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Lima "Tous les pays ne sont pas encore prêts à intégrer le droit des femmes dans le futur accord"


Alors que le réchauffement climatique met en relief les inégalités, le droit des femmes doit être une composante du futur grand accord, estime Carmen Capriles, féministe bolivienne et représentante du groupe Femmes et genres à Lima.

Envoyée spéciale, Lima
Constitué au fil des vingt dernières années, le groupes Femmes et genres compte au nombre des grands acteurs non-étatiques (1) reconnus par l’ONU dans le cadre des négociations climatiques. A ce titre, il dispose d’un droit d’intervention, limité, toutefois, à son statut d’observateur. Sa représentante à Lima, Carmen Capriles, féministe et écologiste bolivienne, explique pourquoi il est essentiel que le futur accord intègre des éléments sur le droit des femmes.

Quel rapport entre les femmes et le réchauffement climatique ?
Carmen Capriles. Le changement climatique rend plus visible les inégalités. Or, il existe toujours une grande différence de droits entre les femmes et les hommes… et nous savons que les plus pauvres sont les femmes. Aujourd’hui, elles ne sont plus uniquement confrontées aux désavantages économiques ou sociaux, mais aussi aux conséquences du changement climatique.

C’est un facteur aggravant de ces inégalités ?
Carmen Capriles. Il ne les aggrave pas forcément - même si cela arrive. Mais ses effets sont souvent différents pour les femmes et pour les hommes. Pas toujours pires, mais différents. Nous constatons par exemple, que dans certains pays, ce sont les hommes qui migrent vers les villes, tandis que les femmes restent au village. Cela provoque une féminisation des aires rurales. Ce sont elles qui, au bout du compte, doivent gérer les bouleversements qui affectent les productions et les cultures. Nous ne disposons pas de données nous permettant de mesurer précisément ce phénomène. Mais nous savons qu’il va grandissant.
Par ailleurs, les changements climatiques, ou plus largement les catastrophes naturelles, mettent en relief les inégalités de droits. Dans certaines régions, pour des raisons culturelles, les femmes n’ont pas le droit d’apprendre à nager. En cas d’inondations ou de tsunami, elles ont tout simplement moins de chance de survivre…

Elles sont aussi des actrices singulières de la bataille contre le réchauffement…
Carmen Capriles. Oui. Un très large pourcentage de femmes sont de petites agricultrices et gèrent des exploitations familiales. Comme je l’ai dit, cela peut les rendre vulnérables. Mais à l’heure où nous parlons, elles ont commencé à transformer leur mode de production, à s’adapter au décalage des récoltes, par exemple, ou à expérimenter de nouvelles variétés, mieux adaptées aux nouvelles réalités. Ces stratégies avancent au fur et à mesure et elles en sont l’un des moteurs.

Le futur accord sur le climat peut-il être un levier pour le droit de femmes… et réciproquement ?
Carmen Capriles. Nous espérons vivement qu’il réaffirme les droits humains, et plus particulièrement celui des femmes. Nous sommes encore en train de consulter les délégations de chaque pays pour finaliser le document que nous comptons soumettre aux représentants d’Etats, et je ne peux pas en donner de détails. Ce qui est sûr, c’est que certaines pays comprennent et soutiennent notre propos, et sont partisans d’inclure des décisions de ce type dans l’accord. D’autres, en revanche, ne les partagent pas. Soit par désintérêt, soit pour des raisons culturelles, ils ne sont pas prêts à inclure un chapitre sur le droit des femmes dans le futur texte.

Une grande marche des peuples est prévue mercredi 10 décembre à Lima. Vous en serez ?
Carmen Capriles. Oui, et nous appelons une nouvelle fois chacun à manifester, pas seulement à Lima mais un peu partout dans le monde. En septembre, à New York, un demi millions de personnes sont descendues dans la rue pour tirer vers le haut les ambitions de lutte contre le changement climatique. Nous n’en sommes plus seulement à parler du futur. Nous y sommes déjà confrontés. En outre, les populations sont mieux informées et ont plus d’accès aux données grâce à internet. Aujourd’hui, elles sont e mesure de demander un accord à Paris qui stoppe l’emballement climatique auquel nous sommes en train d’assister.

(1) Les autres groupes sont ceux des entreprises et du secteur privé, des agriculteurs, des syndicats, des ONG environnementales, des jeunes, des peuples autochtones et des gouvernements locaux unis.
Entretien réalisé par Marie-Noëlle Bertrand
Lundi, 8 Décembre, 2014
http://www.humanite.fr/

Lima "Tous les pays ne sont pas encore prêts à intégrer le droit des femmes dans le futur accord"
Tag(s) : #Société