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- Article parudans l'Humanité le 30 août 2007
 

Monde

La CIA, la main dans le gaz bolivien

Bolivie . Un ex-ministre de l’ancien régime a confirmé l’implication d’agents des services US et du Mossad dans les massacres de la « guerre du gaz » d’octobre 2003.

À l’heure où les mouvements sécessionnistes et conservateurs boliviens tentent un coup de force contre le gouvernement d’Evo Morales (voir encadré), l’enquête sur les massacres de l’« octobre noir » de 2003 a connu un nouveau rebondissement. Yerco Kukoc del Carpio, ex-ministre de l’Intérieur du gouvernement de Gonzalo Sanchez de Lozada, a été auditionné, il y a une semaine, par le ministère public dans le cadre de l’enquête sur les violentes répressions des manifestations d’octobre 2003 qui avaient fait 67 morts et un demi-millier de blessés.

Si le procureur général par intérim, Mario Uribe, cité par l’agence Bolpress, estime que les déclarations de l’homme de main de l’ancien chef d’État, en exil aux États-Unis depuis 2003, corroborent pour l’essentiel ses précédents propos et les informations dont il disposait jusqu’à présent, en revanche, le procureur chargé des recours, Milton Mendoza, considère que lesdites déclarations éclairent sous un nouveau jour l’enquête : Yerko Kukoc del Carpio a en effet indiqué que du personnel de la CIA et des services d’intelligence d’Israël ainsi que l’ambassadeur des États-Unis en Bolivie à l’époque des faits, Manuel Rocha, auraient une implication directe et indirecte dans les événements.

un pillage en règle des ressources

Entre septembre et octobre 2003, suite à des premiers mouvements en février, des manifestations, des grèves et des barrages routiers, organisés par les syndicats et paysans indiens producteurs de coca contre un projet gouvernemental d’exportation de gaz naturel en direction des États-Unis via le Chili, avaient été violemment réprimés par les forces armées et policières, donnant lieu à la fameuse « guerre du gaz ». Les acteurs sociaux vilipendaient, à juste titre, un pillage en règle de leurs ressources naturelles. L’accord excluait en effet les citoyens boliviens des retombées de cette vente, mais il impliquait surtout la mise sous tutelle du pays puisque les - autorités se mettaient aux normes du projet de zone de libre-échange des Amériques, avancé à l’époque par les États-Unis.

Dès lors les déclarations de Yerco Kukoc del Carpio n’en sont que plus éclairantes. Selon l’ancien ministre, du personnel israélien aurait prêté main-forte en matière d’« entraînement » et de « conseil » en intelligence durant les événements. Ce que confirme d’une certaine manière le ministère public puisqu’il a relevé des - irrégularités au sein de la Banque centrale de Bolivie concernant des paiements effectués à des agents israéliens par le gouvernement, rapporte l’agence Bolpress.

Concernant la présence de la CIA, le ministère public a également informé qu’il enquêterait sur la nature des relations qu’elle entretenait avec l’ex-président Sanchez de Lozada et l’ancien ministre de la Défense, Carlos Sanchez Berzain, également poursuivi dans le cadre de l’enquête. Enfin, selon Kukoc del Carpio, l’ancien ambassadeur des États-Unis en Bolivie, Manuel Rocha, se serait réuni avec Gonzalo Sanchez de Lozada, pour établir des stratégies de défense en cas d’un éventuel procès l’impliquant.

L’interventionnisme de Washington en Amérique latine n’est certes pas un fait nouveau. Mais au moment où la CIA prétend faire repentance en révélant publiquement d’anciens agissements illégaux, l’enquête sur la tragédie d’octobre 2003 vient rappeler que ses pratiques n’ont pas été enterrées, loin s’en faut, avec la fin de la guerre froide.

Cathy Ceïbe

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