Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le régime capitaliste est-il responsable de la pauvreté ?

L’Humanité contre la misère.Le régime capitaliste est-il responsable de la pauvreté ?

Entretiens croisés réalisés par Dany Stive
Vendredi, 16 Octobre, 2015
L'Humanité

Face-à-face entre Cécile Cukierman, tête de la liste «L’humain d’abord» en Auvergne-Rhône-Alpes et Sophie de Menthon, présidente de la Société de management des entreprises, d’Ethic, membre du CESE.

Les théories libérales, reposant sur les inégalités sociales, provoquent-elles la paupérisation ?

Cécile Cukierman La misère, qui est une violation des droits humains fondamentaux, n’est pas fatale. Il faut donc la combattre et cela passe par la réduction des inégalités sociales qui, en fait, ne cessent de croître. La libéralisation de l’économie est sans foi ni loi. Le libéralisme renforce la paupérisation de la population. Face à cela, l’État est le garant de services indispensables à la population, que le marché ne peut pas fournir. C’est le cas des services publics de la santé, des transports, de l’éducation, pour ne citer qu’eux. Ils sont décriés par les défenseurs du libéralisme comme peu rentables, trop coûteux. La libéralisation de l’économie mène à l’impasse de la pauvreté et de la précarité.

Sophie de Menthon Il faudrait d’abord s’entendre sur ce que l’on met sous le terme « libéral ». Le libéralisme est né et a été promu par la gauche, il s’agissait avant tout de prôner la responsabilité individuelle et la liberté d’entreprendre qui étaient confisquées. En France, cette liberté est de mauvais augure, on a diabolisé le libéralisme, forcément « sauvage », évoquant la loi de la jungle agrégée avec la financiarisation de l’économie et le tournant du capitalisme mondialisé. Face à cela, pour répondre à cette demande d’égalité, on prône un égalitarisme que l’on sait condamné d’emblée. Cela dit, il est exact qu’il existe aujourd’hui à travers le monde des écarts de richesse qui apparaissent comme scandaleux face à la misère présente. Toutefois, dans des démocraties normales, ces écarts ne provoquent pas la misère. Tuer le riche n’a jamais guéri le pauvre. Ce n’est pas en faisant partir les riches et en les taxant, parfois jusqu’à la spoliation que l’on améliorera le niveau de vie des moins riches. Le libéralisme bouc émissaire a bon dos pour exacerber une jalousie sociale diffusée par ceux qui n’ont aucune autre solution pour développer la croissance que de brider la réussite financière, donc la croissance.

L’action publique ne peut-elle pas s’opposer à cette logique ?

Cécile Cukierman Bien sûr, elle le peut. Heureusement, il existe une marge de manœuvre contre cette « logique ». Quand on connaît les difficultés de certaines populations, dans certains territoires, on peut décider de politiques spécifiques. L’échelon régional, par exemple, est pertinent. Mais cette marge se réduit quand les budgets diminuent. Finalement, le thème choisi cette année par ATD-Quart Monde, « Construire un avenir durable : s’unir pour mettre fin à la pauvreté et à la discrimination », est un bel appel à « faire ensemble », à construire collectivement pour en finir avec la pauvreté et les discriminations, pour ainsi améliorer le quotidien de toutes et tous.

Sophie de Menthon L’action publique ne doit pas avoir pour objectif d’empêcher les riches de s’enrichir et de brider la liberté d’entreprendre. Les fausses bonnes idées comme celle consistant à limiter les salaires à un coefficient multiplicateur du plus bas salaire n’a pas de sens, en particulier lorsqu’on a créé sa boîte et pris tous les risques ! L’action publique possède une seule arme, dangereuse : la fiscalité. On voit bien qu’elle est à double tranchant et que trop d’impôt non seulement tue l’impôt mais fait fuir les « vaches à lait ». L’action publique doit s’appliquer et se limiter à créer les conditions nécessaires d’un environnement favorable à l’entreprise et à ses salariés. Un État garant et non un état gérant.

La politique d’austérité, qui touche le financement des associations, n’aggrave-t-elle pas la situation ?

Sophie de MenthonCe qui est en cause, c’est le foisonnement d’associations subventionnées aux structures coûteuses pour des résultats discutables. Là encore, on privilégie l’étatisme et l’administratif qui seuls feraient preuve d’une éthique et de compétences nécessaires. On a hélas vu qu’il n’en est rien ! Les États-Unis constituent un contre-exemple : l’efficacité est au rendez-vous avec des résultats très satisfaisants ; ce sont des donateurs qui financent la vie associative et peuvent éventuellement défiscaliser certains dons. Évidemment du fait de l’argent privé investi, le contrôle des dépenses et des investissements est aussi rigoureux que dans une entreprise. En France, nous avons démultiplié les associations en distribuant des subventions qui financent des structures trop lourdes et un gaspillage de frais fixes. Il faut changer tout un état d’esprit pour retrouver une dynamique de confiance et un nouvel élan économique ! Notre fameux modèle social est à bout de souffle et le financement des associations n’y échappe pas.

Cécile Cukierman Les associations occupent une place irremplaçable dans notre société. Elles complètent, voire pallient les carences des pouvoirs publics. Il est donc indispensable que leurs financements ne soient plus touchés par des politiques d’austérité. D’autant que les collectivités ne peuvent plus les aider comme elles le voudraient et comme il le faudrait, étant elles-mêmes dans des budgets extrêmement contraints. Le Collectif des associations citoyennes, né en 2010, qui regroupe des dizaines de réseaux nationaux et locaux, le dit très bien : il n’y a pas de société solidaire sans associations citoyennes. Donc oui, une politique d’austérité a des conséquences graves pour les personnes en situation de précarité et elle tend à multiplier ces situations. De plus, elle porte atteinte à la démocratie en contraignant fortement les acteurs de la citoyenneté. Cela n’empêche pas les acteurs et actrices du milieu associatif de se battre, au sein de ces espaces de solidarité, pour maintenir ou réactiver le lien social et permettre de construire collectivement.

http://www.humanite.fr/

Tag(s) : #Politique