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La vérité sur le programme du Front national

GRÉGORY MARIN

LUNDI, 6 FÉVRIER, 2017

 

 

  • SOCIÉTÉ

S'il existe plusieurs lignes au Front national, elles se réconcilient toujours sur les fondamentaux de l’extrême droite : identité, famille, chrétienté. Mais les services publics, la défense du monde paysan, l’école émancipatrice ou la mixité sociale passent à la trappe.

Une politique familiale à définition étroite

« Un papa, une maman, il n'y a pas mieux pour un enfant. » Ce slogan de la Manif pour tous résonne encore dans la tête de Marine Le Pen, qui propose, dans la partie « une France juste » (sic), de « créer une union civile (Pacs amélioré) qui viendra remplacer les dispositions de la loi Taubira ». Même « sans effet rétroactif », c'est une abrogation du mariage pour tous qui ne dit pas son nom. Ce souci de la famille stéréotypée est également visible dans la proposition de « mettre en œuvre une politique nataliste »... « réservée aux familles françaises ».

« Une France éternelle », le slogan oublié

Dans la partie « une France fière », pas de fioritures : dès la première ligne est affirmée la volonté de « défendre l'identité nationale, les valeurs et les traditions de la civilisation française ». La citoyenneté française est un « privilège » qui ouvre d'ailleurs droit à la « priorité nationale » qui serait inscrite dans la Constitution. Ici, le vocabulaire n'est que « défense » de la citadelle France assiégée : « défendre » la langue, « rétablir » l'égalité réelle en « refusant le principe de ‘‘discrimination positive’’ » pourtant introuvable dans les textes de loi français, « défendre » l'unité et l'intégrité du territoire français... Et encore une fois, la « laïcité » est utilisée comme un outil coercitif qui s’étend à « l'ensemble de l'espace public » et « dans le Code du travail ». Traduction : interdiction du voile, de la kippa et autres burkinis, partout et tout le temps. À quand une « police vestimentaire » à l'iranienne pour veiller au respect des règles qui siéent au FN ?

L'école à la baguette

Marine Le Pen a entendu son allié Robert Ménard, le maire d’extrême droite de Béziers : « Le port de l'uniforme à l'école » sera rendu « obligatoire » si elle était élue. Elle entend ainsi focaliser l'attention d'élèves débarrassés du paraître sur « l'apprentissage des fondamentaux », français, calcul et histoire (exit « l'enseignement des langues et cultures d'origine »). D'ailleurs, la « promotion du roman national » comme le « refus des repentantes d'Etat » seront au programme scolaire. Les cours d'histoire vont s'en ressentir ? Qu'importe, puisque l'obligation de « neutralité » sera imposée aux élèves comme aux professeurs, forcément mal-pensants... Et si les élèves se révèlent imperméables aux nouvelles règles, la candidate frontiste leur ménage une issue, en développant « massivement l'alternance » en entreprise (contrat d'apprentissage et de professionnalisation) dans l'artisanat, le secteur public et privé.

Une politique agricole revue... sans les revendications paysannes

Les paysans sont des Français comme les autres, qui n'aspirent selon le FN qu'à sortir de l'Europe. C'est ce qu'elle leur propose en transformant « la politique agricole commune en politique agricole française », sans sortir du système de « subventions », même si elles seraient désormais fixées « par la France et non plus par l'Union européenne ». Mais pour « sauver et soutenir le modèle français des exploitations familiales », ne sont proposés que le « patriotisme économique », le développement des circuits courts, la simplification des normes administratives ou l'encouragement à « l'installation des jeunes agriculteurs » à coups de défiscalisation, la promotion des labels français... Des mesures étudiées pour séduire mais qui ne prennent pas en compte la principale revendication paysanne : vivre de son travail, pas de subventions. Et ce n'est pas la promesse d'améliorer les infrastructures « en particulier dans la ruralité » qui compenseront leurs pertes.

L'égalité mais pas pour tout le monde

Marine Le Pen veut « rééquilibrer la politique de la ville vers les zones désertifiées et rurales ». Tant pis pour le collectif Banlieues patriotes du Rassemblement bleu Marine, qui devait savoir à quoi s'en tenir. C'est un seul ministère, regroupant aménagement du territoire, transports et logement qui serait chargé d'assurer cette « égalité sur tout le territoire ». Le FN pille comme autant de slogans des revendications de la gauche pour brouiller les cartes, en promettant de « renationalis(er) les sociétés d'autoroutes » ou de refuser « la libéralisation du rail ». Mais le FN ne détaille pas la manière dont il compte s’y prendre, et pour cause ! Quand ils en ont eu l’occasion, le 7 avril 2015, ses sénateurs ont refusé de voter un amendement communiste qui obligeait le gouvernement à déposer au Parlement « un rapport examinant les conditions de mise en œuvre d’une nationalisation des sociétés d’autoroutes ». Quant au ferroviaire, les élus FN au Parlement européen ont voté le deuxième « paquet » de libéralisation en 2004, puis Marine Le Pen s’est abstenue sur le troisième en 2007, quand son père siégeant à ses côtés l’approuvait… Bref, faîtes ce que je dis, pas ce que je fais.

Mais ce n’est pas tout, le FN veut aussi s’attaquer aux « normes d'urbanisme et de construction ». En clair : en finir avec la règle d'obligation de construction de 25 % de logement social sous peine de sanctions. Avec Le Pen aux commandes, non seulement le logement social ne suffira pas aux besoins (aujourd'hui plus de 60 % des Français y sont éligibles) mais en le réservant « prioritairement aux Français », le FN affiche la couleur : plutôt que de répondre à la demande, il propose de partager la pénurie, en créant de nouvelles divisions entre les plus modestes… au plus grand profit des bailleurs privés qui prospèrent sur la crise de l’habitat ! D'ailleurs, ce type de logement à loyer modéré se raréfiera également par le rachat facilité « par les locataires de leur logement social pour parvenir à 1 % du parc HLM vendu chaque année ». Le « grand plan d'aide à la construction et à la réhabilitation » promis, comme « la baisse de la taxe d'habitation pour les plus modestes et le gel de son augmentation », la « pérennisation » de l'aide personnalisée au logement ou le « plan de construction de logements étudiants » servent à faire avaler la pilule d’une politique de destruction programmée du parc social, et ne suffiront pas à désengorger un marché au bord de l'explosion.

 

L'HUMANITÉ

 

 
La vérité sur le programme du Front national (2ème partie)
Tag(s) : #Politique