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Que la république entre dans les quartiers

Patrick Le Hyaric

Vendredi, 6 Novembre, 2015

Humanité Dimanche

L'éditorial de Patrick le Hyaric. Faire le choix de listes authentiquement de gauche, porteuses de projets transformateurs, sociaux, écologiques, démocratiques et culturels.

De temps à autre, tout particulièrement quand approchent des élections, comme des spasmes, des ministres, le chef de l'État courent dans une cité populaire, dans une « banlieue », comme ils disent, avec des dizaines de caméras à leurs trousses pour que nul n'en ignore. Le mieux serait qu'ils y vivent. Cela leur éviterait ces voyages en terres exotiques. Peut-être comprendraient-ils ce qu'est vivre avec des loyers trop élevés pour des salaires trop bas ou pas de salaire du tout, des ascenseurs trop souvent en panne quand il faut remonter les courses, des transports surchargés, le service public qui ferme ou est délaissé et, autour de soi, le chômage de masse aussi élevé qu'en Grèce avec une précarité qui se rapproche de celle des Allemands ou des Anglais. Dans ces quartiers où le sentiment d'abandon est fort, on compte trois fois plus de personnes en situation de pauvreté que dans l'ensemble du territoire. L'échec scolaire y est massif. Il se combine avec de terribles a priori sur les jeunes qui y vivent, aggravant encore leurs difficultés pour être embauchés à cause précisément du lieu où ils habitent ou des consonances de leur nom ou de leur prénom.
On ne peut pas dire qu'il n'y eut aucun effort de rénovation urbaine. On estime que 40 milliards d'euros y ont été investis dans un travail commun de l'État et des communes. La physionomie de bien des cités a réellement changé. Les projets de rénovation ont permis de les requalifier et de les transformer. Ceci est utile. Le cadre de vie des habitants s'y améliore. Mais cela ne saurait suffire. Notons que l'on reste loin de la mixité sociale annoncée. Les difficultés sociales ne se dissolvent pas dans le béton. Les discriminations spatiales, sociales et raciales, les violences et particulièrement la violence sociale s'amplifient. Le droit à la République pour tous, celle, authentique, de l'égalité, de la liberté, de la fraternité, s'y amenuise.

Les quartiers populaires restent des lieux où l'égalité républicaine n'est pas la réalité. La désindustrialisation a fait disparaître les anciennes banlieues ouvrières et a profondément déstabilisé l'ensemble de la vie sociale des cités avec un chômage massif et une précarisation des vies. Les flux de population y sont devenus importants et permanents. Une sorte de ghettoïsation a pu s'installer ici et là. Pourquoi d'ailleurs appelle-t-on ces périphéries des « banlieues » si ce n'est pour signifier qu'elles sont réellement des « lieux » mis au « ban » de la ville principale, qui, pour les dirigeants de l'État, restent trop souvent des sujets « périphériques ».
Les enjeux y sont encore plus humains et plus politiques. En effet, la relégation spatiale se double de la relégation sociale et humaine. Comment les populations de ces quartiers et de ces villes ne se sentiraient-elles pas humiliées, déconsidérées, suspectées alors qu'elles ont été ciblées par un ensemble de choix des pouvoirs successifs ? Il en est ainsi de la création sous la droite sarkozyste d'un ministère de l'Identité nationale confinant au racisme d'État, du refus réitéré d'octroyer le droit de vote aux étrangers, de l'enterrement de la procédure du récépissé de contrôle d'identité.
Contribuent au sentiment d'exclusion de bon nombre de jeunes Français les violences policières et les contrôles permanents au faciès, l'ambiance sécuritaire, la transformation par certains de la loi « laïcité » pour faire croire qu'elle est un rejet de l'islam, la discussion d'une loi portant sur les bienfaits de la colonisation. Sans omettre les interdictions, à l'été 2014, des manifestations contre l'offensive guerrière israélienne, tout comme le refus de reconnaître l'État de Palestine.

Rien ne changera si la question du respect et de la dignité de chacune et de chacun ne devient pas l'objectif à atteindre. Si celle de la possible reconquête économique, sociale, culturelle, démocratique n'irrigue pas l'intervention publique à tous les niveaux.
La loi de l'argent roi commande de réduire les dépenses sociales et publiques. La réduction des crédits aux communes, ainsi qu'aux associations conduit à amenuiser sans cesse la satisfaction des besoins sociaux, éducatifs et culturels.

Il y a donc tant de choses à changer pour que dans ces quartiers renaisse un espoir trop souvent absent. Mais leurs habitants sont ceux qui, en apparence paradoxalement, s'apprêteraient à être les moins nombreux à se faire entendre lors des prochaines élections régionales ou à exprimer leur colère en accordant leurs suffrages aux candidats de l'intolérance, du racisme et de l'exclusion. S'il en est ainsi, c'est qu'ils ont perdu confiance dans des formations politiques qui se succèdent au pouvoir depuis tant d'années sans que rien ne change pour eux, leurs familles et leurs proches. Ne pas aller voter reviendrait automatiquement à survaloriser le poids de l'extrême droite. Voter à droite reviendrait à réclamer un renforcement de l'austérité et des inégalités dans les régions, tout en favorisant sa conquête du pouvoir central.
Choisir le Parti socialiste serait perçu comme un encouragement à poursuivre une politique gouvernementale dont la majorité des électeurs de François Hollande ne veut plus. Il reste à faire le choix de listes authentiquement de gauche, porteuses de projets transformateurs, sociaux, écologiques, démocratiques et culturels dans les régions, comme à l'échelle du pays et de l'Union européenne. Animées d'une démarche qui associe les populations à leur élaboration et à la mise en oeuvre des décisions. Des listes qui, en toute occasion, choisiront le rassemblement pour barrer la route à la droite et à l'extrême droite et qui ouvriront la voie à des politiques visant le mieux-vivre pour chacune et chacun. Des listes qui ont non seulement pour ambition de faire des régions des boucliers contre l'austérité, mais qui utiliseront leurs moyens pour créer les conditions d'une sécurité des parcours professionnels et la formation pour toutes et tous, ainsi que l'impulsion du développement culturel. Bref, des listes qui redonneront leurs lettres de noblesse à la gauche et à la politique

Que la république entre dans les quartiers !
Tag(s) : #Politique