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Assez de contresens par Pierre Dharréville, membre de l’exécutif national du PCF

Humanité du 4.02.2016

«Il faut s’accrocher et il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe, qui a été pendant pas mal d’années le stop absolu, l’interdiction de parler et presque la suspicion sur la laïcité. À partir du moment où les gens auront compris que c’est une arme contre la laïcité, peut-être qu’ils pourront laisser leur peur de côté pour dire les choses». C’étaient les mots prononcés par Élisabeth Badinter le 6 janvier dernier sur France Inter.
La gauche décomplexée n’a pas perdu que ses complexes… Comment peut-on dédramatiser et banaliser un phénomène de nature raciste qui n’en finit pas de grimper dans la société ? Comment peut-on s’autoriser à y prêter le flanc, voire y inciter ? On ne saurait être laïque et islamophobe. Si la critique de la religion – comme la critique de tout pouvoir – est un exercice sain et une liberté, s’il faut y refuser – comme en tous les mouvements de la société – les conservatismes réactionnaires, il n’est pas superflu d’en avoir une vision dialectique et contrastée.
Mais, pour ce qui est de la laïcité, elle ne revient pas à proscrire l’expression de convictions religieuses dans l’espace public.
C’est un contresens, hélas, extrêmement répandu. Jouant de ce contresens, l’extrême droite a tenté de faire croire à sa compatibilité républicaine, et de légitimer un racisme refondé sur la base des convictions religieuses – en l’occurrence musulmanes – et cette offensive n’en finit pas de catalyser l’affrontement identitaire.
Oui, il faut combattre les amalgames et les raccourcis : Daech est une entreprise politique et les terroristes sont, avant toute autre chose, des fanatiques. C’est du sein même de notre humanité, rongée par les logiques capitalistes et impérialistes, dans le clair-obscur qui s’attarde, que naissent ces monstruosités. L’islam n’est pour eux qu’un drapeau de vertu contrefait.
Les propos d’Élisabeth Badinter en ce début d’année avaient provoqué la réaction de l’Observatoire de la laïcité, par la voix de son rapporteur général, Nicolas Cadène, pointant de surcroît ses approximations juridiques. Crime de lèse-majesté qui fournit un prétexte aux détracteurs de son président, Jean-Louis Bianco, qui s’empressèrent de demander sa tête.
À la suite de quoi Manuel Valls s’est cru obligé, à l’occasion du dîner du Crif, de prolonger cette attaque en règle, en lui reprochant de « dénaturer la réalité de la laïcité », ainsi que d’avoir signé le texte « Nous sommes unis » avec quatre-vingts personnalités dont certaines étaient jugées par lui infréquentables.
Ce texte, faisant suite aux attentats du 13 novembre, proclamait notamment : « Un piège nous est tendu ! Nous devons refuser d’y succomber ! La division, la délation, la stigmatisation sont au cœur de ce piège sournois. » Nous y sommes…
Cette polémique n’est pas le fait du hasard, au beau milieu des velléités guerrières dans lesquelles on voudrait embarquer notre peuple. Profiter de ce moment pour réactiver ce contresens à propos de la laïcité, cela ne s’inscrit-il pas également dans cette entreprise de destruction méthodique de la gauche qui est engagée ?
La laïcité, comme le disait Jaurès, c’est la démocratie, c’est l’égalité des droits. Fermement. Mais certainement pas l’oukase de la République à l’égard de l’islam et des musulmans. Les défis laïques sont immenses, dans une société et une République en crise. Sous la présidence de Jean-Louis Bianco, l’Observatoire a accompli un travail de pédagogie et d’apaisement utile, cherchant à faire mieux partager le sens de la laïcité dans la société et à donner des repères concrets pour la faire vivre au quotidien. Nous avons besoin de cet observatoire dans ce rôle.
Si l’on voulait le transformer en prétendue « laïque inquisition », cela serait un désastre pour la République. Il faut sortir d’urgence de cette guerre des civilisations et de cet affrontement identitaire dévastateur. Vive la laïcité, instrument du bien commun et de l’unité populaire.

Laicité : Assez de contresens par Pierre Dharréville (PCF)
Tag(s) : #Politique