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Le mouvement ouvrier dans la Grande guerre

Colloque. Une initiative de l’association Promémo, vendredi, met en lumière les conflits sociaux durant la période 14-18.

« L’idée d’un colloque historique sur le thème "la grande guerre et le mouvement ouvrier dans les Bouches-du-Rhône" est partie d’un constat : malgré le grand nombre d’initiatives prévues à l’occasion du centenaire du début de la Première Guerre mondiale, très peu évoquent les luttes sociales pendant la guerre », indique Gérard Leidet, co-Président de l’association Provence, mémoire et monde ouvrier (Promémo).

Un manque largement comblé par une journée d’exposés, de tables rondes et de débats ce vendredi aux Archives départementales car comme le souligne Bernard Régaudiat, membre de Promémo, « contrairement aux idées reçues, les luttes sociales ne se sont jamais arrêtées pendant la guerre ». Dans le département, il y eut ainsi « entre 150 et 160 événements revendicatifs dont 120 grèves sur toute la période de la guerre avec un pic en 1917 », précise-t-il.

Des femmes au travail et en lutte

Pendant la Grande guerre, dans les Bouches-du-Rhône comme dans le reste du pays, les femmes prennent une importance considérable dans la production et donc dans les conflits sociaux. Pourtant comme le note Colette Drogoz, co-Présidente de Promémo, « elles restent en transparence dans les archives, celles de la préfecture notamment ». « Souvent très majoritaires dans les usines, elles font grève pour les salaires ou contre les maltraitances dont se rend responsable une contre-maîtresse. Mais, considérées comme mineures, leur rôle est en partie occulté. Ce sont par exemple des noms de messieurs que l’on retrouve le plus souvent parmi les responsables des comités de grève », explique-t-elle.

Les conflits sont-ils plus ou moins prégnants dans les usines d’armement ? Au-delà des « munitionnettes » de l’usine d’artillerie du boulevard Michelet, Colette Drogoz cite les très nombreux secteurs d’activité à main-d’oeuvre féminine qui sont en réalité directement liés à l’effort de guerre. « Les cordonnières produisaient les chaussures de l’armée, les couturières les uniformes, les bouchonnières -dont le travail semble a priori éloigné de la guerre- fabriquaient des bouchons pour les tubes pharmaceutiques envoyés vers le front. C’est en cela qu’on parle de guerre totale, elle mobilisait toute la production », rappelle-t-elle.

Généralement réprimées, les grèves sont parfois victorieuses compte tenu de l’importance des productions dans la période. « Le contrôleur de la main d’oeuvre militaire a par exemple appuyé les revendications de petits ateliers de cordonnerie. Si bien qu'ensuite, certains patrons réfléchissent à renouveler leur contrat avec l’intendance militaire », rapporte Bernard Régaudiat.

L’opposition pacifisme-union sacrée traverse le mouvement social. Ainsi, chez les cheminots marseillais, un dénommé Midol « met en cause le secrétaire général du syndicat des cheminots dont la ligne était de ne pas nuire à l’action du gouvernement », complète-t-il.

Les instituteurs -et notamment les institutrices- syndiqués à la CGT qui ont fondé à Marseille la revue l’École émancipée, défendent une ligne pacifiste avec constance. « Ils font le choix de risquer la révocation et de subir la censure en laissant paraître des espaces blancs plutôt que d’infléchir leur ligne », indique Gérard Leidet. Lors d’un congrès en 1915, leurs idées de- viennent majoritaires et Hélène Brion, dirigeante nationale, évolue dans son propre positionnement. Elle sera arrêtée, condamnée à trois ans d’emprisonnement avec sursis et ne retrouvera son poste qu’en 1925.

Une fin en chansons

Après la guerre, les bouleversements intervenus dans la production et le syndicalisme, notamment la féminisation, se résorbent. « Le changement principal intervient plutôt sur le champ politique avec une fédération SFIO qui devient à dominante pacifiste, ce qui prépare une large majorité favorable à l’adhésion à la IIIe Internationale lors du congrès de Tours. On constate le même mouvement à la CGT, qui débouche sur la CGT-U », précise le co-Président de Promémo.

Les débats de vendredi seront conclus par l’historien Robert Mencherini. Il fera place à la chorale Voix en sol mineur qui interprétera la chanson de Craonne demeurée interdite sur les ondes jusqu’en 1974, la Butte rouge et d’autres chansons pacifistes héritées de la période.

Léo Purguette (La Marseillaise, le 11 novembre 2014)

Le mouvement ouvrier dans la Grande guerre
Tag(s) : #Histoire