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La résistance en Grèce : une nouveauté qui va nous servir

La résistance en Grèce : une nouveauté qui va nous servir

Posté le 17 juin 2015

Par Patrick Le Hyaric

Il y a quelque chose de tout à fait nouveau en Union Européenne. Un gouvernement, un parlement résistent avec tout un peuple au chantage et aux folles et irresponsables pressions de la grande oligarchie financière. Ils tiennent bon face à une clique qui voudrait leur imposer les solutions des pouvoirs grecs précédents, rejetées par le suffrage universel. Elles ont conduit au désastre social et économique actuel dont la responsabilité n’incombe en aucune façon au gouvernement Tsipras et aux forces qui les combattaient déjà dans l’opposition. Le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne, la Commission de Bruxelles, la chancelière allemande et parfois, au bout de la table, le Président de la deuxième puissance européenne, F. Hollande, tel est l’aréopage qui s’est fixé l’objectif d’asphyxier la Grèce. Pour y parvenir, ils vont jusqu’à faire fi de l’esprit et de la lettre de leurs propres traités. Fi de cette « Europe solidaire » et « qui protège » qu’ils ont tant vanté. Le banquier central européen, dont on nous avait dit qu’il ne devait obéir à aucune instance politique, se joint à eux. Il dispose de 1000 milliards d’euros qu’il va distribuer aux banques privées européennes, en refusant d’en avancer 7,5 pour soulager les difficultés et les souffrances en Grèce. Somme dérisoire qui confirme le caractère politique de l’acharnement de ceux qui s’opposent à la conclusion du compromis recherché par les autorités grecques. Il se murmure de plus en plus que, pour l’exemple, on les pousserait à sortir de la zone euro. Le Président du Parlement européen a même lancé la semaine dernière qu’une sortie de la Grèce de L’Union Européenne n’était pas un problème. Ces gens-là se croient tout permis. Ils en oublient de réfléchir à la place géostratégique et politique de la Grèce, foyer de la démocratie sur notre continent. Personne n’est capable de prédire exactement les conséquences d’une banqueroute du pays. Elle pourrait vider en une nuit les caisses du fonds dit de « mécanisme européen de solidarité » dans lequel ont été transférées les dettes privées d’autres Etats européens pour pouvoir recapitaliser leurs banques à l’origine de la crise financière. Qu’adviendrait-il de leurs dettes ? On ne connait pas non plus les effets sur la monnaie européenne et donc sur nos salaires et les prix. Sans parler du risque de tsunami financier mondial qui conduit le président Obama à lancer un appel à la raison en direction de ceux que l’on nomme pudiquement les créanciers de la Grèce, qui sont en fait le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne.

La méthode choisie par Alexis Tsipras place tout ce beau monde dans un embarras à peine dissimulé. Le premier ministre grec sait parfaitement jouer de l’arrogance de ses interlocuteurs pour mieux montrer à la face du monde le visage réel de la férocité néolibérale qui anime les sphères dirigeantes de l’Union européenne comme du FMI. Il a notre soutien car en agissant ainsi il défend toute la population européenne. La nature de la construction européenne remonte au cœur des débats. L’oligarchie ou les citoyens et les gouvernements qu’ils se donnent ? Le talon de fer de la finance internationale écrasant les travailleurs et les retraités ou le respect de la tentative d’une autre voie que l’austérité à perpétuité que trace A. Tsipras ? Le respect du choix souverain des électeurs ou le pouvoir d’institutions non élues dictant leurs exigences au seul bénéfice de la sacro-sainte loi de l’argent-roi ?

Le droit est du côté des Grecs, d’autant plus qu’on a appris en milieu de semaine dernière que certaines mesures des plans d’austérité infligées avec une violence inouïe sont tout bonnement anticonstitutionnelles. Or, le FMI exige formellement du gouvernement grec qu’il en prenne d’autres dans la droite ligne de celles rejetées par le Conseil d’Etat, avec de nouvelles coupes dans les pensions de retraites et les retraites complémentaires. Ce point précis bloquerait la conclusion d’un accord, avec l’exigence d’un taux de TVA aberrant –à 25%- dans un pays dont l’un des principaux problèmes est justement la consommation populaire et l’accès aux produits de première nécessité. Diminuer encore les pensions des retraités reviendrait à saper les bases d’un des seuls piliers social qu’il reste car, la plupart du temps, ce sont les retraités qui pourvoient à une grande partie des besoins des familles.

La Cour constitutionnelle portugaise avait déjà dû casser par deux fois des mesures similaires adoptées sous la pression de la Troïka. Voilà le visage des « institutions » qui enjambent désormais le droit comme les aspirations populaires.

Ni techniques, ni financières, les causes du blocage sont avant tout politiques. Le capital international ne veut surtout pas qu’une expérience de sortie de l’austérité puisse réussir. Les risques de contagion sont considérés en haut lieu comme si importants qu’ils pourraient menacer un édifice supranational patiemment construit pendant des années. Si tel n’était pas le cas, pourquoi ce comportement intransigeant des institutions internationales alors qu’elles connaissent évidemment le chemin pour geler ou étaler ou encore annuler tout ou partie d’une dette d’un Etat ? Une conférence européenne sur les dettes s’impose, à l’image de celle qui travaille actuellement sur la dette grecque. Elle pourrait s’appuyer sur la décision de l’ONU, à la demande de l’Argentine, de créer un comité sur « les risques de banqueroute des Etats ».

Le moment est crucial et la semaine européenne de soutien au peuple grec qui vient devrait prendre une ampleur en rapport avec le niveau des enjeux. C’est vrai notamment de la manifestation de ce samedi 20 juin à Paris, comme dans toutes les capitales européennes.

Jour après jour, semaine après semaine, dans notre pays, sous couvert de recommandations bruxelloises, le gouvernement s’applique à détricoter le droit social, à flexibiliser encore et toujours le travail, à précariser les salariés avec pour résultat un chômage qui n’arrête plus d’atteindre de nouvelles cimes. Etre solidaires des Grecs, c’est agir pour soi-même et l’intérêt populaire commun.

http://patrick-le-hyaric.fr/la-resistance-en-grece-une-nouveaute-qui-va-nous-servir/

Tag(s) : #Politique