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La Grèce attaquée par les faucons austéritaires

L’Eurogroupe s’est réuni hier à Bruxelles pour évaluer les propositions faites par le gouvernement grec pour sortir de la crise. L’Allemagne et ses relais en veulent toujours plus.

Défiance, menace de Grexit… Les Ministres des Finances de la zone euro peinaient hier à avancer vers un sauvetage financier de la Grèce, ce qui augurait de très longues négociations et compromettait les espoirs d’une percée décisive. « Le premier grand tour est fini. On va coucher par écrit ce qu’on veut entendre des Grecs », a déclaré une source européenne en milieu d’après-midi.

Les discussions ont été laborieuses, « bloquées sur le manque de confiance », affirmait après deux heures de discussion une source proche des discussions. « On parle de rebâtir la confiance », a confié une autre source, ajoutant que « le climat n’est pas facile pour les Grecs ».

L’Eurogroupe doit théoriquement avancer dans les discussions sur un éventuel troisième plan de sauvetage financier de la Grèce avant un sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement de l’Union prévu ce soir. Faute d’accord, ce sommet pourrait faire dériver un peu plus la Grèce vers un « Grexit », la sortie du pays de la zone euro.

Selon une source européenne, l’Allemagne envisagerait une sortie temporaire de la Grèce de la monnaie unique, d’une durée de cinq ans, si le pays n’améliore pas ses propositions…

Les faucons en formation serrée

A leur arrivée, les faucons de l’Eurogroupe ont fondu toutes serres dehors sur la Grèce, dénonçant des propositions insuffisantes et mettant en doute la sincérité du gouvernement de gauche de Syriza à appliquer effectivement les réformes qu’il propose en échange de l’aide européenne. « Il y a un gros problème de confiance », a déclaré le patron de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. « Est-ce qu’on peut faire confiance au gouvernement grec pour qu’il fasse ce qu’ils promettent dans les prochaines semaines, (les prochains) mois ou (les prochaines) années ? », s’est-il interrogé.

Le leader du camp des durs, le grand argentier allemand Wolfgang Schäuble, a prédit des négociations « extrêmement difficiles ». « Nous ne pouvons pas avoir confiance dans des promesses », a-t-il insisté.

Les espoirs de règlement nés à la fin de l’année dernière « ont été réduits à néant de manière incroyable ces derniers mois », a martelé le Ministre conservateur allemand, en référence aux six mois de gouvernement de Syriza. « Plusieurs gouvernements, dont le mien, ont de sérieux doutes sur l’engagement du gouvernement grec et sur sa capacité à mettre en œuvre » les réformes, a estimé le Secrétaire d’Etat aux Finances néerlandais Eric Wiebes.

En face, même les colombes de l’Eurogroupe, favorables à Athènes, attendaient le Ministre grec des Finances Euclide Tsakalotos de pied ferme.

« Il faut des réformes mises en œuvre rapidement, c’est la clé de tout (…) pour débloquer un programme, pour traiter la question de la dette », a souligné le Commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici. Ce programme avait été accueilli plutôt favorablement par les créanciers, l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international. Les pays les plus accommodants avec Athènes avaient aussi bien accueilli les propositions hellènes. Les faucons, qui avaient eux gardé le silence ces trois derniers jours, ont descendu en flammes hier les propositions.

74 à 82 milliards d’euros

Selon les calculs des créanciers, si le troisième plan d’aide demandé par Athènes voit le jour, la Grèce pourrait recevoir entre 74 et 82 milliards d’euros sur trois ans, dont 16 milliards déjà prévus dans un programme du FMI devant expirer en mars 2016. L’Eurogroupe pourrait aussi étudier une solution transitoire, qui permettrait à la Grèce de rembourser le 20 juillet la BCE. Cette solution transitoire mobiliserait notamment quelque 3,3 milliards d’euros promis dans le passé à la Grèce et détenus par les banques centrales de la Zone euro.

Mais cette aide massive ne pourrait se concrétiser qu’au prix de réformes difficiles et impopulaires. Ce sont peu ou prou ces mesures qui ont été rejetées par les électeurs lors du référendum du 5 juillet. Les Grecs avaient rejeté à 61%, des mesures d’austérité exigées par les créanciers. De plus, Alexis Tsipras doit maintenant faire face au mécontentement de son aile dure, hostile aux créanciers, et prend le risque de décevoir son électorat.

La Marseillaise, le 12 juillet 2015

Chantage

Ils osent parler de « confiance » et faire la fine bouche vis-à-vis des propositions émises par le gouvernement grec après avoir obtenu la veille le feu vert du parlement national.

Des mesures qui, le Premier Ministre grec l’a admis lui-même, demanderont encore des efforts à la population et sont éloignées du pacte électoral qui l’a conduit au pouvoir. Mais ils n’en ont jamais assez. L’Allemagne brandit la menace de la sortie de la Grèce de l’Eurozone pour 5 ans. Histoire de passer par la voie de l’humiliation.

Le dossier grec est sorti du strict débat économique. Il est devenu le procès en Inquisition destiné à punir aujourd’hui la Grèce pour dissuader, demain, d’autres nations de tenter de mettre en place des politiques alternatives ou de contester le discours libéral ambiant.

La priorité aujourd’hui pour la Grèce est de sortir de ce sommet avec un accord sur la restructuration de sa dette.

Et qu’Alexis Tsipras ait les moyens de mener et d’assumer de manière souveraine sa politique. Car il n’est pas à exclure que la troïka mette désormais sa tête à prix, dans un chantage qui viserait à maintenir la Grèce dans l’Euro à condition qu’il démissionne et laisse sa place à un gouvernement de pseudo unité nationale ou de technocrates corvéable à merci. Ils ne sont pas à ça près.

Sébastien Madau (La Marseillaise, le 12 juillet 2015)

Feu vert du parlement grec dans la nuit de vendredi à samedi

Alexis Tsipras, Premier Ministre grec devant le Parlement. « Nous avons pour la première fois un débat sérieux sur la restructuration de la dette » avec les créanciers.

251 voix. Le Parlement grec a donné dans la nuit de vendredi à samedi son feu vert à la proposition d’accord du gouvernement d'Alexis Tsipras. Le Premier Ministre a recueilli 251 votes positifs sur un total de 300 Députés. Il a enregistré les défections d’environ dix Députés de son parti (8 abstentions et 2 votes contre).

« Le meilleur accord possible ». Alexis Tsipras a défendu son plan en admettant qu’il contenait des mesures « difficiles », loin du « pacte électoral » de Syriza. Devant les Députés, il a estimé être face à un « choix de haute responsabilité », leur donnant « le devoir national de maintenir le peuple en vie » et les a appelés à approuver les réformes. « Nous avons devant nous un terrain miné, avec des pièges, je ne peux pas le cacher », a-t-il déclaré, avouant que « le programme de réformes est difficile ». La Grèce va s’engager à un effort budgétaire pour décrocher le troisième plan d’aide de 74 milliards d’euros. Mais la proposition grecque comporte des avancées : « un financement sur trois ans », contre cinq mois proposés par les créanciers fin juin, « un plan d’investissement » et « nous avons pour la première fois un débat sérieux sur la restructuration de la dette ».

La Marseillaise, le 12 juillet 2015

Tag(s) : #Politique