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On ne peut pas laisser faire !

Posté le 27 janvier 2016
Par Patrick Le Hyaric

Ceux qui ont déjà tout, en amassent toujours plus, au cœur même d’une crise financière qui n’en finit pas, alors qu’un nouveau krach boursier menace.

Les données officielles s’entrechoquent, insupportables. Plus de deux cent millions de personnes sont sans travail dans le monde, plus d’un milliard d’êtres humains « vivent» avec un peu plus de un dollar par jour, une personne sur neuf ne mange pas à sa faim. Ce qui permet à l’infime minorité des un pour cent des plus riches de la planète de disposer de l’équivalent du patrimoine des 99 pour cent de tous les autres. A elles seules, les 62 personnes les plus riches ont vu leur patrimoine doublé entre les années 2009 et 2014. En pleine crise ! Elles disposent d’un patrimoine plus important que celui de trois milliards cinq cent millions d’habitants ! Allons-nous continuer à tolérer cela en parlant d’autre chose et en regardant ailleurs ? Un mouvement populaire, par-delà les frontières, va-t-il se dresser contre ces insupportables inégalités qui ne doivent rien à la fatalité et tout à la spoliation par une minorité des richesses produites par le travail et l’intelligence des autres, de tous les autres ? Le quart des milliardaires mondiaux qui ont bénéficié d’une augmentation de leur patrimoine de 11% en un an, ont des intérêts dans les secteurs de la finance et de l’assurance. Et pour obtenir ce splendide résultat, ils ont dépensé 550 millions de dollars versés aux décideurs politiques à Washington, à Bruxelles et dans d’autres capitales. Le niveau de la corruption est en effet bien plus élevé qu’on ne le dit et ne se limite pas à l’Afrique ou à d’autres contrées plus ou moins éloignées ! Dans la pharmacie et la santé, ce sont 500 millions de dollars qui y ont été consacrés. On comprend qu’il soit si difficile d’obtenir ne serait-ce que de simples commissions d’enquête sur les paradis fiscaux ou sur le contrôle de la pollution automobile !

L’argument selon lequel les responsables politiques qui se succèdent au pouvoir n’y pourraient rien ne tient pas. Il n’est qu’une tentative pour les dédouaner car ils en ont décidé ainsi, allant jusqu’à transférer leurs prérogatives à des instances supranationales et à légiférer pour les puissances d’argent. Les exonérations de contributions aux biens communs, accordées aux grandes entreprises, sont baptisées des doux noms de « pacte de responsabilité » ou de « crédit pour la compétitivité », auxquels viennent maintenant s’ajouter les projets de destruction du code du travail. Certes, des ministres et une certaine presse aux mains de ces mêmes puissances d’argent, sont chargés de rendre ces projets plus présentables. On passe sous silence les analyses et propositions différentes pour persuader qu’il n’y aurait qu’une voie possible, celle que préconisent les oligarques. Jamais la consanguinité entre des responsables, les grands médias et les puissances d’argent n’avait atteint un tel niveau. L’urgence est, à la nécessaire riposte aux coups portés, dans tous les domaines, social, économique, culturel, démocratique, jusqu’à la défense des libertés individuelles et collectives. L’urgence c’est un travail patient, déterminé, argumenté pour unir les victimes du capitalisme financier mondialisé et tenter de dégager avec elles, des issues à une crise qui leur fait tant de mal, alors qu’une infime minorité en profite. La priorité de tout progressiste devrait être le sort fait aux travailleurs, aux privés d’emploi ou d’un logement convenable, aux jeunes qui n’ont pas vocation à être sacrifiés et à vivre plus mal que la génération qui les a précédés. Ils sont des dizaines de millions dans notre pays. Ils n’en peuvent plus du sort qui leur est fait, du mépris à leur endroit, de l’abandon dont ils sont victimes.

Pour les mandataires des forces de l’argent, les rémunérations du travail sont toujours trop élevées, le temps de travail trop court, les années de retraite trop longues, les dimanches chômés trop nombreux, les soins et les études trop chers ! Les détenteurs de capitaux, eux, bénéficient d’une forte rémunération de leurs placements sous forme de dividendes et d’intérêts sur l’argent qu’ils mettent en circulation, tout en plaçant leurs avoirs liquides dans les paradis fiscaux. Ils s’enrichissent en dormant et en fraudant !

L’équivalent des richesses produites par l’Allemagne et le Royaume-Uni réunis, soit plus de 7600 milliards d’euros, fructifient ainsi dans les paradis fiscaux. La semaine dernière encore, le Parlement européen était appelé à voter pour une « union des marchés des capitaux » afin de donner plus de liberté aux banques, sociétés d’assurance et spéculateurs en tout genre. L’objectif est d’en finir définitivement avec le traditionnel crédit bancaire au profit du marché sans limite de l’argent proposé par les fonds financiers pour l’accumulation financière au détriment de l’économie réelle. Ainsi se créent les bulles financières qui menacent à nouveau d’éclater avec de lourdes conséquences sur l’emploi et les services publics.

Les banques centrales, dont la Banque centrale européenne, les ont alimentées en fabriquant de la monnaie à tour de bras, non pas pour désendetter les Etats ou favoriser des investissements d’avenir créateurs d’emplois, mais pour alimenter les circuits financiers. Depuis l’année 2008, la Banque centrale européenne a ainsi déversé 2500 milliards d’euros sans effet sur la production et l’emploi.

Rien ne semble pouvoir arrêter ce cycle infernal. Et pourtant, il faut y parvenir malgré le recul, indéniable aujourd’hui, des consciences et la méfiance qui s’est instaurée vis-à-vis de la politique, des partis et des institutions tels qu’ils sont. En conclure qu’il n’y aurait rien à faire aboutirait à laisser les mains libres à ceux qui veulent aller toujours plus loin dans la remise en cause de l’idée même de progrès. N’a-t-on pas vu à Davos, Mme Lagarde proposer « d’intégrer les réfugiés au marché du travail sans salaire minimum » ? Son propos devrait susciter l’indignation populaire. Ce n’est malheureusement pas le cas ! Raison de plus pour s’atteler à remonter une pente certes raide mais pas infranchissable. A condition sans doute de miser beaucoup plus sur une participation réelle des citoyens et leur capacité d’invention, de création et de rassemblement.

http://patrick-le-hyaric.fr/on-ne-peut-pas-laisser-faire-2/

On ne peut pas laisser faire !
Tag(s) : #Politique