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Belgique : Le gouvernement nous joue la casse sociale à la Thatcher... Pas question !

La coalition gouvernementale de droite, au pouvoir en Belgique, propose une quinzaine de mesures libérales qui touchent tous les secteurs de la société. De l’augmentation de l’âge de départ à la retraite à la privatisation des chemins de fer, en passant par l’attaque des droits syndicaux, l’augmentation des frais étudiants : il s’agit d’une véritable casse sociale organisée. l’unité des syndicats FgtB et csc, les propositions alternatives du parti du travail de Belgique (ptB) ont une répercussion sans précédent. la grève du 15 décembre s’annonce historique.
AFP

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL À ANVERS (BELGIQUE).Sous une pluie froide, au loin, les grues se dressent par centaines. À proximité des quais, un défilé de taches bleues, jaunes et rouges fleurissent. Ce sont les milliers de containers que l’on aperçoit en s’approchant des terminaux du port d’Anvers, situé à l’est de la ville, sur l’estuaire de l’Escaut et la mer du Nord. Les dockers constituent toujours une des principales forces de travail de cette municipalité flamande à la frontière néerlandaise.Chez les dockers, la colère est largement palpable contre le projet de réformer leur statut imposé par le gouvernement belge et la Commission européenne. « La libéralisation, la compétitivité, la productivité, les privatisations : ils n’ont que ces mots à la bouche. Ils veulent faire disparaître notre statut pour que n’importe qui puisse charger et décharger les marchandises pour des salaires dérisoires de 1 000 euros », condamne Jan, un d’eux. Depuis son entrée en fonction, en octobre dernier, la coalition dirigée par le libéral Charles Michel, du Mouvement réformateur (MR, centre droit), a vu sa cote de popularité chuter à 20 % d’opinion favorable. Le premier ministre et son gouvernement, qui comprend les chrétiensdémocrates flamands (CD&V), les libéraux de l’Open VLD (libéraux et démocrates flamands) et les nationalistes flamands du N-VA (Alliance néoflamande, extrême droite), veulent imposer un arsenal de mesures ultralibérales. « Ils nous préparent à un esclavage moderne », proteste Ivan Heyligen, qui travaille au port depuis 2008, comme homme de pont. « En gros, j’assure la coordination entre les hommes dans les cales des navires et les grutiers. »

TRAITÉS DE « HOOLIGANS »

La quarantaine passée, la casquette vissée sur la tête, le badge du PTB épinglé sur la veste, cet ancien conducteur de bus qui annonce lire en ce moment « le bouquin de Thomas Piketty » est « fier d’être docker ». Très vite, Ivan Heyligen s’emporte « contre les médias qui nous renvoient la responsabilité des afbruno frontements avec la police et nous font passer pour des hooligans et des racistes ». En marge de la manifestation historique du 6 novembre à Bruxelles, qui avait réuni 120 000 personnes, des incidents avaient éclaté et dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre. Nombre d’entre eux, emmitouflés dans leur parka orange et bleue, rappellent fièrement la lutte victorieuse de 2006 à Strasbourg contre le plan de libéralisation du secteur portuaire à l’échelle européenne. « Aujourd’hui, rappelle l’un des dirigeants syndicaux, Michel Claes, d’ACV-Transcom, on est présenté comme des voyous. Mais qui passe en force ? Qui appauvrit encore davantage la population ? Qui se fait élire sur un programme et en applique un autre, une fois au pouvoir ? » Heureusement, la plupart des habitants d’Anvers soutiennent les travailleurs portuaires. Et la grève tournante qui a eu lieu le 24 novembre a démontré une vraie solidarité à leur égard. « Spontanément, de nombreuses personnes sont venues par solidarité sur nos piquets, même l’artiste et le poète, qui ont passé une partie de la journée avec nous ! » raconte Ivan Heyligen. Cette solidarité est s’inscrite en réponse à la violence des mesures gouvernementales : âge de départ à la retraite à 67 ans, privatisation des chemins de fer (SNCB), coupes budgétaires accrues, droits syndicaux attaqués. « Nous sommes face à un gouvernement qui entend passer en force et mettre fin à l’État providence. On traverse une période comparable à celle vécue en Grande- Bretagne, à l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, lors de son bras de fer avec les mineurs, à l’hiver 1984 », analyse le comédien et humoriste Nigel Williams. Les dockers et les cheminots en Belgique demeurent l’une des principales forces syndicales. En les brisant, le gouvernement pourra facilement attaquer l’ensemble des droits sociaux et démocratiques, comme le droit de grève et de manifester. « Cette volonté de stigmatiser les dockers, les cheminots, c’est pour les isoler du reste du mouvement social. Le gouvernement craint ces deux secteurs, car leur participation à une grève est stratégique. Forcément, quand on bloque un port, notamment le deuxième d’Europe, ça se voit », affirme Michel Claes, d’ACV-Transcom.

LA STRATÉGIE DU CHOC

À Berchem, dans un quartier populaire du sud d’Anvers, les cheminots sont tout autant remontés. Dans le café Nieuwen Noek, la conversation porte sur la stratégie du gouvernement belge. « Les ministres ont un jeu bien établi. Certains annoncent des mesures ultralibérales qui vont choquer et les autres vont désamorcer en affirmant que ce n’est pas le projet. Au final, ils préparent l’opinion publique pour passer en force, au mépris des travailleurs et des syndicats », estime Willy Verbeek, entré à la SNCB (Société nationale des chemins de fer belge) au début des années 2000. Ancien ouvrier de chez LU, il s’est déjà battu en 2005 contre la scission des compagnies de chemin de fer historiques entre Infrabel (gestionnaire de l’infrastructure) et la SNCB. « C’est tout le modèle social qu’il faut défendre aujourd’hui. En attaquant les services publics, c’est un projet de société que les gouvernements mettent en place. Le socialisme pour les riches et le capitalisme pour les autres », dénonce son collègue, Wouter Gysen. À la SNCB, un préavis de grève débutant le 16 décembre a déjà été déposé. Ce n’est pas étonnant pour ce jeune père, la mobilisation gagne des employés qui n’ont jamais fait grève ou participé à une quelconque action. « Cela montre bien que, si de gros progrès ne sont pas proposés par le gouvernement, le mouvement ne s’arrêtera pas. Les gens en ont marre d’être traités de privilégiés par des nantis. » Une situation qui porte préjudice au N-VA qui a réussi à s’imposer comme le Front national en défenseur des classes populaires. Mais ses prises de position en faveur des patrons au sein du gouvernement sont en total décalage avec son programme et suscite l’incompréhension chez ses électeurs.

LES ÉTUDIANTS DANS LA DANSE

Au fur et à mesure que le 15 décembre approche, les mobilisations s’enracinent dans toutes les couches de la société. L’impact médiatique d’un mouvement citoyen comme Hart Boven Hard, qui regroupe artistes et associations culturelles, est révélateur d’une lutte historique. L’unité dégagée au sein des deux grands syndicats – FGBT et CSC –, la participation de l’ensemble des secteurs privés et publics, une opinion publique qui soutient les piquets de grève : la Belgique revivrait-elle les grandes grèves de 1961 ? « La question se pose. Toutes les couches de la société y participent, aussi bien en Wallonie qu’en Flandre. Les gens prennent conscience qu’après six années de mesures libérales imposées comme seule possibilité de sortir de la crise, elles n’ont rien arrangé, bien au contraire », juge Ward Conenegrachts, du PTB d’Anvers. Même les étudiants ont rejoint le mouvement devant l’ampleur de l’augmentation des frais d’inscription (hausse du prix du minerval – droit inscription dans les grandes écoles). « Tous les pans de la société sont attaqués. Pourquoi les étudiants devraient rester en dehors d’un combat pour l’avenir de notre pays ? Ces attaques sociales sans précédent depuis trente ans méritent que toutes les forces se mobilisent », explique Nele Van Parys.
VADIM KAMENKA
Vendredi, 12 Décembre, 2014
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anite.fr/

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Tag(s) : #Europe