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Dieudonné, l'autre Le Pen !

«Pour moi, catholique, juif, musulman, ça n’existe pas. Pour moi, il y a l’humanité, une et indivisible, et je refuse de voir dans le regard de l’autre autre chose qu’un humain. »

Ces paroles sont de Dieudonné, prononcées sur le plateau de Tout le monde en parle, en 2002. Le discours de celui qui n’était à l’époque rien d’autre qu’un humoriste était alors très proche de celui des pancartes fraternelles brandies le dimanche 11 janvier par les manifestants à la suite des attentats en France : « Je suis Charlie, je suis flic, je suis juif, je suis musulman, je suis… »

Oui mais voilà, depuis 2002 – et cela avait même commencé avant –, Dieudonné M’bala M’bala a lentement cessé de tenir des discours progressistes, jusqu’à s’enfermer dans l’exact opposé. Sa spécialité est aujourd’hui celle du clivage, du propos nauséabond et sous-jacent. À la différence de Charlie Hebdo, il n’a pas su rester dans l’art de la satire, du politiquement incorrect et de l’outrance sans haine. Il est tombé dans l’instrumentalisation, la malhonnêteté, la perfidie, le flou fascisant, la théorie du complot. Et puis, enfin, le culte et le business pur et dur autour de sa personne. Toujours sous la couverture bien pratique de l’humour, pour brouiller les pistes, alors que l’humour n’était plus le but.

Dimanche 11 janvier, alors que des millions de Français se retrouvaient historiquement pour rejeter la haine et prôner le vivre-ensemble, Dieudonné n’a rien trouvé de mieux à écrire, pour attirer une fois de plus la lumière sur lui, que ce détestable : « Je me sens Charlie Coulibaly. »

Exposer sa proximité avec un « tueur de juifs »

Son but était-il de signifier que la France, dans cette histoire, est à la fois la victime et le bourreau ? Que la France doit aussi bien pleurer les victimes que les assassins, car Amédy Coulibaly était un enfant de la République, et qu’il faut trouver ensemble les solutions pour que plus jamais l’un des nôtres n’embrasse la cause du terrorisme ?

Hélas, non. Il s’agit une fois de plus, en surfant sur les thèmes de la conspiration, d’exposer sa proximité avec un « tueur de juifs ». Et c’est pour apologie du terrorisme que Dieudonné, à la suite de ce message, a été placé, mercredi matin, en garde à vue, et sera prochainement jugé en correctionnelle. Car, enfin, s’il peut être regrettable que les terroristes n’aient pas pu être maîtrisés et jugés, faut-il forcément y voir qu’une consigne a été donnée aux forces de l’ordre pour étouffer l’affaire ? Certains de ses partisans le prétendent, pour défendre Dieudonné, tout en faisant, comme lui, de Coulibaly, un martyr plutôt qu’un assassin.

Un jeu pervers de nuances, de remises en cause faussement critiques et sciemment manipulatrices qui font tout l’attrait, chez ceux qui tombent dans le panneau, des Dieudonné, Soral et consorts. En 2008, Dieudonné officialise son virage en choisissant Jean-Marie Le Pen comme parrain de sa fille. Il fonde, en 2014, le parti Réconciliation nationale avec Alain Soral, ancien du FN, avec lequel il s’entend pour souffler violemment sur les braises de l’antisémitisme. N’a-t-il pas dit : « Entre les juifs et les nazis, je suis neutre dans cette histoire. » C’était pour rire ? Et quand il déclare très sérieusement, en interview sur la chaîne iranienne Sahar, que « le sionisme a tué le Christ », il rit toujours ? À bien y regarder, par les thématiques développées, et l’analyse de son entourage, Dieudonné fait aujourd’hui la jonction entre les antisémitismes : de l’extrême droite, de Serge Ayoub, des extrémistes chrétiens, des révisionnistes comme Robert Faurisson, du Front national, des extrémistes musulmans, de Kémi Séba, des complotistes, de tous ceux aussi qui font l’amalgame entre politique israélienne, foi israélite ou simple appartenance agnostique au peuple juif jusqu’à la haine aveugle, et, enfin, des terroristes qui ont endeuillé la France la semaine passée.

Nul doute, pourtant, que Dieudonné et Jean-Marie Le Pen ne risquent pas de s’entendre sur l’islam, le président d’honneur du Front national profitant des meurtres à Charlie Hebdo pour favoriser les amalgames en déclarant : « Je suis Charlie Martel. » Comment Dieudonné, qui dit n’avoir rien contre l’immigration, et les Le Pen qui en font la cause de tous les maux de la France vont-ils pouvoir continuer à s’entendre ? Le Front national va-t-il devoir se « désolidariser », puisque c’est un mot à la mode, d’un Dieudonné qui se revendique d’Amédy Coulibaly et dénonce l’islamophobie, pourtant premier cheval de bataille de l’extrême droite aujourd’hui ?

Il faut croire, une fois n’est pas coutume, que Dieudonné et Jean-Marie Le Pen se concentrent davantage sur ce qui les unit que sur ce qui les oppose. Il faut croire que, malgré des différences en apparence irréconciliables, leur goût du chef totémique, de la petite phrase médiocre pour se faire une place dans les médias, des condamnations devant la justice à répétition, de l’enrichissement financier personnel et, enfin et surtout, du clivage pour monter les Français les uns contre les autres, leur permet de s’apprécier plutôt que de se détester. Il faut croire que, quand ils se regardent, Dieudonné et Le Pen refusent « de voir dans le regard de l’autre autre chose qu’un humain ». Ils y voient un alter ego qui vend la même soupe à deux clientèles différentes. Le 11 janvier a montré que les Français entendent bien leur damer le pion, quelles que soient leurs préférences politiques et religieuses, en évitant les écueils de la division, autour de la fraternité, de la République et du vivre-ensemble.

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://www.humanite.fr/dieudonne-lautre-le-pen-562921

Dieudonné, l'autre Le Pen !
Tag(s) : #Politique