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BAYROU OU L'ORDRE DE LA DROITE

(article paru dans la Marseillaise du 23/02/07)

 

Malgré les velléités de François Bayrou, son parcours de droite le suit. Décryptage.

Toutes les occasions sont bonnes pour François Bayrou. Alors que sa stratégie d’appel du pied à des personnalités de centre gauche, voire socialistes, n’a été suivie d’aucun effet concret (pour l’heure ?) il vient de se saisir de l’actualité italienne pour tenter d’expliquer son positionnement.
Commentant la démission du gouvernement de coalition de centre gauche de Romano Prodi, le candidat de l'UDF à l'Élysée estimait hier sur France Inter que Romano Prodi allait probablement être " réinvesti dans ses fonctions ".
Mais selon lui, " le coefficient d'instabilité, qui existe en Italie, existe parce qu'on oblige des gens du centre à travailler avec des extrêmes : soit des gens du centre-droit avec des néo-fascistes, ce qui était le cas de la coalition Berlusconi, soit des gens du centre-gauche avec la gauche radicale très dure ".
Il déclare toutefois qu’en ce qui le concerne " c'est exactement le contraire que je veux faire. Je veux que puissent travailler ensemble des gens compatibles, ayant des valeurs communes bien qu'issus de camps différents ", a-t-il confusément affirmé.

Elu avec les voix de droite

La véritable question qu’appelle ce propos porte sur les forces auxquelles pensent le président de l’UDF…
Car l’histoire récente – jusqu’à sa stratégie présidentielle déclarée – a démontré le parcours commun, voire fusionnel- de l’UDF avec la droite. Pour être précis, avec ce qui s’appelle aujourd’hui l’UMP.
Nicolas Sauger du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po) évoquait récemment dans une étude historique sur le centrisme français qu’au niveau du programme " l’UDF se rapproche du centre de la dimension gauche- droite " notamment depuis 2002. Il juge que ce " recentrage certain " est " assez parallèle à celui du RPR " et cela " même si l’UMP s’est repositionnée depuis 2004,sur une identité de droite plus affirmée " note le chercheur.
Mercredi, Ségolène Royal se moquait de François Bayrou, rappelant en substance que ceux qui se présentent ni de gauche ni de droite retombent " toujours du même côté " : à droite.
Pour des raisons électorales, Nicolas Sarkozy rappelait à François Bayrou que les parlementaires UDF sont " élus avec les voix des électeurs de droite et du centre " dans le cadre, souvent, de tractation UMP /UDF, et dans le passé, avec des accords RPR / UDF !
Directeur du CEVIPOF, Pascal Perrineau confirme que " le destin essentiel du centre a été la droite ". Il rajoute qu’ " aujourd’hui encore, les leaders du centre se retrouvent à droite, quelles que soient les velléités passagères de François Bayrou " à titre personnel. Et de conclure : " les députés UDF le rappelleront à l’ordre quand viendra l’heure des législatives ".
Une contradiction que devra assumer François Bayrou. En l’absence de réponses positives du côté socialiste (ce qui est le cas à ce jour) non seulement son retour sur terre sera pénible, mais sa stratégie - qui apparaît de plus en plus clairement comme étant liée à ses ambitions présidentielles - risque bien d’être fatale à l’UDF. En particulier pour ses élus.

PIERRE BASTIEN


 

Tag(s) : #Battre la droite