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Pierre Dharréville. « L’unité nationale sur les valeurs de la République »

Au lendemain du discours de François Hollande devant le Congrès, le responsable communiste revient sur les mesures annoncées et trace des pistes en vue d’un sursaut.

Le Secrétaire départemental du PCF Pierre Dharréville revient sur la tragédie des attentats de Paris et évoque la question des conditions d’une unité nationale basée sur des valeurs de laïcité.

La Marseillaise. Quelle a été votre réaction face aux attentats ?

Pierre Dharréville. L’effroi, bien sûr. Et immédiatement la révolte. Les actes qui ont été commis sont une monstruosité abyssale et ils viennent arracher à chacun de nous une part d’humanité. Maintenant, il faut agir, et il faut réfléchir. On ne peut pas se contenter de fonctionner sur des pulsions pour faire face. J’en ai appelé à l’esprit de résistance, parce que nous devons nous dresser devant l’inacceptable et que, comme l’histoire nous l’a appris, c’est en portant des idéaux que l’on affronte les ténèbres. Or nous sommes dans une société en panne. On ne la fera pas redémarrer sur des logiques de repli.

La Marseillaise. Comment réagissez-vous aux orientations prises par le Président de la République ?

Pierre Dharréville. D’abord, il faut agir pour la sécurité des hommes et des femmes qui vivent dans notre pays. Le Président a fait des annonces en ce sens. En se gardant de dérives sécuritaires, il faut resserrer les mailles du filet et cela suppose des moyens humains, c’est-à-dire un investissement public. Ensuite, j’ai été heurté par le caractère martial de son discours. Si le ressort de la vengeance devait être utilisé, cela ne pourrait déboucher que sur de nouvelles catastrophes. Le Président a décrété la guerre. Mais je n’ai entendu aucune analyse sur les résultats de la politique internationale de la France et sur les effets des interventions répétées de- puis quinze ans au Moyen-Orient, comme en Afrique, bien souvent en dehors du cadre du droit international. Depuis 2007, la France a rompu avec le meilleur de sa tradition en matière de politique étrangère. Il faut redéfinir ses objectifs comme ceux de la communauté internationale dont l’ardeur à intervenir militairement pour des objectifs néo-coloniaux n’a eu d’égal que la faiblesse de son activité diplomatique pour construire la paix dans le monde. Enfin, je ne peux que m’interroger que l’on profite de la situation pour jeter sur la table des propositions de modification de la Constitution.

La Marseillaise. Mais ne pensez-vous pas que la République doit se donner de nouveaux moyens pour faire face ?

Pierre Dharréville. Il faut agir et inventer les moyens d’une maîtrise démocratique des mesures d’urgence. J’entends des forces qui étaient déjà engagées dans des démarches gravement réactionnaires tenter d’enfoncer le clou et vouloir balayer les principes élémentaires du droit. Cela sera sans efficacité sur le problème mais pas sur nos libertés. J’entends aussi monter un débat sur la déchéance de nationalité, manière de faire porter la faute sur l’étranger, alors que si un individu est reconnu coupable, la justice a de nombreux moyens à sa disposition pour intervenir. Prendre pour cible les réfugiés est profondément odieux. Car dans le même temps, la stigmatisation et l’amalgame, sont pratiqués de plus belle. Si la Ré- publique devait se dénaturer pour faire face, alors elle s’engagerait dans une forme de capitulation.

La Marseillaise. Les phénomènes de « radicalisation » paraissent de plus en plus insaisissables. Comment peut-on les combattre ?

Pierre Dharréville. Je n’aime pas beaucoup ce terme parce qu’il laisserait penser que ces individus se rapprochent des racines de l’Islam et de sa vérité, entre guillemets. C’est une façon insidieuse de stigmatiser les musulmans et de fabriquer une question religieuse où il y a d’évidence une question politique. L’organisation Daech est porteuse d’un projet totalitaire, engagée dans des logiques de purification et elle se sert de la bannière de l’Islam qu’elle a usurpée comme le torero de sa muleta. De nombreux chercheurs travaillent sur ce phénomène de fanatisation et d’endoctrinement que nous avons connu à d’autres époques. Il y a des mesures concrètes à prendre pour empêcher notamment des jeunes de sombrer dans la fascination de l’horreur, mais sans réinventer un grand récit émancipateur, et sans des actes concrets pour restaurer la crédibilité de la promesse de la République, tout sera beaucoup plus difficile. La laïcité est le principe moteur de notre République, mais je mets en garde contre toute tentative de la dévoyer pour en faire un levier du racisme, de la stigmatisation et de la division de notre peuple.

La Marseillaise. Le Président de la République a déclaré : « Le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité ». Vous devez vous en féliciter, vous qui critiquez l’austérité depuis si longtemps ?

Pierre Dharréville. C’est un aveu. Nous avons dénoncé depuis longtemps la destruction des services des douanes, l’affaiblissement considérable des moyens de la justice, la fin de la police de proximité… Avec l’austérité on a désarmé la puissance publique, et pas simplement en matière de sécurité publique. En tous domaines. Tout ce qui nous permet de faire société a été attaqué par la volonté des forces de la finance et c’est toute l’austérité qu’il faut remettre en cause, en matière de culture, éducation, santé, etc, et pas simplement l’austérité des budgets de la Défense et de l’Intérieur. La prise de pouvoir d’une petite oligarchie sur les États fait partie des questions lourdes qu’il faut affronter. La domination capitaliste est au cœur du problème.

La Marseillaise. Comment réagissez-vous aux appels à l’unité nationale ?

Pierre Dharréville. Déjà, la droite et l’extrême droite ne veulent manifestement pas de cette unité. Elles veulent pousser les feux de l’impérialisme, de l’autoritarisme, de l’affrontement identitaire et, partant, de la domination capitaliste. Pour nous, l’unité nationale ne peut se faire que sur les valeurs de la République et sur la construction d’une société de paix. Elle ne peut pas se faire sur la base de l’obéissance au chef. Nous approuverons ce qui nous semble bon pour la sécurité et la défense de nos libertés. Nous nous opposerons à tout ce qui portera atteinte à la capacité de réaction de notre peuple et à sa qualité de vie. Le risque, dans de telles périodes, c’est que les aspirations émancipatrices soient étouffées. C’est en s’appuyant sur les forces populaires que pourront s’inventer des jours meilleurs, pas en les brimant.

La Marseillaise. Les élections régionales seront maintenues les 6 et 13 décembre, le regrettez-vous ?

Pierre Dharréville. La question de les reporter était posée, parce que les conditions d’un débat démocratique serein était posé. Chacun pense visible- ment pouvoir en tirer avantage. Nous serons au rendez-vous. Si la campagne a été suspendue, si le deuil a imposé heureusement un peu de retenue, le débat politique n’a jamais cessé cependant. Désormais, puisqu’élections il y aura, la campagne reprend. Elle ne sera plus la même. Nous allons débattre partout de la situation nouvelle et des issues politiques à construire ensemble face aux haines, aux totalitarismes. Nous allons batailler contre les volontés de nous faire courber l’échine et de nous faire renoncer qui vont croître encore à la faveur de ces attentats effroyables. C’est le rôle de la politique en tout lieu que de construire des dynamiques humaines face aux défis des temps présents et à venir.

Propos recueillis par Sébastien Madau (La Marseillaise, le 17 novembre 2015)

Pierre Dharréville (PCF) : « L’unité nationale sur les valeurs de la République »
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