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APRES LA CLASSE, A CHAQUE PORTEFEUILLE SA SOLUTION

 

Tout le monde n’a pas la chance d’être premier de la classe. La scolarité sans souci, le moment des devoirs qui tombe comme une évidence, sont loin d’être le lot commun des parents. Et pour ceux-là, un marché s’est ouvert. En plus des aides aux devoirs, proposées par des étudiants, des centres sociaux et autres associations, l’offre liée au soutien scolaire s’est ouverte aux entreprises proposant des cours à domicile, en groupe, ou sur Internet, avec des écoles en ligne. C’est dans ces méandres que certains parents vont puiser le soutien qu’ils recherchent et que l’éducation nationale n’est plus capable de le leur offrir. Mais toutes ces propositions parascolaires ne s’adressent pas aux mêmes bourses.

Victor est nul en maths, traîne en français, ne pite pas un mot de ses cours d’anglais. Sa maman est en passe de baisser les bras, mais se résigne à un dernier effort. Financier, cette fois. Victor aura droit à des cours particuliers pour récupérer le niveau de ses petits camarades. Pas d’école en ligne, a-t-on décidé, parce qu’il passe déjà trop de temps sur les jeux vidéo. Cette année, pas de ski en février, les vacances seront consacrées en partie à un studieux rattrapage.

Au 378 rue Paradis, difficile d’imaginer qu’Acadomia fera office de précepteur pour le petit. La vitrine de l’une des deux agences marseillaises du leader dans le marché du soutien scolaire, laisse apparaître à peine huit personnes, concentrées devant des écrans d’ordinateur, un micro accroché à l’oreille. Passé la porte, l’accueil est pourtant chaleureux, sur entretien individuel et confidentiel.

L’atout d’Acadomia, c’est " l’aide personnalisée ". Ici, l’ordinateur sert juste à répondre aux demandes, à gérer les dossiers clients, leur suivi. Mais c’est bien un prof en chair et en os, qui doit se charger de métamorphoser votre cancre en élève appliqué. Le prix de ce sur-mesure ? Pour quelle obligation de résultat?

La facture " dépend des paramètres qui entrent en compte ", précise Françoise Chiabrando, responsable de l’agence Paradis. Différents modules sont possibles ; à partir de 24 heures, sur l’année scolaire, en stage, en suivi annuel,… Pour un soutien trimestriel sur une base de 24 heures, soit le module a minima, le coût horaire avant déduction d’impôt varie de 28 à 38 euros. Au total, et après déduction d’impôt, le module revient à environ 336 euros.

Et comme tout est relatif, dans ce système, on commence par un diagnostique. Un QCM d’une heure, exclusivité des Editions Nathan pour Acadomia qui reprend le programme scolaire de l’enfant sur ses deux dernières années, permet d’évaluer les besoins et d’établir une prescription d’heures. Côté éducatif, " on s’appuie sur les outils de l’école. Nous ne sommes pas en concurrence mais on suit et on complète ".

A profils personnalisés, profs adaptés. L’enseignant " est choisi en fonction du besoin pédagogique de l’élève ", assure Cécile Lainé. Ils sont 1000 sur Marseille à travailler avec Acadomia. Parmi les candidats requis à niveau bac + 3 acquis, ceux " destinés à l’enseignement sont prioritaires ", précise la responsable du département enseignant Sud Est. Mais on trouve aussi des enseignants retraités, des vacataires, certains sont en poste, d’autres demandeurs d’emploi. Un boulot qui exige une disponibilité sur toute période scolaire entre 4 et 10 ou 20 heures par semaine, et rémunéré sur le système des chèques emplois entre " 15 euros en moyenne, net l’heure ", témoigne un professeur. Mais le marché est en forme. Des séances de recrutement ont lieu tous les jours, et la société est de plus en plus sollicitée par les demandes de suivi " pour les études supérieures, en particulier les écoles de prépa, maths sup ou maths spé ". Parmi les 4000 familles clientes d’Acadomia Marseille, il n’y a pas que cancres ; l’effet de compétition est sensible sur la demande.

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a FCPE planche sur une proposition gratuite et de qualité

Consciente que le coût demandé aux parents constitue un obstacle majeur pour les familles non imposables, Acadomia a développé de nouveaux services : " on propose des groupes de 8, de niveau moyen, pas de faibles. On prend un niveau homogène pour obtenir un effet moteur ", décrit Françoise Chiabrando, qui voit un espoir de démocratisation pointer " dans la nouvelle loi sur les crédits d’impôts ". Mieux, la FCPE planche sur une proposition gratuite et de qualité. Pour que réussite scolaire ne soit pas fonction du niveau d’investissement financier des parents.

Autre lieu, et dans un état d’esprit radicalement différent : lundi matin, au Mas de la Beaussière à La Garde (Var).
Virginie Corbasson se penche sur l'épaule d'un collégien visiblement accroché par un devoir de maths un peu trapu : "Sur cet exo, je bloque complet", avoue l'adolescent à l'éducatrice. L'atmosphère est toute douce entre vieux murs de Provence. Virginie prend une décision : "Pour celui-là, maintenant, tu peux prendre le bouquin de cours"... et le gosse se replonge le nez dans le guidon. Depuis samedi, les enfants du département sont en congés scolaires.
Ceux de la Beaussière sont en "vacances studieuses".
Une initiative entrant dans le cadre de "l'accompagnement à la scolarité", l'une des multiples propositions offertes par le Mas, structure d'hébergement d'associations allant toutes dans le sens de la solidarité, de l'entraide, du rapprochement entre groupes sociaux sur le territoire de la commune de l'Est toulonnais.
Au coeur de la cité populaire Romain Rolland, on échange les recettes de cuisine et les cultures, les musiques et les problèmes existentiels ordinaires. Bref ici, entre voie ferrée et Rivière des Amoureux, on partage.L’aide scolaire est un pilier éducatif du Mas, qui a ouvert ses portes en 1983.
"Cela a commencé par l’aide aux devoirs en primaire", explique Virginie, "mais au vu des besoins, on est très vite passé à une vitesse supérieure. Non seulement en étendant l’activité au collège, mais encore en dépassant l’aide aux devoirs".
En clair : "L’objectif est de leur faire acquérir une méthode, d’associer les familles au problème du suivi de la vie scolaire, de faire comprendre l’intérêt des acquisitions scolaires dans tous les aspects de la vie courante. Chez nous, lorsque l’on se transmet une recette de cuisine, forcément on travaille le Français et les maths ".

Quatre éducateurs diplômés, mais avec eux quelques professeurs des écoles en retraite bénévoles ainsi que deux professeurs du lycée local (dit du Coudon), venant (eux aussi gratuitement) donner le coup de main durant les congés, s’occupent d’une quarantaine d’enfants des écoles primaires et une trentaine du premier cycle secondaire.L’indéniable réussite de l’initiative ne provoque pas plus que de raison les enthousiasmes délirants.

C’est dit sans chichis en ces lieux, et quel que soit l’interlocuteur rencontré là-bas, du directeur Patrick Braun à Virginie en passant par les éducateurs en "contrats courts" (pour ne pas dire très précaires), les administratifs du Mas ou les bénévoles : "Le soutien scolaire, en premier lieu, devrait être une priorité de l’Education nationale".Histoire de faire comprendre que les initiatives (généreuses) locales ne remplaceront jamais une volonté politique nationale.

Reportage: Myriam GUILLAUME et CLAUDE GAUTHIER


(Article paru dans la Marseillaise du 27/02/07)

 

Au 378, rue Paradis, chez Acadomia, la demande de cours particuliers, explose. Dans le VAR, autre approche : l'aide scolaire gratuite est la première mission du Mas de la Beaussière.

Tag(s) : #Education