Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Tour de France – Marseille – meeting – 26 janvier 2015 –

Aujourd’hui, je ne vous dis pas bonsoir, je vous dis Kalispera !
Je ne vous dis pas espoir, je vous dis elpida !
Je crois que nous parlons toutes et tous grec depuis quelques jours !
Hier, dimanche 25 janvier 2015, à quelques tire-d’aile au-dessus de la Méditerranée, a eu lieu une authentique révolution démocratique.
Par une mobilisation électorale historique, le peuple grec a repris le pouvoir sur son destin. Il a ouvert les fenêtres, et ici, nous avons senti la douceur du soleil d’hiver athénien.
En Europe, la porte est ouverte au changement.
Samaras et le camp de l’austérité appartiennent désormais au passé. Les institutions, chefs d’État, dirigeants politiques et économiques européens – j’imaginais leur tête hier soir ! – devront en tenir compte. Le changement est en marche. La BCE elle-même vient de piétiner Maastricht en rachetant de la dette publique ! (Prudence quand même, elle exige des contreparties.)
Et maintenant, tout est possible. Il n’y a pas de fatalité. Il n’y a QUE des alternatives.
A deux sièges près, c’était la majorité absolue.
Message à ceux qui tempèrent : c’est une victoire absolue !
Je n’en reviens pas encore. Alexis, mon ami Alexis Tsipras, est en train de former son gouvernement ! En regardant des images du QG de campagne hier, j’ai vu les camarades de Syriza pleurer. Comme lui, ils sont heureux mais conscients des responsabilités qui sont les leurs.
Pour la gauche européenne, c’est pareil. C’est à la fois un aboutissement d’un travail commun quotidien, d’une coopération et d’une solidarité sans arrêt renforcées depuis 10 ans et une grande responsabilité.
Alexis m’a dit à Athènes jeudi dernier : « Nous avons besoin de vous pour la victoire, et surtout après ! »
Alors contrairement à tous ceux qui sont déjà en train de faire pression, de réclamer du futur gouvernement de gauche le respect des engagements antérieurs de la Grèce vis à vis de l’Europe, je vais vous parler des engagements de l’Europe vis à vis du peuple grec, des engagements qui doivent être les nôtres.
    • Ils ont besoin de notre soutien large, durable et solide. Notre objectif n’est pas, comme je l’entends parfois, de « bénéficier » de la montée de Syriza et de tirer profit d’une solidarité de circonstance. Notre objectif premier est de les aider à réussir, pas d’être sur la photo. Ce que fera Syriza en Grèce nous engage à l’échelle de l’Europe et engage tous ceux qui les soutiennent en France.
    • Nous exigeons le respect du vote. Je rigole quand j’entends le clan Le Pen se féliciter ! Syriza se bat tous les jours contre les fascistes, les amis de Mme Le Pen à Bruxelles. Le clan Le Pen oublie qu’il est l’allié objectif de Samaras qui développe les mêmes thèses néo-libérales que le FN. Les Grecs par leur vote, tournent la page de l’austérité. Les Grecs réclament la démocratie et la solidarité. La Troïka, déjà illégitime, doit être désormais dissoute.
    • Nous soutenons la voix de la Grèce dans les négociations européennes. Alexis demande du temps et une renégociation de la dette grecque. Nous attendons du gouvernement Hollande-Valls qu’il participe activement à cette renégociation. Syriza veut l’égalité entre les peuples souverains. Merkel est « une cheffe d’État parmi 28 ». Le gouvernement allemand ne peut pas continuer à décider pour tout le monde. C’est ce qu’aurait dû porter Hollande au lieu d’aller demander son aval avant chaque sommet européen. Il peut se rattraper maintenant ! Un pays, une voix !
    • Nous voulons montrer ce qui change en Grèce, montrer que c’est possible. Syriza amène des réponses à la crise humanitaire, au redressement économique, à la lutte contre la corruption et l’évasion fiscale, à la construction d’un État social. Ce programme va rencontrer des adversaires en Grèce et en Europe. En Grèce parce que les évadés fiscaux, ceux de la tristement connue liste Lagarde, les intérêts privés qui ont bénéficié pendant des années des largesses des gouvernements précédents ne vont pas lâcher leurs avantages facilement. En Europe, tout va être fait pour empêcher Syriza de réussir. Parce que si Syriza réussit, cela prouve que l’on peut faire autrement ailleurs aussi ! C’est bête, mais c’est aussi simple que ça.
    • Cela donne du poids à nos combats contre l’austérité dans nos pays d’Europe. Il faut être conséquent. On ne peut pas se féliciter de la victoire de Syriza et voter la loi Macron. Pas plus qu’on ne peut « être Charlie » et voter des coupes budgétaires dans les services publics, garants du vivre ensemble.
    • Nous voulons construire l’alternative en France. Comme Alexis, positif, souriant, généreux, la main tendue à toutes les femmes et les hommes de gauche et écologistes. Peu importe leur vote précédent, nous leur disons : nous pouvons aussi construire un rassemblement gagnant en France, dès les élections de mars prochain. Nous misons sur la jeunesse et sur la créativité de chaque individu. Nous voulons en être et opérer notre révolution à gauche, quitte à mettre de côté les ambitions personnelles pour faire du neuf.
    • Nous nous battons ici pour que la France reconnaisse le mandat donné par les Grecs à Syriza et s’engage auprès d’eux à changer l’Europe. Nous ne voulons pas laisser passer une deuxième fois l’occasion de rouvrir le débat sur les fondements de notre union. Le vote de dimanche permet de porter ensemble l’ambition de refondation de l’Europe. En France, nous savons depuis 2005 qu’une majorité existe pour proposer une autre Europe. La crise politique profonde que nous traversons est liée au déni de ce fait établi, au déni de la parole donnée par les Français. Par conséquent, faire respecter le choix des Grecs, c’est aussi respecter celui des Français.
Je vous donne rendez-vous au Forum européen des alternatives le 29 mai à Paris pour fêter les 10 ans du NON français à cette Europe. Si son emploi du temps le permet, j’espère que nous pourrons accueillir comme il se doit le nouveau premier ministre grec Alexis Tsipras.
***
Il y a dans cette salle des amis, des camarades que je connais, des visages familiers. Car ce n’est pas la première fois que je viens dans votre ville, votre département, comme secrétaire national du Parti communiste. Et je dois dire que venir ici pour inaugurer ce tour de la France ne doit rien au hasard. C’est en vérité quelque chose pour moi de naturel.
Nous avions décidé cette tournée de rencontres au travers des régions de France bien avant les événements dramatiques et exceptionnels de ce début d’année. Des événements qui nous ont profondément marqués, profondément affectés. Parce que les criminels qui ont assassiné une grande partie de la rédaction de Charlie Hebdo, pris en otages et exécuté des clients et salariés de l’Hyper Casher de la porte de Vincennes parce que juifs, qui ont tué des fonctionnaires de police chargés d’assurer la sécurité, ces assassins s’en sont pris à notre peuple, à ses valeurs, à sa culture.
Ils s’en sont pris à des artistes de grand talent, à des hommes et des femmes de courage et de bonté. Parmi eux, Charb, Tignous, Wolinski… des compagnons de combat, des camarades de cœur, des amis proches.
Mais face à la tragédie, le peuple s’est levé comme l’a si bien écrit l’Humanité. Dans un élan d’une formidable puissance, des millions de Français ont, les 10 et 11 janvier, rendu hommage aux victimes, ont manifesté leur peine, dit leur attachement aux valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité. Oui, l’immense masse de ceux qui ont défilé a voulu dire la France de la liberté et du vivre ensemble plutôt que l’engrenage de la guerre et de la haine. Cet élan d’espoir exprimé dans la peine et la douleur, nous voulons tout faire pour lui donner force et durée contre tous les détournements, prévisibles et engagés.
Et ça nous conforte dans cette idée : nous avons besoin d’échanges, nous avons besoin de rencontres, nous avons besoin d’écoute réciproque. Tout n’est pas écrit. Les événements de ces derniers jours ont agi comme un formidable révélateur de l’état de notre société, de ses aspirations positives, de son énergie, mais aussi de ses profondes fractures. Dans ce bouleversement, les grilles de lecture les plus solides, les logiciels les plus pointus, méritent d’être revisités. Qui peut dire qu’il a réponse à tout ?
C’est pourquoi je considère que le plus urgent et le plus utile, pour un parti comme le nôtre, pour le militant et le responsable que je suis, c’est de se tourner vers la société, les citoyens, les forces vives de ce pays : partis, syndicats, associations, Églises, élus, médias, intellectuels.
Par millions, des citoyens ont dit : « unité pour vivre ensemble, pour vivre mieux ». Eh bien construisons le « vivre ensemble », le « vivre mieux », pour faire société ensemble !
Vers quelle société, quel monde désormais avancer, pour vivre demain, tous ensemble, ici, en France et partout ailleurs ? Parlons-en ensemble, échangeons, confrontons sans tabou, sans esprit de récupération.
J’ai dit qu’il était pour moi naturel de commencer ce cycle d’échanges et de rencontres à Marseille. C’est naturel parce qu‘ici, les forces qui contestent l’ancien monde sont fortes, debout, combatives, populaires. Marseille, belle et rebelle, belle parce que rebelle.
C’est naturel aussi parce qu’ici, dans cette ville colorée, bruyante, vibrante, les valeurs de fraternité, de solidarité disputent le terrain aux fractures, aux violences qui accompagnent les inégalités, les injustices, les exclusions.
C’est naturel aussi parce qu‘ici, regardant d’où on vient droit dans les yeux, on n’hésite pas devant le nouveau, l’invention, la création. On n’hésite pas devant la diversité, les mélanges. Je veux parler de la ville qui bouge, de la ville audacieuse. Et je veux parler de ces salariés qui non seulement contestent la dictature des groupes multinationaux les plus puissants, mais qui leur font mettre genoux à terre par leur détermination, et aussi leur capacité d’inaugurer de nouvelles voies pour le travail, pour l’entreprise. Je veux parler des Fralibs, des marins de la SNCM et de tant d’autres ici qui symbolisent si bien cet esprit créatif et déterminé de la classe ouvrière.
Alors oui, « plus belle la vie », « plus belles les luttes », plus belles les inventions de nouveaux chemins d’avenir ! Ce sont les vœux que je vous adresse pour 2015.
À la suite des événements dramatiques, le gouvernement a annoncé de premières mesures. Elles concernent principalement la sécurité et l’école. Je veux d’abord dire que même si je ne partage pas, sur le fond comme sur la forme, l’essentiel de ces annonces du Président de la République et du gouvernement, je ne les confonds pas avec les mesures inadmissibles proposées par la droite et les propos irresponsables de ses leaders.
Et bien évidemment par l’extrême droite lepéniste. Père, fille, petite-fille et entourage, ont par leurs attitudes, leurs saillies grossières, leurs provocations ignobles, prouvé une fois de plus que le clan Le Pen et leur parti campent très en dehors du panorama républicain.
Mais en matière de provocation la droite n’est pas en reste. Éric Ciotti, réclamant la suppression des allocations familiales pour les parents des élèves ayant refusé la minute de silence. Nicolas Sarkozy déclarant que « des terroristes djihadistes ont décidé de mener une guerre de civilisation contre notre façon de vivre » et demandant qu’on mette fin à une politique de « désarmement pénal ». Autant de délires sécuritaires qui peuvent mettre à mal les fondements et l’unité de notre société, et qu’il faut combattre comme tels.
C’est pourquoi je tiens à redire, à l’adresse du gouvernement et de la majorité socialiste, qu’il convient de chercher des solutions qui tournent résolument le dos à ces tentations démagogiques dangereuses. Notre peuple n’a rien à attendre de bon, et surtout pas sa sécurité, des postures autoritaires, des airs martiaux, des moulinets de bâton et des coups de menton. Il n’a rien à attendre de bon des petites phrases qui insultent, accusent, discriminent, blessent. Des gouvernants, des responsables politiques, des élus, les citoyens attendent de la responsabilité, pas des postures.
C’est aussi ce qu’ils attendent des médias et des journalistes. Et c’est hélas loin d’être toujours le cas. Ainsi, nous sommes en droit de nous poser la question de la signification de l’invitation à la matinale de France Inter de Philippe Tesson, chroniqueur au journal Le Point, après ses déclarations peu ragoutantes selon lesquelles « ce sont les musulmans qui amènent la merde en France ». Qu’espérait France Inter en lui tendant le micro ? Qu’il allait battre sa coulpe et déclarer qu’il s’excusait de ses propos islamophobes? Qu’il avait compris combien, au cœur du climat de stupeur et d’horreur des attentats contre Charlie Hebdo et de la tuerie de l’Hyper Casher de la Porte de Vincennes, ces déclarations étaient déplacées, irresponsables, inadmissibles ? Que ce micro tendu, allait nourrir le débat public nécessaire au lendemain de ces événements tragiques et de la grande mobilisation populaire du 11 janvier ? Ou bien alors (mais je n’ose le penser), la station France Inter a-t-elle pensé qu’on pouvait étaler les convictions nauséabondes de Philippe Tesson sous une forme un peu plus policée, un peu plus acceptable sous la caution du service public ?
La station France Inter a le droit d’inviter qui elle veut. Chacun sait que je suis journaliste de métier et de passion, que je défendrai toujours la liberté d’expression, la liberté d’exercer cette fabuleuse mission. Mais j’ai aussi le droit de dire avec tristesse que là, sur ce coup, France Inter n’a pas rendu honneur à ce métier.
Et plus généralement, j’ai le droit de dire combien il est insupportable que des médias, y compris publics, qui n’ont de cesse de se poser en défenseurs de la liberté d’expression, considèrent que le Parti communiste et son secrétaire national n’ont rien à dire, aucune place à prendre dans le débat national et sont, dans les faits, interdits d’antenne et d’ondes depuis le 7 janvier.
Oui il faut être responsable, toujours, mais surtout dans les moments graves de notre histoire. Sont-ils vraiment responsables les propos de la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem quand elle déclare qu’il y a de la part d’élèves des « questions inadmissibles », et que chaque attitude marquant un manquement aux valeurs de la République devra être signalé. Non ce n’est pas ainsi, par la menace, par la mise à l’index, par l’affrontement qu’on traitera ce problème. On parle d’enfants, on parle d’adolescents.
Je veux plutôt écouter ce qu’en disent les enseignants, les pédagogues.
Une enseignante dans une zone difficile dit ainsi sur son blog à propos de ses élèves : « Écoutons-les. Que nous disent-ils d’eux, de notre société, de nous ? Ces élèves tâtonnent. Questionnent. Répètent. Provoquent. Essaient d’interpréter à partir des seuls cadres de pensée dont ils disposent. Ce sont des adolescents qui sont en train de se former. Àles contrer en ridiculisant leurs vues que nous jugeons étriquées, passéistes et dangereuses, nous perdrons à chaque fois. Ce sont des ados et nous sommes des adultes. Écoutons-les avant de les qualifier de graine d’islamistes »…
Parlant des annonces de François Hollande et de la ministre de l’Éducation nationale concernant l’école, Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, la première organisation syndicale des enseignants, considère que « aucune mesure ne peut nous heurter, mais aucune n’est vraiment nouvelle, le nouveau souffle n’est pas pour demain. »
Le courage politique est de dire que des mesures urgentes ne servent à rien et procèdent de ce que les éditorialistes appellent de la « gesticulation » pour reprendre les termes du pédagogue Philippe Watrelot. Le temps de l’éducation n’est pas celui du politique. Reconnaissons-le et laissons du temps pour construire des réponses sur le long terme plutôt que des mesures immédiates faites avant tout pour rassurer ce que l’on croit être l’opinion. Les règles de vie dans les classes, les rituels ? La réflexion sur l’autorité ? Les règles de la laïcité ? Et même… La Marseillaise ? Tout cela existe déjà ! Dans les textes et dans les pratiques.
Il n’y a pas besoin de textes pétris de bonnes intentions : donnez-leur des médecins scolaires, des assistantes sociales, des conseillers d’orientation, des assistants d’éducation, des éducateurs, des profs payés et traités correctement. Donnez des heures pour aider à réfléchir, interroger et comprendre le monde dans lequel nos élèves vivent et auquel ils sont amenés à prendre part. Tout simplement.
Oui les enseignants sont bien en première ligne de cette lutte pour le vivre ensemble, ce sont eux les héros de la République pour reprendre l’expression employée par le maire communiste de Grigny, mon ami Philippe Rio, lors d’une rencontre la semaine dernière.
L‘école de la République, c’est une école d’où plus aucun jeune ne sorte sur un échec, qui construit le même droit à l’éducation pour tous, quelle que soit sa commune. L’école de la République, c’est celle où chaque jeune reçoit une éducation. Et il en sort, en fonction de ses goûts, de son talent, de ses capacités, avec un diplôme qui lui assure une bonne entrée dans la vie d’adulte, dans la vie active, dans la vie citoyenne. L’école de la République, c’est celle qui découvre et pousse les meilleurs talents par la réussite de tous. L’école de la République, c’est celle qui fait sa place à l’esprit critique et à la culture du débat.
Nous voulons mener cette lutte pour le vivre ensemble, pour faire société ensemble, au côté des enseignants, par les moyens humains, par le libre débat, par l’intelligence et la raison.
Non nous ne sommes pas en guerre, non aucune restriction des libertés ne nous mettra à l’abri des actes terroristes, bien au contraire. Et je l’affirme ici puisque de Marseille aussi, hélas, sont proférées quelques énormités : nous ne vivrons pas mieux ensemble et en sécurité si c’est l’armée qui investit nos cités et nos quartiers. Nous avons des lois, nous avons une Justice, nous avons les moyens législatifs pour rechercher, contrôler, punir les délinquants et les terroristes.
Et chacun sait combien ce qui manque : ce sont les moyens humains sacrifiés sur l’autel de l’austérité, pour l’école, mais aussi pour la Justice, pour la police, notamment pour ce qui concerne la prévention de la jeunesse.
Depuis les drames de ce début janvier, on entend parler, police, on entend parler Justice, on entend parler école. C’est à dire qu’on entend parler services publics. Des services publics qui font, eux aussi, le ciment de notre République. Des services publics aujourd’hui menacés de mort par ces politiques d’austérité. Les valeurs de la République, c’est donner un nouvel élan aux services publics, renforcer leur efficacité, étendre leurs champs d’action.
C’est pourquoi, plus de fraternité, plus de solidarité, plus d’égalité, plus de liberté, pour nous, ça veut aussi dire : pas d’austérité !
C’est exactement le contraire de ce qui guide la rédaction de la loi Macron !
Cette loi, fourre-tout ultralibéral, additionne dans les secteurs du transport, du commerce, du droit social, tous les vieux poncifs de la déréglementation. C’est une loi de démantèlement du droit social, du Code du travail. Les mesures qu’elle contient sont dangereuses sur le plan social et n’apporteront rien sur le plan de l’emploi. Elles menacent le développement du transport ferroviaire au profit du privé et de la route, ce qui tourne le dos au bon sens environnemental. Elles accélèrent les privatisations. C’est une loi taillée sur mesure pour le Medef, pour les marchés financiers, une loi, comme le dit l’économiste Jean-Marie Harribey dans l’Huma Dimanche, qui « s’inscrit dans une vision économique dépassée.»
Je ne veux pas m’étendre plus longuement sur le contenu de cette loi et je vous renvoie à l’excellent décryptage qu’en fait le supplément exceptionnel de l’Huma Dimanche illustré par les caricatures de Charb.
Je me réjouis de la mobilisation sociale, des initiatives intersyndicales, qui ont commencé aujourd’hui contre la loi Macron. Nous avons besoin d’un grand mouvement des salariés pour mettre cette loi en échec. Et j’en appelle à toute la gauche : un coup d’arrêt à la loi Macron serait un signal fort pour dire le besoin d’un autre cap politique pour la gauche entière. La discussion parlementaire sera donc un rendez-vous important pour tous ceux qui, à gauche, refusent la logique économique du gouvernement. Conjointement à la victoire de Syriza hier, la mise en échec de la loi Macron sera un outil fort pour imposer une réorientation anti-austéritaire de l’Union Européenne.
Oui ! Nous sommes à un moment où bien des cartes peuvent être rebattues.
Mais il faut que le peuple garde la parole. Les 10 et 11 janvier, ils étaient quatre millions dans les rues. Pour marquer leur attachement aux valeurs les plus riches de notre société. Pour dire, malgré la sidération, malgré les craintes, malgré la peur, que l’on est debout, qu’on n’accepte pas la violence, la haine, cette mise en cause du vivre ensemble. Quatre millions de nos concitoyens ont éprouvé le besoin, l’envie, comme une évidence de dire : pas sans nous ! On ne veut pas regarder les choses se faire sans nous ! C’est notre affaire ! Nous avons notre mot à dire, nous pouvons agir.
Il y a là une énergie considérable et, je l’ai dit, nous ne voulons pas laisser se briser, ni même se diluer cet élan populaire. Il faut au contraire, c’est notre objectif, le nourrir, le pérenniser, le renforcer.
Nous y appelons par la lutte et le rassemblement, dans les entreprises, le pays et le Parlement, pour mettre en échec la loi Macron et porter un coup, ici et avec d’autres en Europe, aux politiques de régression et d’austérité. Nous voulons le nourrir par le débat avec les forces vives de la société.
Et nous voulons le nourrir en mars, avec les élections départementales.
Car là en est l’enjeu essentiel : est-ce que ceux qui se sont exprimés – et avec quelle force – en janvier, vont se retrouver sans voix en mars ? Est-ce qu’ils vont se laisser dessaisir de leur parole, de ce qu’ils ont sur le cœur et dans leur raison ?
Est-ce qu’ils vont laisser, par leur abstention, la place aux provocations de la droite ? Est-ce qu’ils vont céder le terrain à Marine Le Pen qui s’est mise hors-jeu de l’élan populaire ? Est-ce pour ce résultat qu’on est sorti dans la rue les 10 et 11 janvier ?
Je lance cet appel : vous avez pris la parole en janvier dans la rue, ne vous la laissez pas confisquer, gardez la parole en mars, votez ! Oui votez parce que ces élections sont importantes pour votre vie quotidienne, pour sauvegarder et développer les services publics de vos départements. Oui votez pour que le vivre ensemble l’emporte sur la haine et les déchirements. Oui votez pour barrer la route au Front national qui n’est fort que lorsque vous êtes sans voix. Oui votez pour conserver l’élan populaire des 10 et 11 janvier. Oui votez pour construire et donner de la force avec le Front de gauche à un nouveau rassemblement à gauche à vocation majoritaire.
Et nous communistes, nous allons dans chacun des cantons, mettre à la disposition de cet élan des candidates et des candidats, des communistes, des militantes et des militants du Front de gauche, des écologistes ou des hommes et des femmes de gauche qui s’inscrivent dans cet élan, des militantes et militants du mouvement social et associatif, des citoyennes et des citoyens qui veulent en être. Il n’est pas trop tard pour décider, là où ce n’est pas fait, ces femmes et ces hommes à s’y inscrire.
Nous n’acceptons pas l’idée que les jeux sont faits, que la droite aurait gagné déjà, que le parti des Le Pen s’installerait au cœur du paysage, et qu’il n’y aurait plus rien à faire. Nous ne l’acceptons pas parce que ce serait passer à côté et même tourner le dos aux exigences populaires, manquer un rendez-vous essentiel.
Vous pouvez avec confiance vous tourner vers les salariés, les habitants de vos cités et de vos quartiers, de vos villes, vous pouvez vous tourner vers les jeunes et leur dire qu’ils peuvent compter sur le Parti communiste : agir, débattre, réfléchir ensemble, voter, inventer… Aux fractures de la société, aux misères d’un autre âge, aux déchirures du monde, nous voulons répondre, selon l’expression du poète René Char, par « une salve d’avenir ».
***
Discours de Pierre Laurent à Marseille (26 janvier 2015)
Discours de Pierre Laurent à Marseille (26 janvier 2015)
Discours de Pierre Laurent à Marseille (26 janvier 2015)
Tag(s) : #Politique