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Le travail est malade, il y a urgence à le soigner !

Le travail est malade, il y a urgence à le soigner

Jeudi, 22 Octobre, 2015

Humanité Dimanche

La chronique de Jean-Christophe le Duigou. Il faut mettre en lumière les questions du contenu du travail, de sa rémunération et celles d'un nouveau plein-emploi solidaire.

Comme l'ont montré, y compris parfois au travers de leur violence, les récents conflits sociaux, le sentiment d'« insécurité sociale », que la CGT a contribué à révéler, persiste et s'approfondit. Il serait erroné de réduire les problèmes à « quelques points de crispation » ou à « une déficience particulière à telle ou telle entreprise du dialogue social ». C'est l'ensemble des questions du travail, du salaire à la qualification en passant par le temps et les conditions de travail, qui sont posées. La conférence sociale du 19 octobre, à laquelle a refusé de participer la CGT, a paru à cet égard en profond décalage avec les problèmes ressentis par les salariés. Elle a coupé les enjeux sociaux des débats économiques sur les choix de gestion des entreprises et sur l'austérité. Seul le patronat pouvait trouver son compte dans une rencontre qui a mis au second plan les vrais problèmes. La politique socialiste, comme auparavant la politique de la droite, est dans l'impasse.

D'un côté les directions d'entreprise jettent des milliers de salariés hors de l'emploi. De l'autre les politiques publiques s'évertuent, avec le peu de succès que l'on mesure désormais, à ramener vers l'activité une masse d'exclus qui ne cesse de croître. Sous la pression du MEDEF, le discours se focalise sur le coût du travail. Les gouvernements mettent en avant l'objectif de « cohésion sociale », n'hésitant pas à opposer les « outsiders », c'est-à-dire les exclus de l'emploi, aux « insiders », ceux qui ont un emploi. Pourtant, le « retour au travail » sous le signe de la précarité est globalement un échec.
Pendant ce temps, le patronat poursuit sa réorganisation du marché du travail et son chantage à la compétitivité. À ce compte-là, le pays recense au minimum 6 millions de personnes qui sont écartées d'un vrai travail. De plus en plus, cette mise à l'écart tend à devenir durable. Situation bien sûr insupportable. Mais qui ne fait pas oublier les millions d'autres salariés qui, bien que titulaires d'un CDI, sont soumis à des contraintes de plus en plus dures, travaillent sur des emplois peu motivants, vivent des conditions de travail matérielles et morales en complet décalage avec le niveau de développement social que nous avons atteint.

C'est l'ensemble du travail qui est « malade », pour reprendre l'image du sociologue Yves Clot. Politiques publiques et gestions patronales sont les deux faces d'une même stratégie : faire rentrer de force ces millions de travailleurs dans la norme d'emploi qui s'est peu à peu dégradée, au lieu de réfléchir aux dérives du modèle. Finalement, cette apparente primauté à l'emploi occulte les graves difficultés que rencontrent tous ceux qui ont du travail. C'est donc le travail et l'emploi, ensemble, qui font problème parce qu'à la fois ils paraissent centraux et qu'en même temps ils semblent de plus en plus échapper à nos prises. Les questions du contenu du travail comme celles d'un nouveau plein-emploi solidaire demeurent dans l'ombre.
C'est le travail dans sa globalité, y compris dans sa dimension de rémunération, qu'il faut « soigner » si l'on veut lui redonner sens et dégager de réelles perspectives d'emploi pour toutes les personnes. L'intervention des salariés peut-elle contribuer à faire émerger un nouveau modèle de travail et d'emploi alors que la pression patronale se fait plus forte ? Telle est la vraie question que posent syndicalistes et salariés.

http://www.humanite.fr/

Tag(s) : #Société