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Au nom de la République, rejeter l’extrême droite !

Le doute sur le vote Macron, dont nous ne cessons d’expliquer qu’il incarne le terreau d’une progression des idées brunes, est compréhensible.

Mais, le moment est bien plus préoccupant, bien plus grave que les mathématiques électorales le laissent entrevoir. Parce qu’elle est estimée à plus de 40% et continue de progresser, parce que, comme les caméléons, elle change de couleurs au fil des jours, parce qu’elle est banalisée comme jamais, et parce que la crise politique trouve son paroxysme dans cette campagne électorale, l’extrême droite est en capacité de s’emparer du pouvoir d’Etat.

La vigilance s’impose ! Nul ne peut oublier ou faire oublier ce que fut et ce qu’est l’extrême droite. Partout où elle progresse s’éteignent les revendications sociales ; partout le combat ethnique et identitaire se substitue à la lutte pour l’émancipation sociale ; partout où elle arrive au pouvoir prospère une caste de millionnaires démagogues ; partout les forces progressistes de gauche sont pourchassées, leurs journaux menacés et leurs militants traqués ; partout les minorités sont persécutées et contraintes au silence si ce n’est à l’exil, et les droits des femmes attaqués. Avec elle, finie la liberté d’expression, celle de la presse, la liberté d’association ou de création comme on peut déjà le voir dans les municipalités dirigées par l’extrême droite. Qui peut croire, dans l’actuel contexte mondial où des populismes autoritaires se sont déjà emparés des commandes de plusieurs Etats en Europe, en Russie, aux Etats Unis ou en Turquie, à un renouveau des idées de progrès ? Qui peut croire à la possibilité de faire progresser les combats internationalistes et à agir pour la paix avec une France représentée par l’extrême droite au Conseil de sécurité des Nations Unies ?

La cynique opération de communication devant les travailleurs de Whirlpool à Amiens comme la grossière opération de récupération des électeurs de J-L. Mélenchon ne sont qu’un avant-goût de l’entreprise de déstabilisation permanente que prépare l’extrême droite, si elle est confortée dans les urnes, pour couper l’herbe sous le pied du mouvement social et syndical. Comment est-il possible que sa candidate puisse se rendre tranquillement sur un piquet de grève alors qu’elle est pour…. la suppression du droit de grève ? C’est elle qui avait demandé l’interdiction des manifestations durant le mouvement contre la loi de précarisation du travail il y a à peine un an ! La volonté, inscrite dans son programme électoral, d’une « grande réforme des syndicats » pour les lier à l’Etat dont elle aurait la direction, renvoie à la tradition corporatiste dont le régime de Vichy s’était fait le chantre. Les droits de grève, de manifestation, de réunion, dont il faudra sans nul doute user face à M. Macron, s’en trouveraient, avec elle, gravement menacés. Oui, nous sommes face à de redoutables contradictions ! Mais peut-on agir toute l’année contre la déchéance de nationalité, défendre les sans papiers, combattre la chasse aux immigrés, les contrôles au faciès, défendre le droit du sol et l’aide médicale d’état et laisser dépérir ces combats le jour du scrutin ? Tout humaniste qui a passé des jours ces derniers temps à combattre le racisme, la xénophobie, l’homophobie, le négationnisme ou à défendre le mariage pour tous ne peut laisser annihiler ses combats et ses valeurs dans le silence des urnes.

L’extrême droite, c’est aussi l’extrême compétition entre les travailleurs, entre les nations, la guerre économique décuplée dans le cadre d’un national-capitalisme autoritaire. Une politicienne d’extrême droite née avec une cuillère en or dans la bouche n’apportera jamais le début d’une solution aux employés, aux  travailleurs, aux petits paysans, aux artisans, aux retraités à juste titre en colère. Les discours de l’extrême droite ne visent qu’à en faire des masses de manœuvres pour mieux préserver les puissances d’argent.

Oui, il y a danger ! Car nul ne peut certifier que son actuelle dynamique ne se transforme en victoire. La France républicaine et sociale qui s’est levée en masse avec Jean-Luc Mélenchon doit manifester sa présence dans les urnes au second tour en utilisant le seul bulletin de vote à notre disposition pour éliminer l’extrême droite. Plus nous serons nombreux à le faire, moins M. Macron sera légitime à pouvoir se réclamer d’un vote d’adhésion et à imposer son programme. Il devrait d’ailleurs avoir le courage de le dire en toute lucidité au lieu de faire croire qu’il est maitre du jeu et de mépriser les électorats de la gauche.

Un score élevé de l’extrême droite dimanche prochain contribuerait à valider la nouvelle opposition que, de concert, les deux finalistes souhaitent imposer : celle entre « mondialistes » et « patriotes » défendue par Mme Le Pen et celle entre « repli » et « ouverture » prônée par M. Macron, ce qui peu ou prou signifie la même chose avec des mots différents. Quelle place dans ce nouveau schéma pour un renouveau des idées humanistes et progressistes, quelle place pour une gauche internationaliste et antilibérale, quelle place pour les idées socialistes authentiques, écologistes et communistes ? Le piège est immense qui risque de mettre en sourdine le puissant mouvement qui s’est levé en faveur de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. L’enjeu de réduire l’influence de l’extrême droite dimanche est donc double : il s’agit autant de faire reculer ses positions que de permettre à la force qui s’est constituée autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon de peser dans l’avenir du pays.

Ce vote en conscience nous oblige. Il nous oblige à maintenir l’unité pour mener les combats politiques et sociaux impératifs pour empêcher l’application du programme de M. Macron. A commencer par sa volonté de faire passer par ordonnance, c’est à dire sans consultation du Parlement, une nouvelle loi de précarisation du travail plus violente encore. Voilà qui témoigne de sa crainte de voir se constituer un Parlement où seraient puissamment représentées les voix qui se sont portées sur J-L. Mélenchon. Pour cela au second tour de la présidentielle, on élimine. Et aux élections législatives on choisira une politique pour le mieux vivre ensemble en créant les conditions d’une autre majorité de gauche de changement. Voilà pourquoi il faut impérativement partir soudés, dans le respect de toutes les forces qui ont concouru à ce beau résultat, aux élections législatives des 11 et 18 juin prochain. C’est une exigence due à 7 millions de volontés qui se sont affirmées au premier tour et la condition d’un nouvel espoir pour le pays.

D’ici là, il nous reste quelques jours, quelques heures, pour convaincre autour de nous de l’urgence d’utiliser le bulletin de vote Emmanuel Macron car chaque abstentionniste ou chaque vote blanc contribue malgré lui à sédimenter la victoire de l’extrême droite dont l’Histoire nous apprend qu’elle ne quitte le pouvoir qu’à un prix très élevé. Utiliser ce vote ne pourra signifier adhésion, loin s’en faut, mais nous ne disposons pas d’autre outil pour empêcher un futur cauchemardesque ! C’est l’esprit de la République qui est en jeu.

Au nom de la République, rejeter l’extrême droite !
Tag(s) : #Politique