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14e arr. de Marseille. Le pari de l’intelligence contre l’obscurantisme

La Busserine. L’Espace culturel de cette cité, menacé de fermeture, a engagé une partie de bras de fer contre le Maire FN Stéphane Ravier. Celui-ci se heurte à une résistance d’envergure des citoyens.

Si Stéphane Ravier avait cru faire passer en catimini sa décision d’en finir avec l’Espace culturel de la Busserine et de programmer sa fermeture qu’il voudrait définitive, il aura fait preuve d’une incroyable méconnaissance de l’esprit de résistance des Marseillais. Il aura dans la foulée réussi cet exploit, après à peine plus d’un an d’exercice, de dresser sur sa route habitants de la cité, artistes, dont la renommée de certains dépasse les frontières de son univers étriqué, syndicalistes et politiques. Un bel exemple de convergence des luttes.

Un lieu dédié au « faire ensemble »

Plus de deux-cent cinquante personnes ont en effet répondu hier à l’appel des animateurs de l’Espace culturel de la Busserine, dans le 14e arrondissement de la cité phocéenne, et se sont rassemblés au centre de l'Agora. Le temps d’une réunion d’information pour rendre compte devant l’opinion publique de cette tentative de coup de force contre un lieu emblématique du « faire ensemble », qui a permis, outre l’accès à la culture de milliers d’enfants et de jeunes de la cité et bien au-delà des quartiers Nord, l’éclosion d’une pépinière de talents. Beaucoup d’entre eux sont venus exprimer leur reconnaissance au travail des animateurs de cet Espace. « Pour nous avoir ouvert des portes sur un monde qui nous était inconnu », confiera Samira, une jeune habitante de la cité qui y a fait ses premiers pas de danse. Sans même penser qu’un jour elle aurait l’occasion d’exprimer son talent dans une troupe semi-professionnelle. Très proche de Samira, l’écrivain pourtant confirmé, musicien, dessinateur, réalisateur Philippe Carrese, qui dira avec infiniment d’humilité et d’émotion qu’il était venu ce soir « pour dire merci aux animateurs de ce lieu » de lui avoir permis de réaliser deux de ses « plus beaux projets ».

Résistance syndicale et politique

Autre hommage, celui des syndicalistes de la CGT, de l’Unsa et de la FSU. D’autres appels à la résistance encore, dans les propos de Sébastien Fournier (FSU) qui témoignait de l’incroyable apport que représentait « le partenariat de l’Espace culturel et des enseignants ». Du bonheur de voir « 4.000 enfants par an avoir accès ou être acteurs de spectacles de qualité. J’en garde à jamais dans ma mémoire ce souvenir d’un enfant qui repeindrait son quartier en couleurs ». Et Catherine Lecoq (CGT) de souligner que « ce lieu était un des rares à permettre aux artistes de travailler dans des conditions dignes, avec un vrai plateau et de vrais professionnels ». Pas dupe, comme chacun hier soir de la volonté de Stéphane Ravier d’imposer sa vision de la culture, un savant mélange de « médiévales », de thés dansants ou de folklore provençal, cette artiste pleinement engagée dans le com- bat syndical appelait « à boycotter le programme culturel de M. Ravier ».

Sans qu’il en ait peut-être mesuré les conséquences, les décisions du Maire de secteur ont créé une belle unanimité des citoyens pour gagner le pari de l’intelligence contre l’obscurantisme. Et parmi les animateurs de l’Espace culturel de la Busserine, pas un ne s’est senti à l’aise dans la salle qui leur a été réservée à la Bastide Saint-Joseph, autrement dit la Mairie, où le « propriétaire des lieux » pensait les tenir en laisse.

Mauvais calcul. Alors que les travaux de rénovation du centre ne sont programmés qu’en 2017, personne n’envisage sérieusement de quitter les lieux.

Gérard Lanux (La Marseillaise, le 23 février 2016)

Le Maire des 13/14 mène la danse

« Celui qui paie l’orchestre doit pouvoir choisir la musique. » La formule répétée à l’envi, et hier encore, est du Maire de secteur frontiste, Stéphane Ravier. Des déclarations sans ambiguïté et qui ne surprennent pas vraiment si on se souvient que l’ad- joint délégué à la culture et à l’identité (sic) des 13/14 a déjà tenté l’an dernier de refuser un spectacle sur la guerre d’Algérie et une résidence d’artistes. Dans un premier temps, l’élu FN s’était un peu caché derrière la volonté de la Mairie centrale. « Il n’y a qu’un seul Maire qui a fermé un espace culturel ici, c’est le Maire de Marseille, ce n’est pas moi », répondait-il lors du Conseil municipal du 8 février dernier, après avoir été interpellé par le Président du Groupe PS, Stéphane Mari. Et d’indiquer qu’il avait finalement appris par un coup de téléphone que les travaux de mise aux normes du lieu étaient renvoyés fin 2016, début 2017. « Nous avons géré comme il se devait, en faisant savoir que les agents seraient accueillis à la bastide et qu’il y aurait des travaux pour cela », avait-il aussi précisé. Le manque de moyens était aussi imputé à la Ville qui avait réduit les budgets, Stéphane Ravier annonçant privilégier « les enfants et les séniors ». Ce dernier aurait enfoncé le clou hier proposant que le centre culturel de la Busserine se consacre au jeune public uniquement. Le maire serait également à la recherche d’un lieu pour les séances hors les murs.

Myriam Guillaume (La Marseillaise, le 23 février 2016)

Tag(s) : #Société