parle-t-on lorsque l’on parle de communisme ? Depuis 25 ans, une définition empruntée à Marx traverse les textes de référence du parti : le communisme n’est pas un idéal social à instaurer mais « le mouvement réel qui dépasse l’état de choses existant ».

Cette définition appelle au moins deux remarques :

La formulation « le mouvement réel qui dépasse l’état de choses existant » ne signifie pas que ce mouvement soit une mécanique inéluctable, que le dépassement du capitalisme résulterait nécessairement de son propre mouvement et qu’il conviendrait d’attendre qu’il produise de lui-même le communisme. « Les hommes font l’histoire dans des conditions déterminées » : le mouvement de l’histoire n’est ni prédéterminé (les hommes font l’histoire), ni indéterminé (dans des conditions données) ; il implique une dialectique de la nécessité et de la liberté. Il y a non seulement place pour, mais nécessité de l’action consciente des hommes pour dépasser le capitalisme.
Lorsque l’on dit que le communisme n’est pas un idéal social à instaurer, il faut entendre qu’il n’est pas une utopie spéculative conçue abstraitement qu’il conviendrait ensuite de concrétiser par l’action. Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas d’idéaux. Comment pourrions nous ne pas en avoir, alors que c’est précisément le mouvement du capitalisme qui les engendre. C’est l’injustice qui engendre l’aspiration à la justice sociale, l’individualisme la fraternité, la concurrence et la compétition la coopération et le partenariat, la privatisation la mise en commun… Les idéaux, les projets sont des éléments du mouvement réel, des forces matérielles propres à entraîner l’action transformatrice.

Autrement dit : si les hommes tracent leur chemin en marchant, ils le font dans des conditions déterminées (situation de départ, état du terrain, moyens à leur disposition) et en fonction d’un but qu’ils se proposent d’atteindre. L’avenir du communisme relève de la dialectique du mouvement de la réalité et de son dépassement comme projet, cette projection étant elle-même engendrée par le mouvement de la réalité. Si le communisme est « le mouvement réel qui dépasse l’état de chose existant », c’est parce que le capitalisme engendre les conditions de son dépassement, dont les forces matérielles propres à le dépasser. En ce sens le communisme a de l’avenir… Même si cet avenir s’inscrit dans un processus qui peut être très long.

Si le communisme est le « mouvement réel qui dépasse l’état de chose existant », et si ce mouvement implique l’action consciente des hommes, alors il n’y a pas de tâche plus urgente pour ceux qui se proposent d’agir pour le dépassement du capitalisme que la connaissance de ce « mouvement réel » et de « cet état existant ». D’en comprendre « la logique concrète » pour agir. Les communistes français ont joué un rôle décisif chaque fois qu’ils ont été capables de produire l’analyse du moment historique et d’en tirer toutes les implications stratégiques (Front populaire, Résistance et Libération, élaboration du Programme commun de gouvernement et stratégie d’union de la gauche au début des années 70).

Notre déclin depuis le début des années 80, n’est-il pas, pour ce qui concerne nos responsabilités (le poids de la réalité soviétique et de son échec pèsent lourd), contemporain d’un manque crucial : l’analyse d’une phase nouvelle du capitalisme ? Alors que, dès 1970, nous avions annoncé l’avènement d’une nouvelle crise du capitalisme, marquant l’échec de la tentative keynésienne de régulation de ses contradictions, nous nous sommes retrouvé à partir de 1981 à mettre en œuvre une stratégie (union de la gauche et programme commun de gouvernement) élaborée dans la phase dont la crise marquait précisément l’achèvement. Stratégie d’autant plus périmée et caduque, que le capitalisme entreprenait alors, sous l’égide des pays anglo-saxons et avec la participation de plus en plus marquée de la social-démocratie, et en bénéficiant de l’écroulement des pays « socialistes », une restructuration planétaire marquée par un retour aux fondamentaux du libéralisme comme moyens de sortie de sa crise.

Depuis le début des années 80, le capitalisme déploie sa restructuration (prédominance du capital financier et concentration mondialisée, concurrence confinant à une véritable guerre économique planétaire, déréglementation et casse des secteurs publics, création d’entités supranationales et d’organismes mondiaux de gestion pour imposer sa logique, baisse de la valeur moyenne de la force de travail par la délocalisation de la production et la casse des systèmes sociaux basés sur une répartition solidaire…). Et depuis lors, j’ai le sentiment que nous n’avons pas été capable de produire une vision politique synthétique de ce mouvement apte à emporter l’adhésion partagée des communistes et de ceux qui ont intérêt à des transformations sociales. Et donc à élaborer une stratégie correspondant aux réalités de notre temps. Et ce n’est pas en abandonnant la dictature du prolétariat et le centralisme démocratique que nous avons répondu à cette exigence. Ces abandons étaient des préalables pour construire autre chose, mais qu’en est-il de la construction ?

Notre tâche primordiale est, à mon sens, l’analyse du stade actuel du capitalisme. Qu’est-ce que la « mondialisation libérale » ? En quoi est-elle un stade nouveau du capitalisme ? Comment s’inscrit-elle dans le mouvement du capitalisme ? En quoi perpétue-t-elle sa logique de développement ? Quelles sont ses caractéristiques spécifiques ? Quels sont ses rapports avec l’évolution des forces productives ? Quelles sont les perspectives réelles ouvertes par ce stade de développement ? Pourrait-il nous rapprocher du communisme ? …

Comment pourrait-on élaborer un « communisme du 21ème siècle » sans avoir une vision claire et cohérente sur ces questions ? Et d’autres encore : si le profit capitaliste se réalise dans la production de richesses matérielles, que doit-on entendre aujourd’hui par « matérielles » ? Qui sont aujourd’hui ces producteurs de richesses (les prolétaires) qui ont un intérêt objectif à s’unir (et pas seulement au plan national ou continental, mais au plan mondial, car la mondialisation nous contraint à une vision planétaire) ? Sans oublier celle-ci : les concepts marxistes restent-ils pertinents pour comprendre le monde actuel ?

De ces réponses dépendent celles que nous apporterons à d’autres questions : si l’avènement du communisme est sensé résulter d’un long processus de dépassement du capitalisme (et non de la réalisation tel jour à telle heure d’un modèle spéculatif tout ficelé), processus qui a commencé avec l’avènement du capitalisme lui-même, comment détecter dans le stade actuel ce qui participe déjà de ce dépassement, les avancées comme les reculs, les obstacles comme les points d’appui et les forces existantes pour aller plus loin… ? Nous avons, à mon sens, besoin d’une vision cohérente du monde actuel et de sa logique de développement pour répondre à la question : quelle stratégie de dépassement du capitalisme est à l’ordre du jour de la réalité historique ?

Faute de cette vision partagée, nous aurons, je le crains, le plus grand mal à répondre à la deuxième question : une organisation communiste a-t-elle un avenir ? Je ne pense pas qu’il y ait de réponse « organisationnelle » à cette question. Car la pertinence d’une organisation et de sa forme ne se décrètent pas. C’est son utilité qui décide de son existence et la pertinence de sa forme se mesure à sa capacité à mettre en oeuvre ses objectifs et sa stratégie.

Je suis bien conscient que cette contribution faite de constats et de questions ne contribue nullement à apporter des réponses. Elle est animée d’une conviction et se veut un appel à reprendre ensemble les choses par le commencement et dans l’ordre : comprendre le mouvement de la réalité, en déduire une stratégie de dépassement, décider de l’organisation apte à impulser cette stratégie.

A mon sens, la raison d’être d’une organisation politique est de produire une vision du monde qui permette au plus grand nombre (et d’abord à ses membres) de le comprendre et d’agir sur lui. D’autant plus lorsque cette organisation se propose de « dépasser l’état de choses existant ». C’est, à mon avis, la condition pour justifier son existence et emporter l’adhésion.

Nous avons besoin d’un nouveau « manifeste communiste ». Il y a urgence.

*Serge Faburel, Journaliste, PCF Fédération de Seine-et-Marne, section de Chelles.

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Collectif Bellaciao
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