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Pierre Laurent - Rencontre avec le mouvement associatif, syndical, politique et le monde de la culture

 

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs et représentants de partis amis,
Chers amis, Chers camarades, 

C'est toujours avec un immense plaisir que je m'adresse à vous, personnalités progressistes, responsables politiques, syndicaux , associatifs…

Ce rendez vous du samedi est désormais dans nos agenda respectifs, chaque année.

C'est un moment privilégié pour m'exprimer devant vous bien sûr, mais aussi et surtout pour écouter, dialoguer, construire du commun.

Nous vivons une époque tumultueuse, qui appelle de notre part le combat. Je présenterai demain à 16h lors du grand meeting de la fête nos axes d'action. Je voudrais donc profiter de ce moment pour prendre avec vous plus de recul et vous parler de la démarche qui nous anime à l'occasion de cette fête à nouveau très réussie.

Et d’abord, j'ai entendu la joie, l'émotion, le bonheur de jeunes sportifs en devenir de l'INSEP, à l'annonce officielle de l'attribution des JO à Paris.

Pour elles, pour eux commence une aventure magnifique de 7 ans.

Pendant 7 ans, ils vont travailler, s’entraîner, s’entraîner dur. Ils vont rêver. Rêver de devenir meilleurs, d'être les meilleurs, pour elles, pour eux, pour leurs familles, pour le pays.

Rêver d'une fête magique, de fraternité, de paix, de confrontation amicale. D'être le cœur d'une fête mondiale.

Non seulement j'aimerais partager leur rêve, mais qu'il soit partagé par toute la jeunesse, tout le peuple de France.

Je veux 7 ans de bonheur !

J'aimerais que toute la jeunesse, tout le pays accompagnent durant ces années les efforts de ces jeunes sportifs.

En faisant reconnaître que le travail est la plus belle, la seule richesse et non un coût insupportable.

En faisant reconnaître qu'on n’est rien tout seul et que rien ne s’obtient sans effort collectif.

En faisant reconnaître que les investissements utiles n'endettent pas un pays et les générations futures mais les enrichissent.

En faisant reconnaître que l'argent, non seulement n'est pas tout mais qu’il corrompt tout.

Voilà les jeux que nous voulons !

Personne ne peut prétendre détenir la vérité à lui tout seul.

Cette réalité, intemporelle, est particulièrement d'actualité aujourd'hui, dans un monde en évolution permanente, capable de progrès fulgurants des sciences et des techniques, où le développement du numérique ouvre de nouveaux horizons à l'humanité et où, pourtant, des inégalités inégalées se creusent, où la précarité dans le travail et dans la vie gangrène nos sociétés, où les risques de guerre s'accroissent, où le réchauffement climatique joint à l’irresponsabilité des dirigeants de ce monde, qu'ils soient politiques ou actionnaires de grandes multinationales, font courir aux habitants, notamment les plus pauvres, des risques et des malheurs dont nous pensons que l'Humanité ne devraient plus au 21ème siècle avoir à les connaître.

Je tiens à commencer par dire, ici à la Fête de l'Humanité, la solidarité active des communistes envers les populations des Antilles, celle de Cuba et du Sud ouest des Etats Unis aussi touchées dans leur chair et dans leurs biens par les ouragans qui se sont abattus sur elles. 

Ici, à la Fête de l'Humanité comme dans le monde entier depuis une semaine, se développent des initiatives de solidarité en direction des victimes de ces ouragans dantesques.

Ces ouragans jettent aussi une lumière crue sur l’ampleur des inégalités. Un monde séparant les propriétés des milliardaires de Saint Barth des bidonvilles d’Haïti.

Ce monde devient insupportable pour tous les humanistes.

Ces ouragans ont trouvé leur inimaginable puissance dans le réchauffement des océans. Ils disent avec cruauté que la lutte pour empêcher la température planétaire de progresser est une priorité pour l’avenir de l’Humanité. 

Pour nous, cette période de l'Histoire de l'Humanité dit avec force le divorce devenu intenable entre les besoins des habitants, l'avenir de la planète et un système capitaliste ultra concurrentiel totalement orienté vers le profit à court terme, incapable d'unir la planète pour le bien commun universel.

Ouvrir un nouvel âge de l'Humanité, un monde de la solidarité, de coopération, d'égalité et de justice pour chaque individu comme pour tous les peuples, relève plus que jamais de l'urgence et du projet.

Je le dirai demain, lors du meeting sur la scène centrale, nous voulons contribuer à ouvrir un nouvel âge pour la civilisation humaine.

Nous voulons être les « bâtisseurs du commun ».

Cela passe par des dialogues multiples, des actions construites dans le respect de chacun des acteurs.

Changer le monde aujourd'hui , cela ne peut plus seulement passer par le ralliement à un projet, une idée, encore moins à une personnalité, mais par des ponts patiemment construits entre toutes celles et ceux qui agissent pour le progrès humain et social, qu'ils soient associatifs, syndicalistes, membres d'ONG, politiques.

Ce sont ces ponts que, trois jours durant, construit la Fête de l'Humanité. Et c'est cet état d'esprit qui est le mien, celui des communistes, en ce rendez-vous avec vous, comme une invitation à l'invention et à la construction commune dans le respect de ce que nous sommes les uns et les autres.

Personne ne détient la vérité tout seul, disais-je en entamant mon propos. Nous avons tout intérêt à faire front commun, car une tornade, anti-sociale et anti-démocratique celle-là, menace notre pays.

Le rapport de forces politique, tel que les échéances électorales du printemps l'ont établi, est déjà sur le point de voler en éclat.

Le masque que s'est donné Macron, celui de la nouveauté, du « ni droite, ni gauche », est en train de se fissurer.

Les annonces qui s'accumulent depuis le début de l'été dessinent un projet de droite, et même très à droite.

Dès lors, la nouveauté annoncée s'évanouit jour après jour.

Et une réalité va resurgir très vite : si le Président a une majorité de députés au Parlement, il n'a pas de majorité dans la population pour la casse du Code du Travail par ordonnances, pour la baisse des APL, pour l’étranglement des collectivités locales et la suppression des contrats aidés…

Ces mesures n’obéissent qu'à une pensée vieille de plusieurs décennies, toujours la même : le travail est un coût à réduire, les droits des salariés des entraves, la loi et les conventions collectives des freins à la liberté d'entreprendre, à la mise en concurrence.

La logique qui consiste à s'attaquer aux « privilégiés » que sont les « cheminots », alors que la lutte contre le réchauffement climatique appellerait plus de ferroviaire et moins de camions et de bus, pour les opposer à ceux dont on réduit les droits en leur promettant une ubérisation à vie, en épargnant, en même temps, par la baisse de l'ISF, les plus fortunés, ou en donnant aux patronat des pouvoirs exorbitants sur la vie et les conditions de travail des salariés est une logique aussi vieille et ridée que le capitalisme lui même.

Elle n'est qu'une politique au service des puissants avec une morgue et une arrogance d'un autre temps en direction des plus faibles.

C'est cette prise de conscience que traduit la dégringolade dans les sondages de l'exécutif.

Et c'est aussi cette prise de conscience qui est la source de la très belle mobilisation de la journée d'action syndicale de mardi dernier qui a surpris plus d'un commentateur.

Le mépris avec lequel Emmanuel Macron fustige je ne sais qu'elle réticence des Français aux réformes, est insupportable.

Le Président parle beaucoup de révolution mais il devrait se méfier car les français aiment tellement les réformes de progrès social qu'ils en ont souvent fait des révolutions, justement !

Que se passe-t-il dans notre pays précisément ?

Les élections présidentielle et législatives ont en réalité été marquées par une volonté très profonde des français de bousculer un système politique et des partis qui ont dominé la vie politique française depuis 40 ans, en leur expliquant qu'il fallait toujours plus se serrer la ceinture, sans aucun résultat ni pour eux, ni pour le pays.

Les Français ont bousculé tous les scénarii successifs qu'on leur proposait :

les pièges de la présidentialisation du débat politique, les confusions politiques qui règnent encore très largement sur la nature des alternatives à construire ont, certes, permis à E. Macron de remporter une victoire provisoire, mais la percée de Jean-Luc Mélenchon a incarné la recherche d'une nouvelle alternative à gauche.

Une très large majorité de français a clairement repoussé le danger de Marine Le Pen, l'empêchant d'utiliser le second tour comme un tremplin pour la suite.

Aux législatives, les français ont su, malgré un système électoral inique, dévalorisant le Parlement et faisant des législatives le troisième tour de la présidentielle, se donner des députés combatifs, élire un groupe communiste rajeuni et renouvelé et un groupe de la France insoumise.

Je les salue car ils sont nombreux à être sur la Fête.

Depuis qu'ils sont en fonction, ils et elles agissent pied à pied pour s'opposer aux choix de Macron et d'Edouard Philippe.

A partir de ces éléments, je veux vous dire deux de mes convictions :

- La première est que, malgré l'écran de fumée dressé par Macron sur le « ni droite, ni gauche », une majorité potentielle existe dans notre peuple pour un rassemblement de politiques réellement à gauche, rompant avec les politiques d'austérité.

Elle existe dans le peuple, chez ceux qui se sont abstenus, chez les 7 millions d’électrices et d’électeurs qui ont voté Mélenchon, chez celles et ceux qui ont voté Benoît Hamon, dont je salue également la présence, et même, pour une part parmi celles et ceux qui ont voté Macron au premier tour.

Elle existe chez de nombreux élus locaux sidérés par la cure d'austérité imposée aux collectivités.

Elle existe dans la population, qui recherche une issue progressiste à de nombreux défis contemporains, sociaux, écologiques, démocratiques, et à qui nous avons la responsabilité de proposer une perspective crédible et mobilisatrice.

Toutes ces forces, qui sont considérables, ne seront efficaces et ne pourront faire majorité que si elles s’additionnent, si des espaces de dialogue sont crées entre elles partout : la fête de l'Humanité est un de ces espaces. 

Chacune a des champs d'action qui lui sont propres, chacune a son agenda, chacune est amenée à prendre ses propres initiatives et le Parti communiste le fera. Cela est légitime.

Mais nous avons toutes et tous à créer les conditions pour que chaque initiative ressemble le plus largement et s'appuie sur la diversité qui existe dans le camp progressiste.

Créer les conditions pour qu'aucune ne clive ou n'instaure des fossés mais, au contraire, des passerelles, des espaces réellement communs.

C'est ce que veut le Parti communiste.

C'est ainsi que je conçois son rôle et son utilité.

Notre disponibilité est entière.

- La seconde de mes convictions, concerne précisément la mobilisation contre les ordonnances Macron et, plus globalement, la mobilisation contre l'accélération insensée des politiques d'austérité annoncées contre le budget des collectivités, contre le logement, contre la sécurité sociale et les services publics.

La vérité est en train de se faire jour sur les ordonnances Macron. Les multiples débats organisés dans la Fête à ce propos vont amplifier le décryptage populaire des dangers portés par ce texte.

Au fond, deux logiques s'opposent : celle qui prétend que les salariés n'ont plus d'autre avenir pour avoir un emploi que de devenir des pions de la mondialisation ; et celle que nous portons, qui affirme que le temps est venu -parce que c'est la mondialisation, parce que c'est la révolution numérique, parce que c'est l'heure d'un nouveau modèle de développement social et écologique-, d'une nouvelle conception du travail, d'une nouvelle autonomie, d'une nouvelle sécurisation des travailleurs.

C'est ce débat que nous voulons ouvrir et même imposer au gouvernement, qui cherche à passer en force.

La première logique s'accroche au vieux monde de la compétitivité capitaliste à outrance.

La nôtre regarde vers l'avenir d'un nouveau modèle social de coopération et solidaire, assis sur les droits d'intervention des travailleurs.

Nous porterons dans la bataille qui s'engage, les propositions alternatives pour un Code du Travail, de la sécurisation de l'emploi et de la formation.

Je m'exprimerai demain sur la grande scène pour proposer, au nom du PCF, d'amplifier la riposte engagée.

Je veux saluer les organisations syndicales qui sont en première ligne, et tout particulièrement la CGT, dont je salue le Secrétaire général, mon ami Philippe Martinez, la FSU dont je salue la Secrétaire générale Bernadette Groison, Solidaires, dont je salue le porte-parole.

La journée du 12 est une étape essentielle, qui n'aurait pas été possible sans leur travail.

La journée du 21 en sera une autre.

Nous serons présents à chacun des rendez-vous d'action qu'ils fixeront au monde du travail.

Nous avons tout intérêt à ce que grandissent les prises de conscience impulsées par ceux qui ont pour responsabilité première la défense des salariés, l'aboutissement de leurs revendications, l'extension de leur droit.

Il n'y aura pas de transformation sociale, ni de projet politique de transformation sociale sans cette capacité de mobilisation des syndicats auprès des salariés, ni sans celle des associations dans chacun des domaines dans lesquels elles agissent.

Nous avons besoin les uns des autres.

Nous avons besoin de nos expériences diverses.

Nous avons besoin de dialoguer ensemble, de nous comprendre, pas de nous dissoudre ni de fusionner !

Je partage l'appréciation de Philippe Martinez, exprimée dans « l'Humanité Dimanche », qu'il « n'y a aucun lien entre le niveau de protection des salariés et celui du chômage ». 

Je pense même que le meilleur atout pour lutter contre le chômage et toutes les inégalités qui en découlent est, au contraire, d'étendre les droits des salariés, dans l'entreprise comme dans la cité, de considérer le travail non comme un coût mais comme une richesse.

La civilisation nouvelle que nous voulons créer est celle-ci, celle des communs, d'une extension de tous les droits, d'une extension de la démocratie.

C'est un projet politique, c'est le projet politique de notre communisme de nouvelle génération, qui veut substituer aux logiques d'aliénation du travail des logiques d'émancipation individuelle et collective.

Les contradictions du système capitaliste entravent aujourd'hui fondamentalement les possibilités de libérer les immenses potentialités nouvelles du travail. 

Ce système n'est pas neuf, c'est vrai.

On vient de fêter les 150 ans de l’ouvrage qui en a le mieux démonté les mécanismes et prédit son évolution : « le Capital » de Karl Marx.

Ce système capitaliste, dès ses débuts, portait en lui de terribles malédictions : celles de l’injustice et des inégalités, de l’exploitation et de l’aliénation des travailleurs, des saccages de la nature, des violences et des guerres.

Tous ces malheurs, la société capitaliste, les «porte en elle, comme une nuée dormante porte l'orage » disait Jaurès.

Mais si le capitalisme était dès le départ cette société d’injustice, de violence et de guerre, il portait en même temps un progrès de développement de la civilisation « fantastique », comme le disait Karl Marx, pour les pays concernés.

Aujourd’hui mondialisé, ayant poussé à bout toutes ses logiques, il a fait son temps.

Aujourd’hui, je l’affirme, sa mission progressiste s’est épuisée. 

S’il peut survivre un temps, ce n’est plus que pour détruire, ce n’est plus que pour aiguiser les inégalités et les tensions, ce n’est plus qu’en provoquant misères, insécurités et régressions, c’est au risque de la destruction de la planète et de la civilisation humaine, c’est au risque de la barbarie.

« Puisque le monde est ainsi fait nos rêves devront être encore plus têtus », disait Abdellatif Laâbi.

C’est pourquoi notre combat, le combat communiste, loin d’avoir dépassé sa date de péremption, est une urgente nécessité et une nécessité d’avenir.

Le 21ème siècle sera le siècle du combat pour un nouveau mode de développement post-capitaliste, si nous sommes capables d'inventer un monde à la mesure des défis humains contemporains.

Tout appelle l’émergence du commun.

C'est même la seule manière de répondre aux défis humains et écologiques d'un même mouvement, d'assurer le développement de tous et de chacun, de satisfaire des besoins sociaux et culturels élargis, tout en évitant les gaspillages des ressources naturelles et l’exploitation du travail humain.

C’est cette nouvelle civilisation qu’il nous faut inventer. Et c’est là notre combat communiste. Disant cela, je ne veux pas me présenter en dirigeant sûr de moi et de conceptions immuables.

Rencontre avec le mouvement associatif, syndical, politique et le monde de la culture (P.Laurent PCF) 1ère partie
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