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Arafat, symbole et sujet de discorde


Les célébrations du dixième anniversaire de la mort du chef de l’OLP, initialement prévues à Gaza, ont finalement eu lieu en Cisjordanie.Mais ce qui devait être un grand moment de réconciliation, a laissé place à un échange d’invectives et d’accusations entre le Fatah et le Hamas.

Ramallah (Palestine), envoyée spéciale.

L’événement devait symboliser la « réconciliation » entre le Fatah et le Hamas, et sceller l’engagement commun de l’Autorité palestinienne et du mouvement islamiste pour la reconstruction de Gaza, dévastée par l’agression israélienne de cet été. Finalement, les commémorations du 10e anniversaire de la mort de Yasser Arafat n’ont pas eu lieu dans le territoire martyr. Un curieux théâtre d’ombres s’est joué autour de cette annulation, le Fatah accusant ses rivaux islamistes de ne pouvoir assurer la sécurité de l’événement : quelques jours plus tôt, les maisons et véhicules d’une dizaine de ses responsables avaient en effet été visés par des attentats à Gaza. Les deux mouvements se sont mutuellement couverts d’accusations et d’invectives, hier, le président Mahmoud Abbas accusant ouvertement les islamistes d’être à l’origine de ces attaques.
« Nous ne voulons pas d’argent ! Nous voulons la paix ! »

C’est finalement à Ramallah, autour de la Mouqata’a, où reposent les cendres de Yasser Arafat, que les célébrations se sont repliées, hier. Le mémorial et sa large esplanade, d’une blancheur immaculée, entourés de verdure, ne laissent rien deviner du quartier général transformé en ruines par les bombes israéliennes, en 2004. Sur ce mausolée, à la veille de la cérémonie, déjà, des dizaines de Palestiniens sont venus se recueillir, perpétuant le souvenir du chef de l’OLP. « Il représente tout pour nous, la mémoire et la lutte du peuple palestinien. Nous avons besoin d’un nouvel Abou Ammar », confie Nizar Kwoty, un homme de trente et un ans citant le nom de guerre d’Arafat. À ses côtés, Mohamed Khalaf récupère auprès des soldats palestiniens l’arme qu’il a laissée à l’entrée. Il se dit sûr qu’il « ne peut y avoir de paix avec des Israéliens, trahissant toujours leurs engagements », avant d’évoquer la guerre à Gaza, « abandonnée par la communauté internationale ». « La seule chose qu’ils savent faire, c’est nous donner de l’argent pour reconstruire ce que les Israéliens détruisent. Mais nous ne voulons pas d’argent ! Nous voulons la paix, nous voulons un État ! » lance-t-il. Dans les locaux de la Fondation Arafat, ces commémorations prennent un tour d’autant plus politique qu’on y voit l’occasion de ressouder le peuple autour d’une Autorité palestinienne décriée, alors que s’annonce une nouvelle Intifada. « Cultiver la mémoire d’Arafat est l’une des expressions du nationalisme palestinien. Son nom s’est confondu avec celui de la Palestine. Nous avons à cœur de transmettre son legs à la jeunesse », insiste Ahmed Soboh, le directeur de la fondation. Pour ce diplomate, le travail de mémoire est indispensable à la lutte pour les droits nationaux du peuple palestinien. « Le mandat, la colonisation, le siège, les guerres, les murs, les check-points, voilà notre histoire. Mais en dépit de tout cela, l’espoir d’une marche vers l’indépendance et la liberté ne s’est jamais éteint. C’est ce qu’incarne la figure d’Arafat. » Devenu un symbole, et même une icône, dix ans après sa mort, le vieux chef palestinien, décédé à Paris après une brusque dégradation, toujours non élucidée, de son état de santé, avait pourtant fini sa vie dans un certain isolement politique. « Il portait attention à son peuple, dont il incarnait la lutte. Nous étions avec lui, contre l’occupation et pour un État indépendant. Mais il a commis des erreurs politiques, en laissant se constituer une classe d’affairistes corrompus, peu soucieuse de l’intérêt général », tranche Khawla Ilian, une militante du Parti du peuple palestinien (communiste). Plus critique encore, un ancien membre du FPLP lui reproche la signature des accords d’Oslo, qui, dit-il, « a mené les Palestiniens en enfer ». « Bien sûr, il demeure un symbole de la lutte. Mais il a exercé le pouvoir de façon étroite, favorisant l’hégémonie du Fatah. Comme Abou Mazen à sa suite, il a utilisé la démocratie comme un slogan ! » tranche ce militant de gauche. Dix ans après sa mort, alors qu’un nouveau cycle de violences guette Jérusalem et les territoires occupés, Yasser Arafat demeure, pour les Palestiniens, comme une figure tutélaire. Sa mémoire continue pourtant de cristalliser les contradictions d’un mouvement national divisé, à la recherche de nouvelles voies pour combattre l’occupation et la colonisation.
Rosa Moussaoui
Mercredi, 12 Novembre, 2014
http://www.humanite.fr/

Arafat, symbole et sujet de discorde
Tag(s) : #Monde