Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

J’affirme que le communisme, c'est le mouvement de cette construction du commun.

C'est un chemin d'invention perpétuelle, le contraire d'un dogme à appliquer.

J’affirme donc en même temps que ces luttes et ces recherches doivent être sans cesse réinventées. Le temps est venu que le Parti communiste qui les accompagne fasse, avec force et courage, sa propre révolution.

Le Parti communiste a beaucoup évolué, profondément modifié ses conceptions depuis plusieurs décennies maintenant.

Nous avons accumulé les travaux, les recherches, les expériences, les propositions programmatiques, affiné nos projets.

Mais nous l’avons fait alors que nous avons été confrontés à une offensive généralisée des forces libérales qui ont sidéré notre peuple et particulièrement le peuple de gauche.

Face à cette offensive, nous n’avons pas su, et donc pas pu, expérimenter jusqu’au bout nos avancées conceptuelles.

Nous devons le faire maintenant dans un paysage politique bouleversé.

Nous devons le faire en urgence parce que les menaces s’accumulent dans cette obstination qu’est devenu aujourd’hui le libéralisme, dans la mise en œuvre de politiques destructrices, dans les tensions d’un monde menaçant.

Mais nous devons le faire surtout parce que les aspirations nouvelles frappent à la porte avec insistance, parce que ces aspirations rendent aujourd'hui possibles de nouvelles conquêtes.

Dans les bouleversements politiques de la dernière séquence électorale, il y a l’inquiétude des impasses et des pièges tendus à notre peuple.

Mais il y a aussi les ressorts formidables qui se tendent si on en libère l’énergie.

Nous voulons y répondre en déjouant les pièges tendus au mouvement populaire.

L'un de ces pièges est la fin prétendue de la politique, de la démocratie et des partis.

Les campagnes selon lesquelles l’évolution nous entraîne nécessairement dans la post-démocratie et la fin des partis, ne sont pas menées pour nous faire entrer dans un nouveau monde mais ne sont là que pour prolonger l’agonie destructrice du monde ancien. Elles favorisent une droite décomplexée et le Front national. Elles favorisent également le libéralisme décomplexé d’un Macron et de ceux qui l’ont rejoint de quelque camp qu’ils viennent.

Cette campagne idéologique vise au dessaisissement populaire.

Pour les libéraux, de Macron aux dirigeants LR et aux sociaux libéraux, l’abstention aux élections, la mise à l’écart des couches populaires n’est pas un problème, c’est un projet.

Quant au vote Front national, si on ne dresse pas barrage, il enferme les couches populaires dans un ghetto politique, une mise à l’écart, un apartheid social et politique.

Le FN est en difficulté en cette rentrée politique.

Et je veux répéter combien je pense que nous avons eu raison, au second tour de la présidentielle, d’appeler à faire barrage clairement à Le Pen.

Le score, anormalement élevé du Front national est, nous le savons, un des obstacles majeurs à la perspective d'une majorité politique nouvelle de gauche dans ce pays.

Nous ne transigerons jamais sur cette question et nous sommes fiers que l’échec de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle ait eu pour suite et conséquence l'incapacité du FN à constituer un groupe à l'Assemblée nationale. 

Si nous voulons gagner ce combat jusqu'au bout et ouvrir à nouveau la voie à une alternative de progrès, je ne crois pas qu'il faille continuer à entonner les sirènes dégagistes dont on a vu, combien, dans la confusion politique, elles pouvaient servir des forces aussi contraires que Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron ou Marine Le Pen.

Je crois qu'il convient désormais d'assigner au mouvement populaire des objectifs résolument positifs et constructifs.

Et c'est pourquoi aussi je ne crois pas que nous soyons condamnés à subir « un moment populiste ».

Je crois que nous vivons au contraire le moment des grandes aspirations démocratiques, des aspirations contrariées, corsetées, dévoyées, d’abord par les tenants de l’obstination libérale.

Il n’a échappé à personne que depuis le milieu des années 90, chaque fois que le peuple a pu exprimer son avis, il a contesté, désapprouvé les solutions libérales.

Ce fut le cas en 1995 dans le grand mouvement social sur les retraites, lors du referendum sur la Constitution européenne en 2005, en 2006 contre le CPE, en 2008-2009 pour refuser que les travailleurs paient la note de la crise puis à nouveau les retraites, ces dernières années contre la loi El Khomri.

Et tout confirme que ce sera le cas sur le démantèlement du Code du Travail.

A chaque fois, les dirigeants libéraux s'assoient sur l’opinion majoritaire pour imposer leurs réformes, que ce soit par le pur et simple mépris d’une expression qu’ils ont eux-mêmes organisée comme en 2005, ou à coup de 49-3 et d’ordonnances.

En vérité, le capitalisme, dont les logiques sont de plus en plus incapables de résoudre les grands défis de développement de l'humanité, supporte de moins en moins la démocratie.

Je ne veux pas dire que nous sombrons partout dans la dictature mais force est de constater que le recours aux pratiques autoritaires et répressives, aux états d'urgence, aux pleins pouvoirs présidentiels ne cesse de s'étendre.

Que la complaisance à l'égard des régimes autoritaires devient une règle au sein même de l'Europe.

Et que dire de l'invitation à Donald Trump le 14 juillet !

Les dirigeants libéraux, les oligarchies économiques cherchent pour prolonger leur système, à vider de son sens la démocratie représentative elle-même.

C’est, en France, le sens qu’il faut donner au mouvement de regroupement des communes et des régions et aux projets Macron de réforme constitutionnelle, la diminution du nombre des parlementaires et des élus territoriaux.

Eloigner les pouvoirs des citoyens et, surtout, mettre définitivement à l’écart des institutions et des pouvoirs les classes populaires.

J’en suis convaincu, la lutte pour la démocratie, pour des droits et des pouvoirs nouveaux dans tous les domaines, est devenue le cœur de l’affrontement de classe. 

Nous poursuivons notre combat.

Au moment où l’humanité a les moyens à peu près de tout faire, mais où elle ne peut pas tout se permettre, la question de choisir ce qu’on peut faire ou pas devient décisive.

Mais qui choisit ?

Qui décide ce que l’entreprise doit produire, où elle doit produire, de quelle façon, par quelles méthodes, en utilisant quelles matières premières, quelles énergies ?

Ces décisions sont aujourd’hui aux mains des seuls représentants des actionnaires. Et on sait qu’ils n’ont qu’un cap : les dividendes.

Est-ce raisonnable ? Est-ce humainement tenable ?

Je pense qu’un immense mouvement pour la démocratie doit permettre aux salariés, aux chercheurs, aux agriculteurs, aux citoyens, aux habitants de quartiers, aux locataires, aux jeunes, aux étudiants et lycéens, aux usagers des services publics… de s’emparer de lieux de pouvoir ou d’en créer de nouveaux.

Je pense que de nouvelles formes de démocratie, participatives, coopératives, délibératives, doivent étendre considérablement le champ actuel des pouvoirs populaires. 

Je pense que la démocratie ne peut se concevoir qu’en continue et non seulement le temps des votes.

Pour moi, le communisme, la mise en commun des capacités humaines et des ressources naturelles, s’identifie totalement à la démocratie.

Une démocratie renouvelée, étendue, continue.

La démocratie, c’est le pouvoir du peuple et le moyen du développement de l’humanité et de chaque individu.

Les expériences ne manquent pas : j'ai rencontré par exemple hier des jeunes salariés qui sont en train d'inventer une plateforme alternative baptisée « Coop Cycles », et permettant aux 30 000 coursiers à vélo de France d'échapper aux pratiques d'esclavagisme moderne des plateformes comme Deliveroo.

Passionnant !

« Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière » disait le poète René Char.

Je milite pour que le Parti communiste se mette au service de ces expériences et de leur généralisation.

Dans un monde où la bataille des pouvoirs doit se mener à toutes les échelles, locale, nationale, européenne, mondiale, nous ne pouvons pas attendre la seule conquête du pouvoir d'état, au soir d'une victoire électorale.

Ce n’est pas ainsi que nous concevons de répondre aux défis de notre siècle, de dépasser le capitalisme et d’en finir avec ce système.

Nous n’allons pas passer les cinq prochaines années à seulement préparer les échéances de 2022.

Nous voulons au contraire susciter, encourager les mouvements pour des conquêtes citoyennes, concrètes, immédiates. 

Nous pouvons renouer avec une pratique des communistes et du mouvement ouvrier de France quand il a créé la Sécurité sociale, les colonies de vacances, créé le tourisme social, développé la politique des logements sociaux, etc.

Et nous devons nous-mêmes construire des pouvoirs sur les moyens considérables que nous offrent les technologies numériques pour y parvenir.

Nous voulons, en multipliant les initiatives de solidarités concrètes, les espaces citoyens de délibérations, les fabriques solidaires, libérer toutes les énergies démocratiques, leur donner sens et possibilité de s’associer.

À l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, il est possible d’associer ces conquêtes citoyennes dispersées, de leur donner vie et sens, du local au national puis au mondial.

C’est pour mener ce combat que le Parti communiste doit encore profondément changer, engager maintenant le processus de sa révolution.

Nous avons beaucoup changé ces dernières décennies et je le dis avec fierté, plus que tout autre parti, mouvement politique, nous avons fait du Parti communiste une organisation où chacun compte pour un.

Une organisation où les adhérentes et les adhérents décident de tous les choix, des choix de démarches et d’initiatives politiques comme des dirigeants ou des candidats qu’ils présentent.

La parole y est libre, le pluralisme respecté. Le débat y est permanent.

Regardez cet immense Forum démocratique qu'est la Fête !

Ces évolutions considérables que nous avons impulsées au sein du PCF, nous avons toutes les raisons d’en être fiers. D’autant que les évolutions que nous pouvons observer dans les autres formations politiques, et qui sont parfois présentées comme des innovations miraculeuses, nous paraissent prendre le chemin contraire de nos propres innovations démocratiques.

Alors, dans quel sens le Parti communiste doit-il faire sa révolution ?

Dans un sens de conquête très offensif d’abord parce que, je l’ai déjà dit, notre audace à révolutionner notre Parti tient à ce que cette révolution ne procède d’aucun renoncement, mais, au contraire, vise à nous rendre capables d'animer une stratégie de conquêtes citoyennes concrètes et immédiates, d’expériences à entreprendre.

Nous voulons être un parti « plateforme », mais une plateforme de réseaux, coopérative, qui libère l'initiative militante.

En tout premier lieu, le Parti communiste doit redevenir un réseau d’éducation populaire et militante du 21ème siècle de qualité, un lieu de formation individuelle et collective, ouvert non seulement aux militants communistes, mais plus largement aux ouvriers, aux employés, aux salariés et travailleurs indépendants, qui doivent par l’élévation de leur formation et de leur culture, permettre que s’exprime avec force, la voix de celles et ceux qui vivent de leur travail.

Permettre que les couches populaires soient en état réel, y compris culturel, de disputer le pouvoir à la classe dominante.

Permettre d’engager et de gagner ce que Gramsci appelait la « guerre de position » pour la conquête d’une hégémonie politique et idéologique nécessaire au processus de transformation sociale.

Alors que le marxisme, débarrassé de ses dérives dogmatiques et figées, vit un regain de vigueur, le Parti communiste peut avoir cette ambition de devenir un espace de recherches et d’éducation populaire où se rencontrent et se confrontent les travaux, réflexions et pratiques des chercheurs, des universitaires et des militants des classes populaires.

Le Parti communiste doit être toujours mieux un réseau de solidarité active.

Ces dernières années, nous avons multiplié et commencé à généraliser des pratiques solidaires.

Avec les initiatives solidaires du Parti communiste, 40 000 personnes ont participé cet été aux journées à la mer.

Les ventes solidaires de fruits et légumes connaissent un succès croissant et commence à se généraliser sur le territoire et dans le temps. 

Les initiatives de solidarité locales deviennent un réflexe militant des communistes et c’est une très bonne chose.

Et des initiatives communistes de solidarité avec les migrants se multiplient sur tout le territoire.

Notre parti doit redéployer aussi son activité de réseau internationaliste : notamment les campagnes pour la solidarité avec le peuple palestinien, la libération des prisonniers politiques, Salah Hamouri, dont je salue l'épouse, Elsa Lefort présente à la Fête, et Marwan Barghouti.

Nous lutterons jusqu'au bout pour leur libération, pour la paix et la défense des libertés partout où elles sont menacées et mises en cause.

Réseau d’élévation culturelle, réseau solidaire, réseau d'expérimentation politique pour la conquête de nouveaux pouvoirs, réseau internationaliste.

Voilà le PCF du 21ème siècle.

Le Parti communiste souhaite être un creuset de tous les mouvements, toutes les expérimentations de transformation sociale, écologique et démocratique.

Un creuset de débats, un espace citoyen ouvert où se cherchent, s’échangent, s’expérimentent, se mettent en commun tous ces combats pour nourrir un grand mouvement transformateur.

Ce sont ces chantiers, et tous ceux que les adhérents décideront de traiter, qui seront au cœur du Congrès que nous tiendrons en 2018. 

* - * - *

Chers amis et camarades,

Je vous ai livré sans fard quelques-unes de mes convictions, mais aussi de mes intuitions.

Je ne mésestime ni les difficultés de la période, ni la complexité du monde que nous voulons transformer, ni la sévérité du combat à livrer.

Mais je vous demande aussi de mesurer les ressorts formidables qui existent dans la société et le monde.

Nous sommes dans le moment rude et dangereux où le système bascule.

Mais s'il bascule, nous pouvons faire en sorte que ce soit dans le sens d’une nouvelle civilisation.

C’est notre espoir et notre combat.

C’est pour être à la hauteur de ce combat que le Parti communiste doit beaucoup réfléchir, réinventer une stratégie et se révolutionner lui-même.

C’est l’affaire des communistes et nous attendons beaucoup de notre Congrès.

Mais c’est aussi l’affaire de tous.

J’ai l’intention de vous rencontrer, de savoir ce que vous pensez de tout ça, de connaître vos réactions mais aussi vos propres réflexions.

Les communistes ont besoin de vos expertises, de vos opinions, mais aussi des recherches actuelles sur la société et son devenir.

C’est une invitation et sans attendre, faites-nous part de votre opinion.

Nous allons multiplier dans la prochaine période les espaces de rencontre pour échanger et nous participerons à tous ceux qui s’ouvriront à ces questionnements et ces débats.

« On t’accompagnera / Si tu trouves ta route » disait le poète Eugène Guillevic.

 

 

 

Rencontre avec le mouvement associatif, syndical, politique et le monde de la culture (P.Laurent PCF) 2ème partie
Tag(s) : #Politique