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Moulins Maurel. Contre la force publique, l’union des travailleurs

Soutiens et convergence des luttes comme un grain de semoule dans les rouages d’un patronat aux faveurs de l’État. Ainsi vont salariés, militants et citoyens réunis au pied des silos.

Les uns veulent travailler, les autres liquider. Nouvel épisode d’une casse sociale en bande organisée, la Préfecture, mandatée par le gouvernement, a octroyé jeudi l’usage de la force publique au géant de l’agro-alimentaire Nutrixo contre une poignée de salariés qui s’accrochent depuis sept mois à leur outil de travail. Riposte des travailleurs hier devant les silos des Grandes Minoteries de la Méditerranée (ex-Moulins Maurel) venus de tout le département à l’appel de l’UD CGT pour montrer, contre ce nouveau mensonge d’État, qu’il est encore possible de moudre le grain dans les silos de la Valentine, en activité depuis 1860 à Marseille.

Dès 11 heures, ils rejoignent les rangs par centaines. Le mot est passé, les UL de la CGT sont là, les sections du PCF également, le PG et le NPA, Solidaires, la FSU… soit, des hommes et des femmes, des travailleurs en lutte tels les Fralib, Air France, ou les marins de la SNCM, mais encore les métallos d’Ascométal, d’ArcelorMittal, de la réparation navale, du port, de la Centrale de Gardanne, des Télécoms, des impôts, d’EDF… Tous ici, car tous unis dans un même combat.

Tous embarqués dans le même bateau

Secrétaire général de la FSU 13, Alain Barlatier estime : « ce qui se passe sur ce site est symptomatique des cadeaux que le gouvernement fait au patronat, cet ogre insatiable. Une suite logique de toutes les concessions faites sur le dos des salariés. Nous attendons autre chose d’un Préfet ». Pour la CGT réparation navale, Noël Kouici explique : « ce sont les salariés qui se battent pour la survie de l’industrie. On ne peut pas tous vivre du tourisme et de la grande consommation. Et les attaques pleuvent des actionnaires et du gouvernement ». Et les salariés commencent à aiguiser leurs armes. Marc Bastide, de la Fédération CGT des métallos estime : « il y a 4 éléments sur lesquels s’appuyer : Ne pas oublier qu’on a condamné La Ciotat mais que le combat fait qu’aujourd’hui il y a encore 800 salariés qui y travaillent. Le maintien de la réparation navale sur les bassins Est est dû à une lutte de 523 jours. A Fos, le maintien d’Ascométal a permis aux salariés d’ArcelorMittal de former une grande organisation syndicale. Et il y a la victoire des Fralib. » De quoi démonter que porté en masse par les salariés, le sauvetage de l’emploi est possible.

Éprouvé, mais très remonté après la charge d’une horde de CRS subie jeudi, Édouard Pagni, figure de la lutte des salariés des ex-Moulins Maurel, ne lâche pas l’affaire : « On pensait avoir un seul ennemi. Nutrixo. Mais le gouvernement est son complice pour fermer l’activité. Or c’est pas fini ! Il y a un repreneur ». Mais il lâche le morceau : « Il a écrit au Préfet. Il a appris que les CRS avaient été envoyés contre nous. Que Nutrixo avait embarqué deux machines. Il est scandalisé et il maintient son offre. Mais il a un problème : il attend toujours une réponse de Nutrixo pour son offre de rachat du 6 mai. Il ne sait pas combien il doit acheter, combien il doit investir, combien il doit mobiliser. Jusqu’à 25 millions, il peut. Après, il a des partenaires. Un chinois qui veut faire de la levure, de la semoule et de la farine, un marocain dans l’alimentation pour animaux qui est prêt à entrer au capital… »

Vendre le terrain, un vieux rêve foncier

Jusque-là, la mission du commissaire au redressement productif semblait vouée à l’échec. C’est même ce que la préfecture s’était empressée de relayer dans un communiqué réduisant l’activité de l’usine à néant. Et profitant d’une réunion des représentants des salariés en préfecture, le démantèlement de l’usine s’est organisé. Grâce à l’appui de l’État, qui envoie des CRS pour laisser la voix libre à un énorme camion remorque. Il a engouffré deux des belles machines de la minoterie pour les embarquer on ne sait où. « Le gouvernement est complice, il transmet ses infos au cabinet de communication de Nutrixo ». assure Édouard Pagni, « on lance une procédure contre la Préfecture qui outrepasse ses droits ».

Toujours propriété du groupe, le site de la Valentine attire les convoitises des agents immobiliers. Et ça ne date pas d’aujourd’hui. Les salariés des Moulins Maurel en ont une preuve qu’ils confient à leur avocat : « on a une lettre datée de 2010 d’une société immobilière d’Aubagne où une proposition est faite pour le rachat des parcelles à 10,5 millions d’euros en vue d’un projet d’urbanisme déjà posé à la Mairie ! » La farine n’a été stoppée qu’en 2011 et le 1er Adjoint au Maire jurait encore en 2012 que Marseille ne laisserait pas mourir ses moulins. Mais depuis, la verve a fait place au silence. Ceci aiderait à comprendre pourquoi Nutrixo montre tant d’empressement à débarquer du site l’activité qui fait vivre les salariés des Moulins Maurel comme l’économie de la région.

Après une petite bousculade contre les grilles d’enceinte, le mur de Nutrixo s’effrite. Les 7 vigiles, dont l’emploi depuis 7 mois a coûté 700.000 euros au groupe, prennent un coup de stress. Mais « on n’est pas en guerre, juste en lutte », rassure Édouard Pagni. « Quand ce sera le moment de reprendre l’usine, on la reprendra ».

Myriam Guillaume (La Marseillaise, le 5 octobre 2014)

Moulins Maurel : Contre la force publique, l’union des travailleurs
Tag(s) : #Emploi