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Les vrais assistés au paradis fiscal

Dans l'Humanité Dimanche. Lire l'éditorial de Patrick Le Hyaric. Oui, le grand capital international s’est choisi M. Juncker à la tête de la Commission européenne car il sait qu’il est pour eux un homme sûr et qu’avec lui, avec ses 37 000 euros de salaire mensuel, ses égoïstes intérêts seront bien défendus !
Après le Secours populaire, le Secours catholique a alerté, la semaine dernière, sur l’aggravation de la pauvreté. Au même moment, un consortium d’une quarantaine de journalistes révélait l’ampleur d’une évasion fiscale, organisée par le grand-duché du Luxembourg. De son côté, M. Gattaz appelle le grand patronat à descendre dans la rue contre un prétendu « ras-le-bol fiscal » alors que 58 grands groupes français détournent de l’argent qui devrait revenir à la collectivité publique et qui est soustrait des ressources du pays pour alimenter le feu de la destructive spéculation financière. La collision entre ces deux événements est brutale. Le choc est violent !
Le Luxembourg, pays de 549 000 habitants, abrite 104 000 entreprises. La fraude fiscale représente 40 % de ses richesses mais le taux de pauvreté y est passé de 16 % des habitants à 19 % en deux ans. Les entreprises ? Ce sont simplement de petites plaques dorées à l’entrée de bâtiments, camouflant de colossales fortunes et surtout des millions de milliards d’argent créés par le travail manuel et intellectuel dans le monde entier, détournés du bien commun. Dans le lot des 340 multinationales qui viennent placer leur argent volé au chaud dans ce pays, les géantes transnationales nord-américaines plébiscitent ce paradis fiscal qui leur sert par ailleurs de porte d’entrée dans l’Union européenne, loin des détecteurs de fraude de l’administration fiscale nord-américaine. Une part de ces détournements sert aux mastodontes des États-Unis à racheter les sociétés européennes comme on vient aussi de le voir la semaine dernière quand, en toute discrétion, le gouvernement a permis à General Electric de placer une partie des activités du groupe Alstom dans ses puissantes mâchoires.
Ces faits, à condition qu’ils soient mis en relation, devraient aider les militants syndicaux, associatifs, les salariés en général, à déchirer le voile qui cache les milliards de spoliation du travail et de l’intérêt général derrière ces mots sombres, rabâchés désormais à satiété par de prétendus « experts », répétant en choeur que nous devrions être « toujours plus compétitifs » ou qu’il serait inconscient de laisser la dette publique à nos petitsenfants. En vérité, une poignée de multinationales qui exploitent et surexploitent des travailleurs sur la planète entière, pour dégager de substantiels profits, couvrent d’or leurs actionnaires privés avec l’argent qu’elles extorquent au bien commun. Ceux qui nous expliquent que la lutte des classes est une lubie dépassée sont les mêmes qui accentuent cette violente lutte contre les classes travailleuses qui n’ont que leur force de travail à vendre. Ceux-là même qui paient de plus en plus d’impôts que les milieux dirigeants tentent de rendre inodores et incolores avec la TVA ou la taxe sur les carburants. Ces dernières apportent désormais six fois plus d’argent dans les caisses publiques que l’impôt sur les sociétés.
Un deuxième enseignement est confirmé avec éclat par ces scandales : l’inceste permanent entre les milieux d’affaires et des dirigeants politiques de la droite. Rien n’est en effet possible sans décisions politiques. Rien de cela n’existerait sans que M. J.-C. Juncker, ministre des Finances du Luxembourg, puis premier ministre, tout en étant président de l’Eurogroupe, ait organisé ce système dit de « rescrit fiscal », permettant de soustraire des multinationales industrielles et bancaires à l’impôt. Mieux ! Quand ce débat est venu devant les cénacles européens, M. Juncker n’a jamais hésité à brandir l’arme du veto pour bloquer toute avancée européenne contre la fraude et l’évasion fiscale. Autrement dit, le même qui participait à imposer une cure d’austérité indescriptible aux peuples des pays du Sud, y compris en y faisant augmenter les impôts, faisait exonérer le capital. Éclatant conflit d’intérêts ! C’est celui-là que les partis de droite européens ont choisi pour diriger la Commission de Bruxelles et auquel les parlementaires socialistes se sont
ralliés.

Oui, le grand capital international s’est choisi M. Juncker à la tête de la Commission européenne car il sait qu’il est pour eux un homme sûr et qu’avec lui, avec ses 37 000 euros de salaire mensuel, ses égoïstes intérêts seront bien défendus !
Et notre ministre des Finances, M. Sapin, n’est pas en reste. Il vient en effet de se faire le porte-voix du lobby bancaire au cours de la dernière réunion des ministres des Finances européens, le 7 novembre dernier, en limant sans cesse le projet de taxe sur les transactions financières qui risque de devenir une coquille vide. Il faut maintenant demander avec plus de forces, d’énergie, plus de persévérance, des comptes à tous ces dirigeants. Au service de qui êtesvous messieurs ? L’intérêt général ou la minorité des privilégiés ?
Les inégalités deviennent insupportables. La pauvreté qui parcourt nos rues et nos champs aussi. Le chômage et la précarité gangrènent la société. Ensemble, refusons qu’une majorité du peuple au travail, à la retraite ou privé d’emploi et d’activité souffre en silence et devienne la proie de l’extrême droite. Nous appelons à relever la tête, à prendre son destin en main pour un avenir de justice et de progrès. Faisons la lumière sur les vrais assistés du paradis fiscal.
Partout, que la vérité éclate sur les causes des inégalités et les moyens de s’en sortir. Exigeons une vraie révolution de justice fiscale, avec l’abolition de tous les nouveaux privilèges. Chaque heure compte désormais pour faire de la journée d’action unitaire contre l’austérité du 15 novembre, avec le collectif Alternative à l’austérité, le Front de gauche, des syndicalistes, des associations, un temps fort de contre-offensive aux prétentions du MEDEF. Il fera écho à ceux des cheminots allemands, des travailleurs italiens et belges qui, avec ceux de la Grèce et de l’Espagne, se sont mobilisés ces derniers jours contre l’austérité et pour la justice. Là
Par Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité
Vendredi, 14 Novembre, 2014
http://www.
humanite.fr/

Les firmes multinationales sont les vrais assistés !
Tag(s) : #Economie