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Le besoin de solidarité internationaliste est nécessaire

Besoin de solidarité internationaliste

Posté le 5 août 2015
Par Patrick Le Hyaric

Sans être forcément reliés entre eux, une série d’événements d’actualité dessinent un puzzle où apparaissent nettement les volontés guerrières des puissances mondiales contre les forces de paix, les forces démocratiques et les peuples eux-mêmes. Que l’on se tourne vers la Turquie ou la Grèce, la Palestine ou qu’il s’agisse du sort fait aux migrants, de l’Amérique Latine ou des orientations austéritaires renforcées de l’Union européenne avec la tentative de créer un vaste marché transatlantique, tout devrait nous appeler à plus de vigilance, d’actions, à l’organisation de la solidarité internationaliste et de la contre offensive.

L’accord intervenu sur le nucléaire iranien a conduit le gouvernement turc à s’engager enfin dans les combats contre « Etat Islamique », tout en ouvrant ses bases militaires aux avions nord-américains. Mais cet engagement lui sert surtout de paravet pour agresser par des frappes militaires les bases et les camps kurdes dans le nord de la Syrie, en Irak et en Turquie même, pour arrêter des militants progressistes et de la gauche kurdes. Or, ces derniers sont précisément ceux qui, les armes à la main et seuls, pendant de longs mois, ont défendu des villes comme Kobané, des routes et des postes de passage. Le sultan de Turquie Erdogan est prêt à mettre le feu à son pays pour obtenir, par les armes et la répression, les pleins pouvoirs qu’il n’a pas obtenus par les urnes, il y a quelques semaines, en alliance avec des forces ultranationalistes. Au-delà, il ne faut pas exclure que dans le cadre des inévitables modifications de frontières au Proche et Moyen-Orient, les impérialistes nourrissent le projet d’empêcher les Kurdes de disposer de leur propre patrie. Notre soutien aux combats mené contre « Etat Islamique » doit donc se combiner avec notre opposition ferme à la répression, aux emprisonnements de militants kurdes et à la guerre civile organisée en Turquie par le pouvoir Erdogan. C’est d’autant plus nécessaire que dans l’OTAN, la France ne dit mot.

La Palestine était oubliée depuis des mois par les grands médias, alors que les populations de Gaza étaient enfermées à double tour, étouffées sous un blocus renforcé, et qu’en Cisjordanie, la colonisation s’accélérait. L’incendie par des colons d’une maison dans laquelle a été brulé vif un bébé, réveille les consciences. Ce drame affreux met à jour ce qu’endurent quotidiennement les palestiniens. Aucune larme de crocodile, israélienne ou occidentale, ne nous fera oublier que la mort atroce de ce bébé n’est que le résultat de décennies d’impunité envers le pouvoir israélien qui veut chasser tous les palestiniens de leur Terre. Sa colonisation se double de routes particulières réservées aux israéliens, du mur de séparation, de vols de champs d’oliviers et de l’eau. Voilà ce qu’il faut faire cesser ! Les dirigeants nord-américains et européens le pourraient s’ils le voulaient. L’Union Européenne pourrait utiliser l’article 2 de l’accord d’association qu’elle a contracté avec Israël pour rompre tout lien commercial. Ce serait d’autant plus efficace que des entreprises européennes participent au processus d’occupation et de colonisation. Il faut donc que le mouvement citoyen international les y contraigne, en un rapport de force populaire, à partir de la revendication claire et simple du respect des résolutions de l’ONU. Soutenons les demandes de M. Abbas de déférer l’Etat d’Israël devant la cour pénale internationale. La mobilisation doit s’élargir pour que la France reprenne son projet de dépôt de reconnaissance de l’Etat Palestinien au conseil de sécurité de L’ONU en septembre !

Cette même France qu’on dit patrie des droits humains devrait porter haut le débat et les actions solidaires et humanitaires pour les réfugiés, au lieu de ne leur laisser comme seul choix d’être pourchassé ou mourir. Ces femmes et ces hommes qui, au péril de leur vie, cherchent refuge en Europe, fuient les persécutions, la misère, la guerre. C’est faire honte à notre continent de les accueillir ainsi après avoir détruit ou laisser détruire leur pays ou leur vie dans leurs villes et villages. On ne peut plus supporter cette Europe égoïste flattant des populismes diviseurs et xénophobes. Cette Europe qui, peu à peu, va se couvrir de murs et de barbelés alors qu’elle prétend incarner la liberté et la solidarité ! Une grande conférence internationale devrait être organisée pour l’accueil des réfugiés, avec les Etats-Unis, responsables du chaos au Moyen-Orient, qui ne peuvent être laissés de côté dans l’effort de solidarité. Au-delà, ce sont les enjeux des conditions de la paix et d’un co-développement solidaire qui devrait être portés avec force au lieu de laisser se diviser les populations jusqu’à se haïr les unes les autres. Parmi ces enjeux nouveaux, culmine la nécessité de travailler à la réussite de la conférence internationale pour le climat qui se tiendra en cette fin d’année à Paris- Seine-Saint-Denis. Ce ne sera possible que si elle sort des cénacles des réunions institutionnelles pour devenir une grande cause populaire. Les modifications climatiques en cours accéléreront encore les migrations si on ne recherche pas de solution viable pour l’agriculture vivrière, l’eau, l’énergie ainsi qu’une autre répartition des richesses mondiales.

Les ambitions de justice sociale et de démocratie sont encore plus inscrites au cœur du débat européen depuis que les dirigeants des Etats, la Commission européenne, la Banque centrale ont violemment bafoué les choix du peuple grec, plaçant de fait le pays dans une situation de protectorat et poussant les populations encore plus dans la misère. Là encore une course de vitesse est engagée entre les tenants d’une construction européenne supra-étatique, contre les peuples et les parlements, au service des dogmes d’un ultra libéralisme destructeur des droits sociaux, humains et environnementaux, et les citoyens qui aspirent à la solidarité, à la justice, au progrès social et à la possibilité de donner leurs avis et d’être entendus.

Cela suppose qu’une solidarité plus concrète, plus active, plus politique s’exprime et se déploie envers les Grecs comme avec tous les travailleurs de toute l’Europe qui contestent les actuels choix régressifs dictés par Bruxelles et Berlin. Des choix qui poussent le continent européen vers la catastrophe, face auquel devrait se dresser une internationale des salariés, des jeunes, de tous les citoyens du continent. Qu’il s’agisse de la vie des paysans et de la qualité alimentaire, des salariés défendant leur outil de travail, des créateurs pour l’accès à la culture ou à l’éducation ; des combats contre les inégalités qui progressent partout dans le monde ou des mobilisations contre les projets de traité de libre-échange transatlantique et celui concernant le commerce des services ; des combats pour la mise en place de protections sociales et des augmentations de salaire, des services publics ou de la lutte pour le plein-emploi, partout et sur tous les sujets, la nécessité d’une reprise en main de leur avenir par les citoyens se fait sentir. Il y faudra plus d’un jour tant l’oligarchie et ses mandataires politiques défendent soit avec violence, soit avec grande roublardise, bec et ongles leurs privilèges. Ces dernières décennies, ils ont incontestablement marqué des points. Raison de plus pour, sans attendre, permettre aux peuples de trouver les formes et les moyens de se rencontrer, de se parler et d’agir ensemble pour retrouver les chemins d’un nouveau progressisme et de la paix. En cette semaine anniversaire de la nuit du 4 août, l’abolition des privilèges et des dominations de toutes sortes reste à l’ordre du jour.

Tag(s) : #Politique