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Ma chronique dans " L'Humanité " de ce mercredi 14 mars 2018 :

Eloge de la dette publique

On se souvient que le héros de Beaumarchais dans « Le mariage du Figaro » considère que l’on peut tout faire en Angleterre - commander un repas, apostropher une femme,… - en usant de seulement deux syllabes : « God-dam ». Et bien, nos propres libéraux tentent de l’imiter. Ils essaient de faire croire aux Français qu’il suffit de quelques syllabes pour résumer toute la vie économique, politique et sociale du pays : « det-te pu-bli-que » ânonnent-ils de tous côtés. Et la politique gouvernementale ne viserait qu’à alléger le fardeau de la dette publique qui pèse sur les Français. L’austérité budgétaire au niveau de l’Etat et des collectivités territoriales ? La dette publique, voyons ! Au 31 janvier 2018, ne dépasse-t-elle pas les 1 700 milliards d’euros, approchant des 100 % du produit intérieur brut ? La privatisation de la SNCF, la mise en cause du statut des cheminots ? La dette, disent-ils ! L’endettement de l’entreprise publique est considérable : 47 milliards d’euros ! La fermeture d’hôpitaux de proximité et notamment de maternités ? La dette, toujours : les hôpitaux n’accumulent-ils pas près de 30 milliards de dettes ?
En vérité, la dette est comme la langue d’Esope, elle peut être la pire et la meilleure des choses. La pire si on la contracte auprès de marchés financiers exigeant un haut niveau de rentabilité. La seule charge de la dette de l’Etat dépasse les 40 milliards d’euros et fait presque concurrence au budget de l’Education nationale. La dette de la SNCF, qui a gonflé de 15 milliards d'euros entre 2010 et 2016, continue de se creuser de près de trois milliards d'euros chaque année. L’un de ces trois milliards est dû à la seule charge de la dette, au paiement des intérêts. La pire encore, si une institution publique s’endette parce qu’on l’a privée d’une ressource en baissant les prélèvements sur le capital. Ainsi, les exonérations et les aides dont bénéficient les entreprises dépassent-elles les 90 milliards d’euros.
Elle peut être aussi la meilleure. Si une collectivité s’endette pour augmenter le niveau d’instruction de la jeunesse, Si, au travers d’un fond de développement, la Banque centrale européenne accorde des crédits très avantageux à la Sécurité sociale afin que la population soit mieux soignée. Si l’on donne les moyens à la SNCF de rénover son réseau secondaire et de relancer le fret. Si l’argent des banques et des entreprises sert plus à développer l’emploi, la formation, à sécuriser le travail qu’à servir des dividendes aux actionnaires. Il s’agit donc de faire un usage efficace socialement de l’endettement public et … privé.

Eloge de la dette publique ! (Pierre Ivorra)
Tag(s) : #Services publics
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