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La guerre des graines

Lundi 1er juillet 2013

C’est une tendance lourde. L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis promet d’inclure dans les négociations l’accès au marché de tout ce que le mouvement social a plus ou moins réussi à contenir jusque-là. Investissements, services, propriété intellectuelle, domaines retoqués par la mise en échec de l’AMI, accord multilatéral sur l’investissement, et contestés à l’échelle mondiale par la vague de protestations contre l’accord général sur le commerce et les services (AGCS) sont à l’ordre du jour de ce nouveau cycle de libéralisation des échanges.

Tipp, voilà le nouveau sigle à retenir, car l’ampleur de ce tsunami
économique semble sans égale depuis la création de l’Europe. Et si, pour l’heure, au nom de l’exception culturelle, l’audiovisuel est exclu des échanges, cela n’est pas le cas des droits de propriété intellectuelle, embarqués dans la partie « investissements » et dont l’objectif est clairement affiché : supprimer toute entrave à la concurrence et protéger les investisseurs. Les agriculteurs du monde ne savent que trop de quoi il retourne, car la propriété intellectuelle s’applique à la question des semences. Chaque nouvelle réglementation commerciale les prive un peu plus du droit ancestral de planter leurs propres graines. Ils traînent déjà aux pieds le boulet des semences Terminator, issues des plantes génétiquement modifiées pour que le grain devienne stérile. Contraints d’acheter les semailles OGM qui ensemencent la terre aux multinationales de l’agrochimie, ils risquent maintenant d’être privés du droit séculaire de recueillir le fruit, le noyau, le pépin de la plante ordinaire. Ou alors d’en payer le dro
it.

Depuis quelques années, les firmes richissimes telles l’américaine Mosanto, la suisse Syngenta ou la française Limagrain se livrent à un puissant lobbying pour s’accaparer ce bien collectif. Elles militent à coups de millions de dollars pour obtenir le droit de breveter des innovations ou de délivrer des certificats d’obtention végétale (COV), droit de propriété intellectuelle qui offre aux entreprises le monopole de la vente de semences avant qu’elle ne tombe dans le domaine public. Une privatisation en bonne et due forme qui a franchi un pas de géant en France sous l’ère Sarkozy, avec la loi votée fin 2011 transposant un règlement européen qui légalise les semences de ferme à condition de rémunérer les titulaires de COV, soit les grands semenciers. Cet étau qui se resserre dangereusement menace la souveraineté alimentaire. Il dit à quel point le capitalisme n’a aucune morale, ne pense qu’en termes de marchandisation, même quand il s’agit de la vie, du vivant.

Le marché des semences est évalué à quelque 200 milliards de dollars dans le monde. À les laisser faire, les multinationales n’hésiteront pas un instant à mettre la main sur cette manne. Surtout si, en plus, elle leur permet de soumettre les paysans, de contrôler l’alimentation et d’exercer une domination sans partage. Rien n’est joué, évidemment. La négociation vient à peine de s’ouvrir. Elle va durer, sans doute au delà des élections européennes et pourrait s’inviter dans la confrontation électorale. Si l’information circule, le débat s’instaure, les citoyens s’en mêlent, alors, les jeux ne sont pas faits. En 1998, la France a fini par dir non à l’AMI. Le mouvement social était puissant, le débat politique enfflamé. La gauche était alors au pouvoir.

Paule Masson

URL source: http://www.humanite.fr/environnement/la-guerre-des-graines-544942

Tag(s) : #Economie