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Pierre Laurent. « Les Kurdes sont pris entre deux feux »

Le Secrétaire national du PCF et président du Parti de la gauche européenne s’est rendu dans les camps de réfugiés du Kurdistan turc et a rencontré les combattants de Kobané à la frontière.

La Marseillaise. Quel était le sens de votre visite au Kurdistan turc et de votre rencontre avec les combattants de Kobanê ?

Pierre Laurent. Elle a deux objectifs. Premièrement, affirmer notre solidarité politique avec les combattants kurdes de Kobanê qui résistent à l’État islamique et se battent pour rendre sa liberté à la ville et à la région du Rojava, constituée par les cantons libres du Kurdistan syrien. Nous nous sommes rendus dans la ville de Suruç qui est située face à Kobanê du côté turc de la frontière pour les rencontrer. Deuxièmement, aller dans les camps qui accueillent des dizaines de milliers de réfugiés, pas seulement kurdes, qui ont fuit l’Irak et la Syrie.

La Marseillaise. Quel est votre sentiment sur leur situation ?

Pierre Laurent. Seules les municipalités BDP [Parti pour la paix et la démocratie, ndlr] du Kurdistan turc organisent la solidarité avec ces réfugiés. Je suis impressionné et admiratif devant le courage de l’ensemble des populations kurdes de la région et de leurs dirigeants qui font face aux ravages produits par l’agression de l’État islamique et en même temps à la répression du régime d’Erdogan. Les Kurdes sont pris entre deux feux mais continuent à construire les conditions d’une vie digne dans la région. Les municipalités kurdes garantissent aux réfugiés des tentes, l’accès à l’eau et à l’électricité mais la situation est extrêmement précaire. Les camps manquent de tout : aide médicale, aide alimentaire, produits d’hygiène, matériel éducatif pour les enfants, vêtements pour l'hiver… Beaucoup de réfugiés ont l’espoir de rentrer chez eux, singulièrement ceux qui ont fuit Kobanê. Mais d’autres, à l’image des Kurdes irakiens issus de la minorité yézidie, ont été tellement traumatisés par les décapitations, les enlèvements de jeunes filles, les viols commis par Daesh, qu’ils refusent la perspective d’un retour en Irak.

La Marseillaise. Comment analysez-vous le rôle de la Turquie dans le conflit ?

Pierre Laurent. Nous avons pu voir de nos yeux le jeu trouble joué par le régime d’Erdogan. Il y a une absence totale de solidarité concrète avec les réfugiés et l’État turc multiplie les obstacles à l’ouverture d’un corridor pour acheminer l’aide humanitaire et militaire. Pourtant si Kobanê venait à tomber les conséquences seraient catastrophiques. La ville d’Afrin et ses 500.000 habitants seraient immédiatement menacés. La pression internationale doit s’exercer sur la Turquie pour que l’aide parvienne aux réfugiés et aux combattants kurdes mais aussi pour que les discussions de paix entre le régime d’Erdogan et le leader kurde Öcalan reprennent. C’est une revendication très forte des Kurdes pour installer leur processus d’autonomie démocratique.

La Marseillaise. Quel regard portez-vous sur l’action de la France dans ce dossier ?

Pierre Laurent. La France est au cœur de ces ambiguïtés. Elle a engagé ses forces dans l’intervention en Irak avec l’argument de combattre les terroristes islamistes mais elle n’est pas au côté des forces kurdes qui luttent en Syrie. La visite d’Erdogan à Paris suscite beaucoup d’interrogations. Le gouvernement français va-t-il fermement demander la levée des obstacles à l’aide aux combattants de Kobané ? Va-t-il agir pour qu’un soutien humanitaire international arrive aux réfugiés ? La France va-t-elle se prononcer enfin pour sortir le PKK de la liste européenne des organisations terroristes ? Il y a un paradoxe incroyable à prétendre lutter contre le terrorisme et à classer dans cette catégorie la seule organisation qui a été capable de stopper la progression de Daesh. Enfin, la France doit cesser la complaisance dont elle fait preuve avec les appuis politiques et les bailleurs de fonds des jihadistes qui sont très nombreux dans les pays de la région qui prétendent s’engager contre le terrorisme.

Propos recueillis par Léo Purguette (La Marseillaise, le 1er novembre 2014)

Pierre Laurent (PCF) : "Les Kurdes sont pris entre deux feux"
Tag(s) : #Politique