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Libéralisation de La Poste en suspens

Article paru dans l'Humanité du vendredi 22 juin 2007

Services publics . L’ouverture totale du secteur postal a été ratifié mais repoussée de deux ans par la commission Transports. Le Parlement doit confirmer en juillet.

Les postiers européens n’ont pas encore plié. Si le vote est confirmé en séance plénière le mois prochain, l’ouverture à la concurrence du courrier inférieur à 50 grammes n’aura pas lieu le 1er janvier 2009 mais en 2011. Suite aux puissantes manifestations des postiers européens le 6 juin, la commission Transports du Parlement a approuvé le report de la suppression du monopole du courrier de moins de 50 grammes dans l’Union. Le report est de deux ans dans l’Union européenne (UE) et de quatre ans pour les membres qui l’ont rejoint à partir de 2004. Ces derniers ouvriraient leur secteur postal (plis de moins de 50 grammes) le 1er janvier 2013.

Le temps " gagné " ne peut faire oublier le vote majoritaire de la commission Transports confirmant tout de même avec 38 voix pour (Parti populaire européen, socialistes et libéraux-démocrates) et 6 contre (les Verts et les communistes), le projet présenté en octobre 2006 par la Commission. Le document prévoit l’ouverture totale du secteur postal. Le 7 juin dernier, Rolf Büttner, responsable du puissant syndicat allemand VerDi, et président d’UNI-Europa Poste, soulignait (notre édition du 7 juin) la dégradation du service public postal européen depuis l’ouverture à la concurrence il y a dix ans. " Il y a en Europe moins de bureaux de poste, moins de boîtes aux lettres, les trajets jusqu’aux bureaux de poste se sont allongés ", indiquait le syndicaliste allemand. " Nous estimons que, dans les dix dernières années, environ 250 000 emplois ont été supprimés en Europe. Nombre de ceux qui ont été conservés sont précaires, avec des salaires de misère ", ajoutait-il.

Rolf Büttner indiquait la crainte qu’une libéralisation totale en Europe " ne se solde par un dumping social et salarial et que les entreprises postales se fassent concurrence d’un pays à l’autre ". Sous la pression des marchés financiers, les opérateurs tentent de réduire leur masse salariale, La Poste étant l’un des secteurs les plus consommateurs de main-d’oeuvre (les plus gros employeurs dans le monde sont les postes japonaise et nord-américaine), les charges de personnel pouvant y représenter plus de 50 % du chiffre d’affaires.

En France, en 2003, les charges de personnel de La Poste (10,6 milliards d’euros pour 320 000 salariés) étaient équivalentes à 65 % du chiffre d’affaires. " La poste hollandaise TNT pratique en Allemagne des salaires largement inférieurs à ceux que nous avons négociés par l’intermédiaire de VerDi et 32 000 emplois sont menacés en raison de ce dumping. À l’inverse, la Deutsche Post travaille aux Pays-Bas, avec des salaires inférieurs de 66 % à ceux pratiqués par la poste hollandaise. En conséquence de quoi, 7 000 emplois doivent être supprimés aux Pays-Bas ", explique Rolf Büttner.

Avec l’emploi, se pose également l’enjeu d’un service public devenu, au fur et à mesure des directives appliquées aux industries de réseaux, un service rabougri intitulé " service universel ". Forte du constat de dix années durant lesquelles emplois et services publics ont été sérieusement dégradés pour améliorer la rentabilité des opérateurs postaux, la fédération syndicale européenne UNI Europa a montré qu’elle n’avait pas encore écrit son dernier mot sur le sujet en appelant les postiers européens à l’action le 6 juin dernier.

S. Ga.

Tag(s) : #Services publics