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SNCM. Après l’enfumage, le sabordage

Transdev exige le remboursement anticipé de 117 millions d’euros de prêt. L’actionnaire donne ainsi un aller simple à la compagnie maritime pour le redressement judiciaire dès lundi.

Transdev est allé au bout de sa volonté affichée depuis des mois, mais qui s’est précisée dans les derniers jours, d’emmener 2.000 emplois directs vers la déroute. La direction de l’actionnaire majoritaire a exigé hier lors d’un conseil de surveillance convoqué en extrême urgence à Paris à la demande des syndicats et du CE le remboursement anticipé de ses prêts d’actionnaire. Incapable d’honorer cette créance, Olivier Dhiel, le directeur de la compagnie maritime, se présentera lundi 3 novembre devant le tribunal de commerce. De quoi provoquer le dépôt de bilan et une mise en redressement judiciaire en début de semaine.

« Les actionnaires Veolia et Transdev placent délibérément leur filiale en cessation de paiement organisée alors que la SNCM dispose actuellement de 35 millions d’euros disponibles en banque et possède un actif naval évalué à 220 millions d’euros » réagissent les représentants de la CFE-CGC. Une décision prise en effet en toute connaissance des risques encourus et mis en évidence lors de la réunion en Préfecture du 28 octobre. En bout de course, la liquidation de l’entreprise est à craindre, de même que la non transmissibilité de la DSP est de plus en plus probable, selon l’Union européenne. De quoi mettre totalement à bas les plans d’avenir dressés par la nouvelle direction.

Cap sur l’écueil

Puisque les actionnaires sont restés campés sur cette pétition de principe et que l’État reste sourd aux attentes des salariés, on se demande pourquoi autant de temps perdu à faire semblant de négocier et à quoi pourra servir la réunion du 18 novembre en préfecture avec le médiateur Gilles Bélier ? D’autant que l’homme mis en place par le gouvernement a fait le constat de l’échec de sa mission, comprenant que les décisions étaient déjà prises par les actionnaires Transdev et l’État lui-même. Des acteurs décisionnaires qui n’ont pas dénié ouvrir le dossier des propositions dans le sens de la continuité tendu par les syndicats.

Cette solution, contrairement à sa justification par Transdev, n’écarte aucunement le risque des condamnations européennes. C’est donc bien sur « un toboggan vers la liquidation judiciaire », selon l’expression de la CFE-CGC, que les actionnaire font glisser la société. Et, poussant les salariés au conflit social (car le financement du volet social n’est pas garanti) il leur sera alors facile de les accuser, à la suite de Paul Giacobbi, le Président réjoui de l’exécutif de Corse, d’avoir « ruiné l’entreprise ». L’enfumage sera de mise jusqu’au bout dans cette course à la dérive. Un CE est convoqué lundi matin.

Myriam Guillaume (La Marseillaise, le 1er novembre 2014)

Le feu aux poudres

Les élus communistes et le Président PS de la Région Paca réagissent vivement à cette annonce qui met la SNCM, Marseille et la Corse à sac.

« Ce procédé intervient après des années de gouvernance défaillante en particulier de la part de Veolia », indique Michel Vauzelle, Président de la Région Paca qui considère que « les 2.000 salariés de la SNCM ne peuvent pas être tenus pour responsables des difficultés actuelles. Il en est de même des décisions de justice européenne qui menacent gravement l’entreprise.» Et demande « que les actionnaires publics de la compagnie, État et Caisse des Dépôts, prennent toutes leurs responsabilités. Au-delà de la mission de médiation qui se trouve aujourd’hui sans objet, il faut prendre le temps de rechercher une solution stable et pérenne. Marseille et son port ne peuvent pas subir une nouvelle crise sociale qui affecterait des dizaines d’entreprises sous-traitantes et des milliers de familles ».

Pierre Dharréville, Secrétaires départemental du PCF 13 et Michel Stéfani, responsable du PCF de Corse accusent : « La parole publique a été trahie, les engagements pris devant les salariés et la population ont été reniés. Cela démontre que le pouvoir s’exerce désormais au service d’intérêts privés et financiers. L’État a tous les leviers entre les mains. Il appartient au gouvernement de prolonger la mission Bélier sur les quatre thèmes retenus au mois de juillet et de l’élargir à la question du capital en vue de régulariser la participation de la Caisse des Dépôts et Consignations. De telles décisions provoquent déjà une immense révolte et appellent à de grandes mobilisations populaires. »

La Marseillaise, le 1er novembre 2014

A savoir

3,2 milliards d’euros pour le renouvellement du contrat de la DSP pour gérer l’eau potable et l’assainissement ont été attribué à Veolia par MPM il y a un an. C’est sans compter les marchés conclus avec la Ville de Marseille. Les politiques n’ont pas la main ?

Le coup de grâce peut être évité. « Ce meurtre prémédité a des complices de choix : Messieurs Hollande, Valls et Vidalies (…) puisque ce sont ouvertement eux qui désormais tuent l’emploi dans le pays et fabriquent du chômage » réagit l’élu PCF Jean-Marc Coppola.

Grande braderie chez Transdev. « Cette recherche de solution via le RJ doit permettre qu’un appel d’offres soit conduit par le Tribunal, qu’un repreneur, qui devra être agréé par la Collectivité territoriale de Corse, soit identifié, et qu’un accord soit trouvé avec la Commission européenne. »

SNCM : Après l’enfumage, le sabordage ! (PCF)
Tag(s) : #Economie