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Société - Article paru le 29 août 2007 dans l'humanité

société

Juger les fous, l’autre lubie de Nicolas Sarkozy

Justice . Hier, le meurtrier présumé des infirmières de Pau a été déclaré pénalement irresponsable. Le président a missionné Rachida Dati pour réformer cette procédure.

« Il y a un moment donné où la société française doit exprimer sans complexe de quel côté elle se trouve : la politique que nous menons, c’est une politique qui assure un soutien total aux victimes, pas aux coupables. » Le discours valait déjà quand il occupait la Place Beauvau, Nicolas Sarkozy, aujourd’hui à l’Élysée, reprend le flambeau démagogue avec mise en oeuvre immédiate. Après les délinquants récidivistes, vite rebaptisés « prédateurs », qu’il faut enfermer à vie, voilà les fous qu’il faut juger, cela afin d’offrir aux victimes - comme l’a argumenté sans rire l’ex-magistrate et actuelle garde des Sceaux - « la possibilité de faire leur deuil ».

non-lieu « psychiatrique »

Missionnée par son président, Rachida Dati a confirmé, samedi dernier, le lancement d’une réflexion sur la « création, à l’issue de la procédure d’instruction, d’une audience spécifique dans les cas où un mis en cause serait reconnu, par les experts psychiatres, atteint au moment des faits de troubles psychiques ayant aboli son discernement ». Comme souvent avec l’actuel président, l’objectif est de répondre dans la précipitation à l’actualité, et plus encore quand celle-ci suscite l’émotion de l’opinion. Ce coup-ci, il s’agit du non-lieu « psychiatrique » prononcé, hier, par le juge d’instruction à l’encontre de Romain Dupuy, auteur présumé des meurtres de Chantal Klimaszewski et Lucette Gariod, infirmière et aide-soignante à l’hôpital psychiatrique de Pau (Pyrénées-Atlantiques), en décembre 2004. Vendredi et samedi derniers, les familles des victimes avaient reçu la visite de Nicolas Sarkozy, puis de Rachida Dati, à qui ils avaient exprimé leur mécontentement de voir le meurtrier présumé de leurs proches « bénéficier » de l’irresponsabilité pénale. Deux expertises psychiatriques avaient, en effet, conclu à l’abolition du discernement de Romain Dupuy, qui souffrait de « schizophrénie paranoïde » au moment des faits. Le parquet palois avait suivi, requérant un « non-lieu ». Les parties civiles ont l’intention de faire appel.

UN cirque

pseudo-judiciaire

Dès l’annonce de la ministre, syndicats de magistrats et de psychiatres ont dénoncé une mesure « contraire à tous les principes ». Bruno Thouzellier, président de l’Union syndicale des magistrats, affirme : « Ce cirque pseudo-judiciaire risque d’aboutir à des frustrations terribles des victimes car on jugera ces gens sans pouvoir les condamner. » « On est à nouveau dans la dictature de l’émotion, la dérive compassionnelle », fustige Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature, qui rappelle combien le nombre de personnes déclarées irresponsables est « infime » : « Cela doit être inférieur à 1 %. » De leur côté, le Syndicat des psychiatres des hôpitaux et l’Association nationale des psychiatres hospitaliers experts judiciaires rapportent, dans un communiqué, que, « depuis l’Antiquité, les malades mentaux ne relèvent pas de sanction pénale ». Pour eux, un tel processus

serait « inhumain ». Et de conclure que des questions « mettant en jeu l’éthique, le droit et la psychopathologie » ne doivent pas être réduites « aux enjeux d’une communication politique ».

Sophie Bouniot

Tag(s) : #Société