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Le ras-le-bol, grand favori du scrutin de mars 2015

Le ras-le-bol, grand favori du scrutin de mars
Sébastien Crépel
Mardi, 17 Février, 2015
L'Humanité
Photo Boris Horvat/AFP
Dans un paysage électoral aux contours totalement redessinés, le principal enjeu de la campagne porte sur la traduction que prendra le rejet des politiques d’austérité. Entre abstention, risque de son dévoiement dans le vote FN ou ouverture d’une alternative de gauche, radiographie d’une élection.
Toute ressemblance avec le dernier scrutin daté de 2011 serait pure coïncidence. Cet avertissement n’aurait pas paru saugrenu au bas des professions de foi des candidats aux élections des 22 et 29 mars prochain. Ceux-ci avaient jusqu’à hier pour s’enregistrer auprès des préfectures. C’est en effet dans un contexte totalement inédit que se présentent les élections départementales, premières du nom, succédant aux élections cantonale.
Le mode de scrutin, d’abord, a été profondément remanié, occasionnant un redécoupage général des cantons. Le rôle lui-même du conseil général est amené à évoluer dans les semaines qui viennent, au fil de l’examen par les députés du projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale de la République. La carte des forces en présence, ensuite, qui apparaît de manière radicalement différente qu’en 2008 et 2011, dates des deux derniers renouvellements (par moitié à l’époque) de l’ensemble des conseils généraux.

De 2008 à 2011, la gauche et singulièrement le PS dans l’opposition nationale ont raflé un maximum de victoires électorales, remportant une majorité des conseils généraux. La gauche en dirige aujourd’hui 56 sur 96 (50 sont présidées par le PS, 2 par les communistes et 4 par le PRG et des élus divers gauche). Cette fois, le rapport des forces se présente sous un tout autre jour, avec d’un côté un PS en grande difficulté risquant d’entraîner malgré lui la gauche tout entière à la défaite dans le sillage de l’impopularité des politiques d’austérité menées par l’exécutif, et de l’autre l’émergence d’un FN en capacité de troubler sérieusement le jeu d’un bipartisme jusqu’alors dominant dans ce type d’élections. Dans ce paysage électoral aux contours totalement nouveaux, une tendance de fond se dégage : le rejet des politiques d’austérité menées de manière indifférenciée par les gouvernements de droite et de gauche.

Un thème particulièrement douloureux dans les collectivités locales soumises au plan national à une réduction de 28 milliards d’euros de leurs dotations d’État entre 2014 et 2017, et peut-être plus sensible encore pour les conseils généraux. Ceux-ci assument en effet pour le compte de l’État une partie des dépenses sociales, avec le versement des allocations de solidarité (RSA, allocations aux personnes âgées et handicapées) que l’État ne compense pas entièrement. Reste à savoir comment ce ras-le-bol se traduira dans les urnes. C’est-à-dire dans quelle proportion il se manifestera par une abstention accrue, un vote de colère capté par le FN à dominante de peur et de conservatisme social qu’il se dispute avec la droite, ou par la recherche d’une alternative de gauche aux politiques d’austérité. Une équation encore compliquée par la dimension à la fois locale et nationale du scrutin, où pèseront d’autres facteurs, comme la suite politique à donner à l’élan d’unité populaire manifesté les 10 et 11 janvier en réponse aux attentats en région parisienne, ou encore l’effet d’entraînement éventuel de la victoire de Syriza en Grèce, le 25 janvier.

Au PS, où l’on redoute un vote sanction comparable à celui des municipales de 2014 (selon les calculs du Monde, la gauche pourrait perdre de 23 à 31 départements au soir du 29 mars, dont trois pourraient revenir au FN), on espère transformer l’aspiration au vivre-ensemble dans la République du 11 janvier en vote de soutien au pouvoir en place face à la menace FN : « Face à cette force du FN, il y a une autre force qui s’est levée, c’est la République », a déclaré hier Manuel Valls sur RTL. Avec un objectif : désamorcer le débat sur la nécessité de changer de politique qui monte à gauche et dans son parti.

C’est le sens des appels incessants de Jean-Christophe Cambadélis à « l’unité » : « Une autre urgence doit animer l’ensemble des forces de gauche, l’urgence à s’unir, déclarait le premier secrétaire au soir de la législative dans le Doubs qui a vu le PS l’emporter d’un souffle face au FN. Cette élection partielle le dit crûment : entretenir le fantasme d’un “Syriza français”, en voulant affaiblir le PS, ne provoquerait rien d’autre que la Berezina de la gauche française. » Visés, le Front de gauche et Europe Écologie-les Verts (EELV) qui présenteront, ensemble ou séparément, dans la quasi-totalité des départements des candidatures distinctes de celles investies par la direction du PS. L’ex-coprésident du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a brocardé ces appels sur son blog : « (Cela) commencerait évidemment par notre capitulation sans condition devant la politique du gouvernement, cela va de soi ! “Unitééé” ! “Si tu veux battre Marine le Pen, travaille le dimanche, part à la retraite plus tard”, et ainsi de suite ! Excitant, non ? »
Les appétits de la droite et de l’extrême droite

« Notre travail est de faire la démonstration qu’une autre construction politique à gauche est possible, argumentait de son côté le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, devant le Conseil national de son parti, le 30 janvier. Ce qui s’est passé le 11 janvier montre que le potentiel existe dans la société française. Ce qui a eu lieu en Grèce montre que c’est possible. Ce qui se noue dans nombre de cantons (…) au travers de rassemblements citoyens avec les forces du mouvement social, du Front de gauche, de Nouvelle Donne, des Verts et de socialistes plus ou moins frondeurs, montre que c’est réalisable en France ». Une tâche ardue, car elle heurte frontalement les projets de l’extrême droite de se présenter comme le seul recours à l’austérité mise en œuvre par « l’UMPS » qu’elle dénonce. Le FN entendant confirmer l’essai des municipales en remportant pour la première fois de son histoire la présidence de plusieurs conseils généraux. L’Aisne, le Pas-de-Calais, le Vaucluse, dirigés par la gauche, sont dans son viseur, mais aussi le Var, aujourd’hui aux mains de l’UMP. Une ambition que pourrait faciliter la perméabilité accrue de l’électorat UMP au vote en faveur de l’extrême droite : selon un sondage Odoxa pour le Parisien-Aujourd’hui en France, 42 % de ceux qui ont voté pour Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2012 seraient prêts à voter FN à une élection locale (contre 36 % pour l’ensemble des Français).

C’est ce qui explique sans doute le refus de la direction de l’UMP d’appeler à faire barrage au FN, comme dans le Doubs le 1er février, mais aussi à lui disputer le discours de défense des territoires ruraux. Hier, Brice Hortefeux, conseiller politique de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP, a ainsi pourfendu la « réforme “ruralicide” » des territoires en débat au Parlement. Des propos dans le fil de ceux du porte-parole des présidents de droite à l’Assemblée des départements de France (ADF), Bruno Sido (UMP, Haute-Marne), qui dénonçait cet automne le « choix délibéré de privilégier les grandes métropoles » et « l’abandon organisé des territoires au profit de celles-ci ». L’UMP développe ainsi un double discours : au plan local, défense du département « garant de la proximité », tandis qu’au plan national, ses représentants défendent l’austérité renforcée pour les dépenses publiques, après avoir programmé la suppression des conseils généraux durant le quinquennat présidentiel de Nicolas Sarkozy ! « Laisser croire que la dégradation de la situation politique et économique doublée d’une victoire de la droite et du FN, d’un effondrement du PS dû à l’abstention de l’électorat populaire, améliorerait le niveau de conscience des citoyens relève de l’illusion mortifère et irresponsable, mettait encore en garde Pierre Laurent lors du Conseil national du PCF du 30 janvier. En effet, qui pourrait en conscience donner les clefs des départements à une droite et à une extrême droite dont les reproches faits au gouvernement sont de ne pas aller assez loin dans ses mesures antisociales et austéritaires ? » Et le dirigeant communiste d’appeler à « démentir ce scénario », en faisant de cette élection « un moment de résistance populaire aux politiques d’austérité ». La campagne pour y parvenir a commencé, comme en témoigne la désignation des candidats désormais achevée. « Dans nombre de départements (…), nous voyons se profiler le rassemblement grand angle dont nous rêvons et qui doit préfigurer la gauche majoritaire de demain », s’est félicité Pierre Laurent.

C’est le cas dans le Val-de-Marne, l’un des deux conseils généraux à direction communiste, et où l’effort s’est porté vers la construction de candidatures rassemblant le Front de gauche, des membres du Mouvement républicain et citoyen (MRC) et d’EELV, et des socialistes. Ce qui ne va pas sans friction avec la direction départementale du PS, qui a retiré son soutien à Christian Favier, le président PCF du conseil général, à Champigny-sur-Marne, suite à la candidature d’une élue PS sortante en binôme avec le candidat du PCF à L’Haÿ-les-Roses. Un ticket approuvé par nombre de militants de gauche dont l’ancien maire PS de la ville, mais non par les dirigeants socialistes locaux qui ont décidé d’investir leurs propres candidats…
http://www.humanite.fr/

Tag(s) : #Election départementale