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Le scrutin législatif majoritaire n’a pas été imaginé pour assurer une représentation juste des choix électoraux de nos concitoyens. Bien au contraire, placé dans le sillage de l’élection présidentielle, il a vu les effets pervers de cette dernière encore aggravés. Cette fois il est encore plus noyé dans le présidentialisme exacerbé.

Tout est conçu pour assurer au Président qui vient d’être élu une majorité que ne lui permettait pas d’espérer son score de premier tour. La référence devient dès lors celui du second, abstraction étant systématiquement faite qu’il a été obtenu face à l’extrême-droite contre laquelle se sont dressés les Français.

Ainsi, le plomb se trouve changé en or et la demande de renouveau qui s’est exprimée lors de l’élection présidentielle voit se dresser contre elle tout le poids d’un système électoral. Il restait au nouveau locataire de l’Elysée à lui donner sa plus grande efficacité par des efforts de communication et une gestuelle qui cette fois ont témoigné d’un professionnalisme inégalé et de relais médiatiques à nul autre pareil !

Alors que le chef de l’Etat n’a obtenu qu’à peine le quart des voix de celles et ceux qui se sont exprimés au premier tour, tout est fait pour obtenir une représentation parlementaire subordonnée aux demandes du Président. La conduite du gouvernement est confiée à la droite aussi pour que les élections législatives sécurisent les cercles liés aux puissances d’argent en obtenant l’apparence d’une approbation majoritaire d’un programme conforme aux exigences des institutions européennes et du Medef.

Ce n’est plus une majorité qui est espérée mais une hégémonie sans partage à l’Assemblée nationale où se retrouveraient pour voter ensemble des textes de lois annoncés « très impopulaires » des députés qui hier encore se réclamaient de la gauche ou de la droite. Ceci n’a strictement rien à voir avec un quelconque modernisme mais avec la volonté de construire une union nationale redoutable pour faire mal, très mal, dès cet été et cet automne, au monde du travail et de la culture. Configuration inédite qui contribuerait à ce que l’extrême-droite acquiert ce statut d’opposante officielle qu’elle espère pour progresser encore.

Le blanc-seing réclamé par E. Macron est d’un degré supérieur à celui accordé à François Hollande en 2012 qui a débouché sur la loi dite travail, la déchéance de nationalité, le CICE et les 40 milliards offerts sans contreparties aux grandes entreprises, l’état d’urgence permanent, bref, tout ce qui l’a définitivement disqualifié aux yeux de son propre électorat et empêché de se représenter devant les électeurs. Tout ce qui a aussi créé les conditions du passage en France à l’alignement sur les autres pays européens. Force est de constater que si le groupe du Front de Gauche avait été plus important à l’Assemblée nationale ceci n’aurait pas pu se passer ainsi.

C’est dire combien le vote de dimanche prochain va revêtir d’importance alors que les forces de progrès ne l’abordent pas dans les meilleures conditions possibles.

Pourtant, les 7 059 951 électrices et d’électeurs qui se sont retrouvés dans le formidable score réalisé par Jean-Luc Mélenchon sont toujours là. Leurs convictions et leurs espoirs aussi. Ils peuvent à nouveau se retrouver pour empêcher la violence du coup de poignard en préparation contre le droit du travail et au contraire pour jumeler nouveau développement durable promouvant la transition environnementale, avec un droit nouveau à la formation et à une sécurité sociale professionnelle, l’augmentation du pouvoir d’achat, la justice fiscale et la lutte contre la spéculation financière et l’évasion fiscale.

Si dans chaque circonscription, par-delà la multiplicité des candidatures, ils se rassemblent sur celle la mieux à même de les incarner et de l’emporter, alors la nouvelle Assemblée nationale sera plus conforme à la réalité des rapports de forces politiques, plus conforme à l’exigence démocratique de pluralisme.

Elections législatives 2017 : Un vote pour le pluralisme (l'Humanité)
Tag(s) : #Elections législatives